Ann. Ved. 884, p. 32o ; Réginon Chronicon 884, p
4. L'empereur est encore à Pavie le 16 avril (B. M. 1601); on le trouve le 20 mai à un endroit appelé Granias ualle, qui est probablement une des nombreuses localités portant le nom de Granges (Muhlbachek, Reff. Kar., pp. C38-G3y, n° 1602).
5. Charles se trouve le 12 juin à Gondreville (B. M. i655 et i6r6) et à Toiil. Dans celte ville, l'empereur à qui .\rnaud, évè(iue de Toul, et Liutward avaient représenté la triste situation de l'église de Toul, donna, sur la prière de L'utward, à cette église la villa de Vicherey (Vosges, Nenichàteau, Chàtenois) dans le p. Suenlensis, avec ses dépendau'-es, Franconville, etc. ; l'évècpie Arnaud devait en avoir la jouissance sa vie durant, et après la mort du prélat, ces biens reviendraient aux chanoines (B. M. 1657, R. II. Fr., t. IX, p. 338). Hugues, le fils de Lothaire et de Waldrade, eut les yeux crevés à Gondreville, comme nous le verrons tout à l'heure, mais nous ne savons si l'événement eut lieu lors du séjour que fit l'empereur dans celle localité lorscpi'il se rendait à Ponthion, ou si ce fut à son retour; il est possible, en elTel, quoique les documents n'en disent rien, qu'en revenant de Ponthion il ait fait à Gondreville un nouvel arrêt.
6. Ann. Ved. 88.^), p. 320. La Cont. Ra/isb. 88'), p. ii3, n'indique pas où Charles reijut l'hommage des seigneurs franc^ais ; suivant Rkci.no.n-, VJironicon 884, p. 122, la chose se serait passée à Gondreville. Charles est le lO juin à Ponthion (B. IM. i6r)8 et lOôy) et le 20 à Etrepy-sur-Oriiain (Marne, arr. de Vitry, canton de Thiéblemont). En ce jour, l'empereur, h la prière de Liutward et du margrave Bernard, conlirma i\ l'église de Lyon, i{ui avait alors pour archevê(ine -Vurélien, ses possessions, ([ue lui avaient données ou conlii^
mécs les rois ses prédécesseurs, ainsi que l'ii unité (B. M. lOdo, /{. II. Fi:, I. IX,
p. 33y). Le 21 juin, à Élrepy, deux actes lurent encore rendus. Par le premier, Charles, sur la prière d'.Xriiaud, évê(iue de Toul, confirma les biens el privilèges de l'abbaye Saint-
SITUATION DE L\ LORRAINE DANS l'eMPIRE RECONSTITUÉ. 473
Ainsi l'empire de Charlemagnè se trouvait presque en entier réuni entre les mains de Charles le Gros ; seule, une partie de la Provence, oii Boson se maintenait encore, après avoir perdu en 882 la ville de Vienne', échappait à la domination de l'empereur. La Lorraine n'était donc plus un pays frontière, en butte aux convoitises, et aux attaques des princes qui gouvernaient les Etats voisins. Elle redevenait le centre géographique de l'euipire reconstitué ; mais allait-elle en même temps recouvrer l'importance politique et la prépondérance que lui avait fait perdre le traité de Verdun? Charles le Gros établirait-il sa résidence à Aix-la-Chapelle, comme l'avaient fait Charlemagne et Louis le Pieux? Il n'en devait malheureusement pas être ainsi; la Lorraine, sans être positivement délaissée par le souverain, ne le vit que de loin en loin. Et ce n'est pas seulement parce que les affaires de l'Etat appelaient Charles taiatôt dans une province, tantôt dans une autre, et nécessitaient en quelque sorte sa présence partout à la fois ; simple roi d'Alamannie à la mort de son père, le plus jeune des fils de Louis le Germanique conserva toujours pour ce pays une prédilection marquée ; c'est là qu'il aimait à venir se reposer de ses campagnes et de ses voyages. Aussi les séjours qu'il fit en Lorraine furent-ils assez rares et de courte durée. Eût-elle, d'ailleurs, possédé ce prince plus longtemps qu'il n'aurait pas pu lui rendre la sécurité dont elle avait un si grand besoin.
