CHAPITRE II
l^KS LOUHAINS NE l'AKTICIPKNT NI A LA Dl-U'OSlTlON DE CnAI\I.ES LE GnOS, NI A l'Éi,É- VATION n'AuNULF (^^^7), AUQUEL ILS FINISSENT PAR SE SOUMETTRE. RoDOLPIIK,
ROI DE Bourgogne, essaie vainement de s'emparer de la Lorraine (888). — Nouvelles incursions des Normands en Lorraine (891-892) ; défaite des Francs sur les bords de la Geule (891); victoire d'Arnulf a Louvain (891). — Situation troublée de la Lorraine ; violences et rivalités des Grands. — Arnulf, après une première tentative infructueuse (894), arrive a faire
accepter son BATARD ZwENTlBOLD COMME ROI PAR LES LORRAISS (895).
Ni l'assassinat de Godfrid, ni l'internement de Hugues dans une abbaye ne devaient rendre au pays la tranquillité. Si jusqu'à la mort de Charles le Cros on ne signale pas de troubles intérieurs, la déposition de ce prince allait en faire naître de nouveaux, en excitant les ambitions, en suscitant des prétendants aux couronnes que l'empereur déchu avait portée^ ; puis ce seront les anciens partisans de Hugues qui recommenceront à s'agiter. Quant aux Normands, ils vont encore jusqu'en 892 menacer et, par moments, dévaster le pays. En définitive, la situation de la Lorraine reste plutôt mauvaise. L'absence d'un souverain résidant à l'intérieur du pa3's est en grande partie cause du malaise et de l'insécurité qui y régnent.
Quelque temps après l'assassinat de Godfrid, en juillet ou en août, une expédition fut dirigée contre les Normands de Louvain. Français et Lorrains, sur l'ordre de Charles le Gros, réunirent leurs efforts, mais sans aucun succès. Hugues l'Abbé, alors malade, ne put prendre le commandement des troupes françaises ; quant à Henri, nous ignorons s'il participa aux opérations '. Ce ne fut pas h la Lorraine que s'attaquèrent les pirates en représailles du meurtre de Godfrid et de l'attaque dont ils avaient été eux-mêmes l'objet ; ils reprirent le chemin, qu'ils connais-
I. Ann. Ved. 885, p. Sai. Nous croyons ceUe expédition de juillet ou d'août, parce que ces Annales la placent après l'assemblée de Ponthion, où Charles le Gros rec^'ut l'hommatje des sei(jueurs fraïu-ais. Héginon, Chronicon 88/(, parle de deux années envoyées successiveuieiil par l'empereur contre les Normands de I^ouvain, mais sans auciui succès.
En 885 l'empereur rendit encore deux diplômes en faveur de la Lorraine. Par le premier, ([ui est daté de Francfort, fi septembre, (lliarles, à la prière du très illustre comte Giselhert, donna à Tliéodon, vassal de ce sei(pi<'ur, des biens i'i Oneux (|in)vince de Liètje, canton de Nandrin), dans le Condroz, ainsi ipu' les CDUununs de la forèl *\'lluls'na. Ce Giselbert est vraisemblablenuMit le cendre de Ivilliaire l'*''. — • Le i<»" t)ctobre, étant à W'orms, rem])ereur nîslilua aux iiutines de S;iinl-.Maximin le di'oil d'élire leur abbé, dont ils avaient été injustement privés, et leur concéda en outre une |)iscine située en aval du poni de la lV[()selle voisin de 'Iri'ves (B. A[. 1GO8 et it>7i, Mautèxe, Aiup. Coll., t. Il, col. :\-2, et MU. un., I. I, n" 12/1).
SIÈGE DE PARIS. MORT DU COMTE HENRI (886). /(Si
saient déjà, de la France occidentale, remontèrent la Seine et vinrent assaillir Paris. Nous n'avons pas à raconter ici les péripéties de ce siège mémorable, qui se prolongea pendant dix mois, de novembre 885 à septembre 886 '. Deux expéditions furent conduites au secours de la jjlace par le comte Henri ', et probablement la Lorraine eut à fournir son contingent à l'une et à l'autre. Nous en avons même presque la certitude pour la seconde, celle à laquelle prit part Charles le Gros. Lorsque Henri, faisant une reconnaissance du camp normand, fut tombé dans un trou de loup et eut été tué par les Barbares, ce fut un comte Régnier qui leur arracha des mains son cadavre ; il s'agit vraisemblablement du personnage qui jouera un grand rôle sous les règnes de Zwentibold, de Louis l'Enfant et de Charles le Simple 5.
