CAUSES ET CARACTÈRES DES INVASIONS NORMANDES
bonne semence'. Malgré le zèle et les vertus du prélat, sa prédication ne fît qu'un petit nombre de prosélytes^. Il fallut de longues années d'un patient labeur pour que la moisson levât dans le champ qu'Ansger avait été un des premiers à défricher.
Tant que l'empire avait été puissant, au moins tant qu'il avait conservé les apparences de la force, il avait inspiré de la crainte aux pirates. En outre, les querelles entre Heriold et les fils de Godfrid retenaient chez eux les Danois. Jusqu'en 834, les courses des flottes normandes sont très rares; les Annales franques n'en mentionnent que deux, l'une en 8io dirigée contre la Frisée l'autre en 820, qui écuma les côtes jusqu'en Aquitaine». La situation allait se modifier. Tandis que le Danemark recouvre la paix intérieure sous la domination reconnue sans conteste des fils de Oodfridi, l'empire est déchiré par des discordes intestines qui absorbent et consument ses forces. Affaibli, réduit a l'impuissance, il va chèrement expier son intervention dans les affaires du Danemark et sa tentative d'y introduire le christianisme. Les Danois en effet sont des brigands, mais des brigands qu'anime un ardent fanatisme ; et la rage destructrice de ces adorateurs d'Odin s'assouvira de préférence sur les églises et les abbayes de la Germanie et de la Gaule ^.
Officiellement, les fils de Godfrid ne se livreront à l'égard de l'empire à aucun acte d'hostilité, et lorsque des ambassadeurs de Louis le Pieux ou de ses fils viendront se plaindre a Horic des déprédations commises par ses sujets, le roi de Danemark répondra qu'il y est complètement étranger, désavouera les coupables et promettra même de les
1 . Ansger avait, en 826, accompagné Heriold en Danemark ; peut-être ses prédications hàtcrent-elles l'expulsion du roi converti. Chassé en même temps que lui du Danemark, il partit en 83o pour la Suède, avec les ambassadeurs que le roi de ce pays avait envoyés à l'empereur. C'est à son retour de Suède qu'il fut consacré archevêque de Hambourg. Voir RiMBERT, Vila Anskarii, ch. 7-12, pp. 2G-34. Cf. Dûmmler, t. I, pp. 278 et suiv.
2. Voir Dûmmler, t. I, p. 279. La Vita Anskarii, ch. i5, p. 36, parle bien de nombreuses conversions, mais il s'agit d'une époque antérieure à la destruction de Hambourg en 845 ; et l'on peut se demander si Rimbert, par piété filiale, n'exagère pas le succès des efforts de son père spirituel.
3. Voir ci-dessus, p. 5o. D'après le Chronic. Moissiac, il y en aurait eu encore une en 8i3, dirigée contre la Frise (SS., t. I, p. 3ii).
4. Ann. r. Fr. 826, p. i53. Cf. Simson, op. cit., t. I, p. 161.
5. En 8ig, d'après les Ann. r. Fr., p. i52, ces fils de Godfrid étaient au nombre de ([uatre. Deux d'entre eux s'unirent à Heriold et partagèrent la couronne avec lui, les deux autres furent expulsés. Ces annales donnent en 827, pour la première fois le nom d'un de ces fils de Godfrid, Horic qui, quelques années plus tard, resta seul à régner sur le Danemark. Si en 828 les Ann. r. Fr. parlent encore des « filii Godfridi » (p. 175), à ])artir de 834 les Ann. Bert. ne font plus mention que d'Horic. Nous ne savons ce que devinrent les frères de ce prince, mais ils avaient laissé des fils qui furent tout d'abord écartés du Irone ; nous verrons plus tard deux de ces derniers entrer en lutte avec leur oncle, et l'obliger à partager la royauté avec eux.
6. Dûmmler, t. I, pp. ig4 et 196. Favre, dans l'Appendice H, consacré aux Normands de l'important travail cju'il a écrit sur Eudes, donne trois causes principales aux incursions des Normands : excès de population, unification du pays et Qn des luttes entre les jjetits Etats, fanatisme religieux surexcité par les prédications des missionnaires chrétiens (pp. 208-210, 212, 2l3).
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punii''. Los oxpéilitions qui viendront assaillir l'oinpiio franc auront à hnir tôte clos hommes distingués par leur naissance et par leur bravoure, mais non des souverains véritables. Les annalistes leur donnent (piel- ([ueCois le nom de rois, mais il ne faut pas que cette appellation induise en erreur ; il s'ajjit l;i en réalité de sim[)les chefs élus ou reconiuis par ceux ([ni les suivent. Au tlébut, faire du butin est l'unique objectif des Normands ; s'ils s'installent quel([ue part, c'est pour rayonner de là dans la contrée environnante et la [)iller a loisir. Mais bientôt quelques-uns d'entre eux chercheront à créer des établissements durables, soit en occupant de foi-ce ime contrée, soit en se la faisant donner à titre de bénéllce ou de fief. Quant aux souverains du Danemark et de la Norvège, ils s'abstiendront, nous l'avons dit, de participer à ces expéditions. Au x« et au xi^ siècle, on les verra tenter de faire la conquête d'un royaume entier, mais ce sera l'Angleterre qui sera l'objet de leurs etforls, un instant couronnés de succès^.
Les côtes étaient naturellement les premières exposées aux ravages des j)irates. Mais ceux-ci s'enhardirent bientôt à remonter les lleuves dont la profondeur était assez grande pour permettre à leurs barques d'y naviguer. Tout ce qui se trouvait sur les rives qu'ils longeaient devenait leur proie. Rencontraient-ils une île, ils s'y installaient, et partaient de là en course, soit sur leurs bateaux, soit ])ar terre. Devenus de plus en plus audacieux, ils en vinrent à s'éloigner beaucoup des côtes et des stations fluviales où leurs flottes étaient amarrées. Mais partout et toujours, ils prenaient la précaution d'établir leurs camps dans de bonnes positions, défendues autant que possible par la nature, et tout au moins par les retranchements qu'ils élevaient'.
Ce qui surprend dans ces expéditions des Normands, c'est la facilité avec laquelle ceux-ci pénètrent dans l'enqjire, le peu de résistance qu'ils rencontrent, les succès qu'ils obtiennent malgré leur nombre relativement faible, enfin la sûreté avec laquelle ils se dirigent dans des pays qu'ils ne connaissent pas.
Nous avons déjà dit que l'absence d'armée permanente était pour les habitants de l'empire franc, astreints sans distinction au service militaire, une source de fatigues et de frais énormes, en même temps qu'elle constituait pour l'empire lui-même une cause de faiblesse. Contre des adversaires tels que les Normands, c'était moins d'une armée que d'une flotte que l'on avait besoin^. Il s'agissait, non de les combattre sur terre, mais
1. Voir ci-dessous. Ponriant, d'apri's les Ann. lient. 8A<j. p. 3a, Horic aurait envoyé contre la Germanie une Hotte tie (Joo navires (jui remonta l'Klbe ; les Normands, repousses par les Saxons, allèrent assaillir une vill(^ en pays slave et s'en empari^rent. C'est probablement de Hambourg qu'il s'ayil ; voir Dum.mi.eu, t. I, p. a8i, n. i.