Si Charles le Gros, il faut le reconnaître, n'avait pas eu recours à la violence pour reconstituer l'empire de son bisaïeul, ce n'était pas non plus à son courage, ni à son habileté qu'il devait les vastes Etats, qui les uns après les autres étaient venus s'adjoindre à l'AIamannie, le seul pays qu'il eût hérité de son père. La mort avait travaillé pour lui, enlevant successivement ses frères Carloman et Louis le Jeune, puis ses cousins, les deux fils aînés de Louis le Bègue. Ce n'était pas une petite tâche que lui imposait le gouvernement d'un empire immense menacé au nord par les Normands, au midi par les Sarrasins, à l'est par les Slaves, et déchiré par des discordes intestines. Malheureusement les capacités, plutôt médiocres, de Charles ne s'étaient pas développées au fur et a mesure que ses Etats s'agrandissaient. Il aurait pu faire un roi d'Alamannie passable ; mais, s'il était déjà au-dessus de ses forces d'administrer et de défendre la Germanie et l'Italie, le faible prince était incapable de remplir la tâche à laquelle Charlemagne lui-même avait
Èvre (le Toul, a'msi que les droils de l'évêque de celle ville sur le laonaslere (B. M. 1661, R. H. Fr., t. IX, p. 'il^o ; cel acle n'esl ([ue la répéLilioo du diplôme de Charles le Chauve du 24 novembre 869, B. 1762, dont nous avons parlé en son lieu). Le même jour, l'empereur, à qui Arnaud avail représenlé le dénuemenl des chanoines de Toul, affecla, sur le conseil des cvèqiies prësenls el sur l'inlervenlion d'Arnaud, diflërenls domaines de l'église louloise à l'enlretien exclusif des chanoines, avec défense aux évêques d'en rien distraire, el permission aux chanoines de réclamer au mélropolilain, si l'évêque enlevait, amoindrissait ou échangeait un de ces biens (B. M. 1662, R. H. Fr., t. IX, p. 342).
I. Anii. Bert. 884, p. i53. Au printemps de 885, Boson rentra en possession de Vienne, comme le prouvent des monnaies frappées à cette occasion. Voir Gingins-l.v-Sarra, Mémoires, etc., t. I, p. io5, et Dummler, t. III, p. 242.
^74 LA LORRAINE RKUNIE TOUT ENTIERE A l'aLLEMAGNE (87y-8(jrj).
ilifliriloiueut suffi. Deux hommes surtout l'aidaient à s'en accjuitter : son chancelier, Liulward, évèiiuc de Verceil, et le comte Henri. Le {)remier, personnajjc ciipido, prédcciipé de s'enricliir et de pourvoir les membres de sa famille, avait la liante maia sur l'administration ; il jouait le rôle de premier nxinistre '. L'autre était le bras droit de l'empereur, son généralissime. Nous avons vu qu'il avait de l'activité, du courage et qu'il ne craignait pas de payer de sa personne. Pourtant, s'il savait se battre, il n'éprouvait aucun scrupule, pour se débarrasser d'ennemis gênants, à employer d'autres moyens, moins honorables. (Jodfrid et Hugues le Bâtard l'apprirent à leurs dépens.
En 883 Hugues avait donné ;i (jodfrid sa sœur Gisèle en mariage, pour (pie le Normand l'aidât à rentrer en possession de l'héritage de Lothaire IL Toutefois, ni en 883, ni en 884 Hugues, non plus que Godfrid, ne se mirent en état de rébellion. Hugues même garda les apparences de la fidélité. Ainsi, le a février 884, on le trouve à Colmar dans l'entourage de l'empereur, auprès de qui il intercède en faveur de Fulbert, al)l)é de Saint-Èvre de Toul ^. Mais le nouveau voyage en Italie de Charles le Gros, qui séjourna dans la Péninsule de novembre ou de décembre 884 îi "^i^i 885, parut à Hugues une circonstance favorable pour renouer ses intrigues. Il adressa secrètement à son beau-frère Godfrid un messager, pour lui annoncer qu'il avait l'intention de revendi- ([uer les Etats de son père. Il priait Godfrid de lui prêter sou concours, l'invitant à lever des troupes en Danemark et à lui venir en aide avec toutes les forces dont il pourrait disposer. Hugues promettait, en cas de réussite, de donner à Godfrid la moitié du royaume '. Voilà à quel pacte honteux l'ambition avait amené le fils de Waldrade : il avait commencé par combattre les Nonnands, et maintenant il recherchait leur alliance, et renchérissant sur Charles le Gros, qui ne leur avait abandonné que la Frise, il leur offrait la moitié de la Lorraine ! A peine est-il besoin de dire que Godfrid ne repoussa pas les ouvertures de son l)eau-frère. Toutefois, il jugea plus prudent de ne pas rompre brutalement avec l'empereur : il lui ferait des demandes que ce prince repousserait, et Godfrid prendrait prétexte de ce refus pour se révolter. Tandis qu'il adressait, conforménient à la demande de Hugues, un appel à ses compatriotes du Danemark, il députa à l'empereur deux comtes frisons, Gerulf+ et Gardulf, (jui se trouvaient placés sous son autorité. Ils étaient chargés de faire à Charles la communication suivante : Pour que Godfrid restât fidèle h ses
1. Ann. Fuir/. 887, \}p. loô-ioG ; cf. 882, |>. 98; Kkqinon, Chronicon 887 el 901, pp. i;!7 et i48. Consulter Dûmmler, t. III, pp. 280-283.