En 886, l'empereur traversa la Lorraine à deux reprises. A son retour d'Italie, avant de se diriger sur Paris, il s'arrêta en juillet à Metz, et il tint dans cette ville une sorte de conseil de guerre*. Après avoir fait la paix avec les Normands, il vint en Alsace, où il tomba malade. Il y resta environ deux mois 5 ; puis en janvier ou février, son état s'étant un peu amélioré, il traversa le Rhin et parcourut l'Alamannie ^ . En mai ou en juin, alors qu'il se trouvait à Kirchen, il reçut la visite d'Ermengarde et de son jeune fils Louis 7. Boson était mort le 1 1 jan-
1. Sur ce siège, voir Abbon, De bellis parisiacie ui'bis, R. H. Fi\, t. VIII, pp. 4-26; Ann. Ved. 885-886, pp. 322-828 ; Ann. Fuld. 886 el Corit. Ratisb. 886, pp. io4-io5 et ii4; RÉGmoN, Chronicon 887, pp. 126-127, etc. Consulter Favre, Eudes, pp. 16-68.
2. La première expédition eut lieu de février à mai, Abbon, De bell. paris., liv. II, vers 3 et suiv. {R. H. Fr., t. IX, pp. i5-i6); Ann. Fuld. 886, p. io4 ; Ann. Ved. 886, p. 324; RÉGiNON, Chronicon 887, p. 126. Cf. Favre, pp. 5i-52. C'est en août qu'Henri revint sous les murs de Paris, car il fut tué le 28 de ce mois {^Ann. necrol. Fuld. maj. 886, SS., t. XIII, p. 186). Sur la fin du comle, voir Abbon, liv. II, vers 217-218 {R. H. Fr., t. IX, p. 19); Ann. Fuld. 886 et Cont. Ratisb. 886, pp. io5 et ii4; Ann. Ved. 886, p. 326; RÉGINON, Chronicon 887, pp. 125-126. Cf. Favre, pp. 66-57. Voir l'épitaphe d'Henri en note dans l'édition in usuni scholarum de Réginon, p. 126.
3. Ce sont les Ann. Ved. qui nous apprennent que le corps d'Henri fut enlevé par Régnier. Le père Brabant, article cité, pp. 36-36, el Kalgkstein, Geschichte des franzœ.sitchen Kœnigthums, p. 4'> n. i, croient que ce Régnier est le père de Giselberl, le comte de Hainaut (?), tandis que Dûmmler, t. III, p. 269, n. 2, et Favre, Eudes, p. 67, n. 2, voient dans ce personnage un des défenseurs de Paris. S'il en était ainsi, Abbon l'aurait certainement relaté.
4- Ann. Fuld. 886, p. io5. Il se trouvait à Metz le 3o juillet (B. M. 1674).
5. Ann. Fuld. 886 et Cont. Ratisb. 887, pp. io5 et ii5. Le 12 novembre, on le trouve à Juville (Lorraine, arr. de Chàteau-Salins, canton de Delme). Quatre diplômes ont été rendus à Schlestadt en Alsace le i5 janvier 887 (B. M. 1693-1696). Par un acle placé au début de janvier par Mûhlbacher, quoicju'il soit daté de Ratisbonne, l'empereur, sur la prière de Richarde et de Liutward, affecta à l'entrelien des moines de Noire-Dame d'Aixla-Chapelle la villa de Bastogne dans l'Ardcnne (aujourd'hui Luxembourg belge) avec toutes ses dépendances, et défendit à l'abbé du monastère de jamais concéder ce domaine en bénéfice (B. M. 1692, NR. UB., t. I, p. 39).
6. Cont. Ratisb. 887, p. ii5; Ann. Fuld. 887, p. 106; Réginon, Chronicon 887, p. 127. Le 10 février on trouve Charles à Rothweil (B. M. 1697), le 16 avril à Bodman (B. M. 1699, 1700), le 7 mai à WaiMingen (B. M. 1702).
