RÉGINON, Chronicun 808, p. i
RETRAITE DE CHARLES. MEURTRE d'eBERHARD (898). 547
les deux armées allaient se trouver en présence et une bataille semblait imminente'. On n'en vint pourtant pas aux mains. Des négociations s'ouvrirent, peut-être grâce à l'influence des évêques; elles aboutirent assez vite à la conclusion, non d'une paix définitive, mais d'une trêve, qui fut jurée par les deux rois*. Charles, abandonnant Régnier, repassa la Meuse et rentra dans son royaume 5. C'était là une expédition inutile, qui n'avait fait qu'augmenter le trouble et l'agitation en Lorraine, et qui laissait d'ailleurs les choses en l'état, Zwentibold en face de Régnier.
Comme si cela ne suffisait pas, un nouveau meurtre, dont les motifs nous sont inconnus, allait, une fois de plus, mettre en lumière l'audace des grands et l'impuissance du pouvoir royal à faire respecter l'ordre et la paix : nous voulons parler de l'assassinat du duc Eberhard par le Frison Waldger, fils du comte Gerulf. Meginhard, frère de la victime, fut investi par Arnulf des fonctions qu'Eberhard avait exercées^. Nous nous sommes déjà longuement étendu sur cet événement, en étudiant les attributions de Zwentibold et la dépendance où il se trouvait vis-a-vis de son père. Il est possible que la Frise n'appartînt pas a Zwentibold, mais, dans le doute, nous avons rapporté à sa date l'aventure tragique d'Eberhard>.
Zwentibold ne s'en occupa en aucune façon. Après la trêve conclue avec le roi de France, il se rendit a Sengerich près de Prûm^, puis il alla visiter l'abbaye de Mûnstereifel?, de là il revint à Trêves, où il resta plu-
1. D'après Mûhlbacher, Zwei un/jedrtickfe karoUnger Diplôme (Mitth. I. Œ. G F., t. IX, p. i3i), la retraite de Charles était coupée, et il lui fallait combattre pour rentrer chez lui. Cette assertion serait exacte, si Zwentibold avait laissé un corps de troupes sur la Meuse aux environs de Liège, mais comme Francon et les hommes qu'il avait levés avaient suivi Zwentibold, rien n'empêchait le roi de France de regagner ses États par le nord-ouest.
2. RÉGiPsOx, Chronicon 898, p. i^*), parle d'une paix définitive, tandis que les Ann. Ved. ne placent la conclusion de celle-ci qu'en 8gg (p. Sôg). Le père Brabant, art. cité, p. 53, Kalckstein, op. cit., p. 112, Mûhlbacher, Mitth. I. Œ. GB., t. IX, p. i3i, n. i, et Rey. Kar., p. 717, enfin Dûmmler, t. III, pp. 46g-470, acceptent le témoignage des Ann. Ved. C'est un simple armistice que les deux rois signent en 898. Cet armistice doit être antérieur au 16 octobre, car à cette da!e Zwentibold se trouvait à Sengerich, près de Prùm, et y rendait un diplôme en faveur de cette abbaye, ce qu'il n'aurait pas fait, alors qu'elle était au pouvoir de Charles.