‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 445 sur 764 · CHARLES CÈDE LA FRISE AU NORMAND GODFRID · texte numérisé non relu

CHARLES CÈDE LA FRISE AU NORMAND GODFRID

de conclure la paix avec Godfrid. Voici quelles en étaient les conditions. Godfrid se convertissait au christianisme, en revanche l'empereur devait non seulement lui servir de parrain', mais lui abandonner une partie de la Frise, à savoir les comtés et les bénéfices que Roric avait jadis possédés dans le pagus àe, Kinnin*. Quant aux autres chefs normands, Sigfrid, Vurm et Hais, ils s'engageaient à quitter pour toujours les Etats de l'empereur qui, en retour, les autorisait k se transporter dans le royaume de son cousin, et leur promettait un énorme tribut, plus de 2,000 livres d'or et d'argent 3. C'étaient les trésors des églises, en particulier celui de Saint-Etienne de Metz, qui devaient fournir l'or et l'argent destinés aux pirates +. Une fois la paix conclue, les otages furent rendus de part et d'autre, et Godfrid put retourner vers les siens >'. Tandis que les Normands avaient montré pendant l'armistice une insigne mauvaise foi, l'empereur, au contraire, restait fidèle à sa parole. S'il arrivait que ses soldats tuassent des ennemis qui cherchaient à pénétrer dans le camp, Charles les faisait mettre à mort. Aussi l'indignation dans l'armée était-elle grande contre lui. Deux cents navires chargés du butin, du tribut et des captifs, car Charles n'avait même pas stipulé la libé-

1. La cérémonie eut lieu, à ce qu'il semble, avant que Godfrid quittât le camp impérial; c'est ce que disent du moins les Afin. Fuld., la Cont. llatisb. et Réginon. Les mêmes sources nous apprennent que l'empereur lui-même servit de parrain au Normand.

2. Ann. Bert. 882, p. i53 ; Ann. Fuld., 88a, p. 99; Ann. Ved. 882, p. 3i2 ; Régino^', Chronicon 882, p. 120. C'est à tort que ces deux dernières sources avancent que Godfrid se fit alors donner en maiiage Gisèle, fllle de Lotha re II et de Waldrade. Si le Normand avait imposé cette condition, les Ann. Fuld. n'auraient pas manqué de le dire. Elles placent en 883 seulement l'union de Godfrid et de Gisèle, qui fut l'œuvre de Hugues, frère de cette princesse. Un certain nombre d'historiens modernes, Dahlmann, Geschichte von Dœnemark, t. I, p. 52, Digot, Histoire de Lorraine, t. I, p. i48, Wittigh, Die Entstehung des Hergozthiims Lotlirinijen, p. i5, admettent le récit des Ann. Ved. et de RÉGi.NON relatif au mariage de Godfrid et de Gisèle. Ernouf, op. cit., p. 69, croit que la chose fut secrètement décidée à Elsloo, et Ranke, op. cit., p. 205, suppose que .la main de Gisèle fut promise à Godfrid par l'empereur. Dûmmler, t. III, p. 2o3, n. i, rejette, au contraire, le témoignage des Ann. Ved. et de Réginon.

3. Ann. Bert. 882, p. i53 ; Ann. Fuld. 882 e» Cont, Ratish. 882, pp. 99 et 109 ; Réginon, Chronicon 882, p. 120. Les Ann. Fuld. parlent de 2412 livres d'or et d'argeni, la Cont. Ratisb. de plus de 2080, les Ann. Bert. de plusieurs milliers de livres d'or et d'argent, et RÉGINON d'une immense quantité de métaux précieux. Les Ann. Ved. 882, p. 3i3, disent simplement, après avoir relaté les conditions particulières à Godfrid, que l'empereur fit sortir les Normands de ses États. Ce sont les Ann. Bert. qui avancent que Charles permit aux barbares de se transporter dans le royaume de son cousin, qu'ils avaient dévasté auparavant. On les voit, en effet, revenir dans la France occidentale, mais on a peine à croire qu'ils l'aient fait avec le consentement formel de l'empereur. Cf. Gfrœrer, t. III, p. 227.

4. Ann. Bert. 882, p. i53, et Ann. Fuld. 882, p. 99. C'est Hincmar qui nous apprend que le trésor de Saint-Élienne de Metz eut à supporter (en partie) le poids de l'énorme contribution de guerre payée aux barbares.

5. Cont. Ratisb. 882, p. 108. Godfrid (Sigfrid par erreur dans la Cont. Ratisb.) serait demeuré deux jours auprès de l'empereur. A ce pro|)OS, relevons un petit contresens fait par MtJHLBACHER, Reg. Kar., p. 62G, qui dans la phrase « duos ibi dies laeti insimul versabant », rapporte heti à dies ; s'il en était ainsi, il y aurait Isetos et non lœti. En réalité, l'adjectif s'applique au sujet de versabant ; c'est l'empereur et Godfrid qui sont joyeux, qui passent ensemble deux jours dans la joie. Si la satisfaction du Normand s"expli(iue de reste, on comprend moins celle de Charles le G/os.

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406 LA LORRAINE REUNIE TOUT ENTIERE A l'aLLEMAGNE (87y-8(j5).

ration de ceux-ci, furent envoyés par les pirates dans leur pays '. Euxnièuies se retirèrent en lien sûr, attendant une occasion favorable pour reprendre leurs courses. La mort de Louis III allait les décider à revenir dans le royaume de l'ouest.

A quoi donc avait servi la réunion de l'iininense armée que Charles le Gros avait menée contre les Normands ? Le pays était délivré d'eux, mais k (piel prix ! Godl'rid installé en Frise, et une énorme rançon payée h ses compagnons, voilii ce que coûtait cette paix ruineuse, sans parler (le la honte qui rejaillissait sur l'empereur et sur les Francs. On a j)eine il comprendre que Charles le Gros ait pu écouter les conseillers qui l'ennaneaient h se couvrir de déshonneur, qu'Arnulf et le comte Henri n'aient pas su em[)ècher la conclusion de cette paix humiliante. Charles le Gros inaugurait sons de tristes auspices son règne en Lorraine, et les habitants de ce pays durent amèrement regretter d'être gouvernés par un pareil souverain ^.

En même temps qu'il traitait avec les Normands, il faisait des largesses au fils de Lothaire II, et comme Hincmar en parle immédiatement après avoir relaté les clauses du traité conclu avec les Normands, on se demande si Hugues n'était pas l'allié de ces derniers. Nous avons vu que l'année précédente il avait dû chercher un refuge en Bourgogne. L'établissement des pirates k Elsloo, la mort de Louis le Jeune, l'absence de Charles le Gros l'avaient probablement déterminé à rentrer en Lorraine. Peut-être noua-t-il des intelligences avec les Normands et chercha-t-il déjà, comme il le fera plus tard, à se servir d'eux pour arriver au trône. Toujours est-il que, soit grâce à l'intervention de Godfrid, soit plutôt à la requête de son tuteur, le comte Wibert, devenu l'un des conseillers de l'empereur, celui-ci abandonna a Hugues la partie des biens de l'église de Metz qui était réservée k l'entretien de l'évêque 5. Le siège de Metz, qui se trouvait sans pasteur depuis la mort de Wala, tué en combattant les Normands, ne devait en recevoir un autre que l'année suivante.

En quittant Elsloo, Charles se rendit k Coblenz, où il licencia son armée, puis, passant par Mayence et Tribur, il arriva k Worms, où il tint son plaid +. Lk il reçut la visite de Hugues l'Abbé, qui venait au nom

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