7. La présence de l'empereur à Chiriheim (Kirchen) est signalée par les Ann. Fuld. 887, p. 106, par la Cont. Ratisb. 887, p. ii5, el par des diplômes datés du 3o mai et des 16 et 17 juin (B. M. 1708-1706). Chiriheim serait Kirchheim, près de Marlenlieim , en
ROYAUME de LORRAINE. 3l
482 I A I.OKRAINE RÉUNIR TOUT E.NTIKUE A l'aLLKMAGXE (87y-8(j5).
vitT 88^*, ayant jusqu'au bout maintenu son indépendance, et même étant parvenu en 885 à reprendre Vienne. Mais son fils ne fut pas immédiati'ment reconnu en Provence, et en piéscnce dos difficultés de toutes sortes qui s'opposaient ii son élévation, JM'monqarde prit le parti de réclamer l'appui de Cliarles le (Iros. Louis rendit donc honmiaqe à l'empereur, qui l'adopta comme son fils, et lui promit la succession de son père IJoson-. Ainsi, il n'y avait [)lus une seule contrée de l'empire de (iliarlemafjne où l'autorité de (lliarles le Gros ne fût reconnue. Pourtant, la catastrophe était imminente, (ît le jour approchait où toutes les couronnes qu'il portait allaient tomber, sans qu'il lui en restât une seule sur la tète.
L'état physique et mental de ce prince déclinait de jour en jour'. Son tjénéralissime, le comte Henri, était tombé sous les murs de Paris, et cette fin malheureuse avait eu pour conséquence la conclusion d'une paix honteuse avec les Normands. Charles allait maintenant être privé de son principal conseiller, Liutvvard, évéque de Verceil. II semble que ce personnage ait profité de son crédit auprès de l'empereur pour commettre de nombreux abus ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il s'était fait beaucoup d'ennemis. Une conspiration s'ourdit contre lui ; on le noircit aux yeux de Charles, en l'accusant de méfaits plus ou moins authentiques, par exemple d'un commerce criminel avec l'impératrice Richarde 4. On fît
Alsace, d'après Sc.hœpflin, Als. i/L, t. I, p. io4, et d'après Schclte, Zeitschrift fur die Gesckiclite des Oberrheins, noue Kolye, l. II, p. 24O, et Kirchen dans le ()rand-duchë de Bade, kreis de Licrrach, suivant \\'artmanx, S. G. UB., t. I, pp. 180, 20^, 233, et t. Il, pp. 147, etc., DiJMMLEK, t. III, p. 277, n. 2, et Muhlbacher, Reg. Kar., pp. 787-788, qui tout d'abord, p. 653, s'était prononcé pour Kirchheim.
1. Voir l'épilaphe de Boson dans Mermet, Histoire de la uille de Vienne, t. II, pp. 234 et 320.
2. Cont. Ralisb. 887, p. ii5; cf. B. M. 1709 et 1710, diplômes par lesquels Charles restitue à Erinenqarde et à sa mère Enqelberye dilTérents domaines situés en lialie, en Bourqoqne et en France (Mur.vtori, Antiq. JtaL, t. I, pp. yiy et r)G5). Voir aussi Y Electio Hlndoivici régis Arelatensis {CC, t. II, p. 376). Les actes d'un concile d'évèques provençaux et hourquiqnons tetui à Chalon-sur-Saône le 18 mai 887 (.Mansi, t. XVIII, col. 5i) et une charte du comte Thiéhaud, le mari de Berllie, lille de Waldrade (Bruel, Recueil des chartes de Cluny, t, I, 11° 3o), portent : « reynante Karolo imperatore. » C'est une preuve que l'autorité de Cliarles était nominalement reconnue en Provence. — Plusieurs auteurs, Laguii.le, Histoire d'Alsace, t. I, p. 127, col. 2, Cra.ndidier, Histoire de Strasbourg, t. II, p. 227, et Stein, h'œnig h'onrad I, pp. 71 et suiv., croit que l'adoption du jeune Louis par l'empereur iirovocpia un qraud mécontentement chez les seitjneurs allemands, qui ne voulaient pas d'un souverain étranger ; ce serait là l'oriiiine de la révolulion (pii précipita du trône Charles le Gros. .Mais l'espèce d'adoption du pelil prince par r('m[)erein" ne prouve nullement ([ue ce dernier, qui avait un lils naturel, Bernard, eût l'intention de léyuer à Louis ses Etats.