‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 57 sur 764 · Ann. r. Fr. 81 2-81/1, pp. i3fj-i/|i · texte numérisé non relu

Ann. r. Fr. 81 2-81/1, pp. i3fj-i/|i

LOUIS LE PIEUX ET LE DANEMARK (8i4-83i). 5l

pour ne pas perdre l'appui de l'empereur, d'interdire à ses sujets la piraterie. Comme, d'autre part, c'était par haine du christianisme que les Danois, ardents sectateurs d'Odin, se jetaient sur l'empire, il importait de modifier leurs sentiments et leurs croyances. Louis était en droit de supposer que, sous la domination d'un prince,. son protégé et presque son vassal, l'Evangile serait prêché librement en Danemark, et que, gagnant peu à peu du ten-ain, il finirait par conquérir tout le pays. Les Danois devenus chrétiens ne seraient plus les voisins redoutables qu'ils étaient. Etablir en Danemark un roi tout à sa dévotion, user de son influence pour faire pénétrer la foi chrétienne dans cette forteresse du paganisme, telle sera la politique, en apparence prudente et habile, de Louis le Pieux'.

Disons tout de suite qu'un échec complet lui était réservé. Les croyances de l'odinisme étaient encore trop vivaces pour qu'il fût possible de les déraciner ; aussi la tentative faite pour les détruire n'eut-elle d'autre résultat que de les exalter et de surexciter davantage le fanatisme religieux de leurs adeptes.

C'est seulement en 819 qu'Heriold parvint, non à détrôner les fils de Godfrid, mais à se faire accepter par eux comme leur associé 2. Cette combinaison dura huit ans'. En 822, Louis crut le moment venu de mettre ses projets à exécution ; il envoya en Danemark l'archevêque de Reims, Ebbon, à qui le pape Pascal I"^ avait confié la misssion d'évangéliser les peuples du Nord4. Le seul résultat appréciable qu'obtint Ebbon, qui revint dans l'empire au bout d'un an, fut la conversion d'Heriold luimême et de sa famille 5 ; encore celui-ci réfléchit-il trois ans avant de prendre cette décision. Il est probable que des motifs politiques, le désir d'augmenter à son égard la bienveillance de l'empereur, dont il avait besoin plus que jamais pour se maintenir sur un trône qu'il sentait peu solide, déterminèrent le protégé de Louis le Pieux à embrasser la foi

1. Voir SiMsoN, Jahrbb. Ludwigs des Fvommen, t. I, pp. 207 et suiv., Dûmmler, t. I, pp. 269 et suiv.

2. Ann. r. Fr. 819 et 821, pp. 102 et i56; cf. Simson, op. cit., t. I, pp. i5i et i52.

3. Ann. r. Fr. 827, p. 178. C'est en 827 qu'Heriold fut définitivement expulsé du Danemark.

t\. Les yl«rt. r. Fr. 828, p. i63, nous apprennent bien qu'Ebbon était de retour à Compiëgne le !<" novembre, mais ne nous disent pas à quelle époque il s'était mis en route pour le Danemark; les Ann Fald., p. 22, placent ce départ en 822, les Ann. Xant., en 828 {SS., t. II, p. 225). SiMSON, op. cit., t. I, p. 211, n. 2, déclare que les Ann. Fald. se sont trompées. Sur la mission d'Ebbon, voir encore la bulle de Pascal I'"', J. E. 2553, Ermold le Nom, Carmen in honorem Hludowici, liv. IV, vers 25 et suiv. {PP., t. II, pp. 5g et suiv.); Rimbert, Vita Ansltarii, cli. i3, p. 34; Flodoard, //. R. E., liv. II, ch. 19 (éd. Lejeune, t. I, p. 348); Adam de Brème, Gesta Hanimaburgensis ecclesise pontijîciim, liv. I, cli. 17, p. iG. Cf. Simson, op. cit., t. I, pp. 207 et suiv.; Dûmmler, t. I, pp. 271 et suiv.

5. S'il fallait en croire les Ann. r. Fr., Ebbon aurait fait des conversions nombreuses, mais la cbose est peu vraisemblable. Adam de Brème, op. cit., ch. 17, p. 17, donne à entendre ([u'Ebbon avait échoué. Si.mson, op. cit., t. I, p. 211, n. 3, récuse l'impartialité de ce dernier témoignage.

52 LE RÈGNE UK LOTII.VmK l" (H/t'A-H^Ki).

chrétienne', (j'est h Mayence ([u'IltMiold cl sa raiiiiUc reçurent le baptême*. Eu récompense, l'empereur, ii ([ui il avait de nouveau rendu hommaçie', lui fit de nombreux cadeaux, cl lui donna h titre de bénéfice un comté en Frise; ce comté devait servir h Heriold de rel'ujje [)Our le cas où il viendrait à être renversé du trône*.

(^ette éventualité ne tarda pas à se produire. Païen, Heriold avait eu déjk beaucoup de peine à garder la part de royauté qu'il possédait. Sa conversion au christianisme acheva de le perdre dans l'esprit de ses compatriotes, et permit, semble-t-il, aux fils de (jodlrid de se débarrasser de lui ; en 827, un an après son baptême, ils le chassèrent, et pour toujours, du Danemark^. Après quelques tentatives infructueuses pour restaurer son protéjjé, Louis le Pieux finit, en 83i, par conclure la paix avec les fils de Godfrid^.

Il n'avait point renoncé à l'évanqélisation des Danois et des autres nations Scandinaves. La l'ondation, en 83i, de rarchevêché de Hambourg, sur la rive droite de l'Elbe?, prouve que les intentions de l'emjjereur étaient restées les mêmes. Le nouveau siège fut confié à Ansger, qui, depuis quelques années déjà, cherchait à répandre chez les païens la

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