INVASION DES HONGROIS EN LORRAINE
trois ans et demi après avoir prédit sa fin '. Il eut pour successeur Balderic, fils du comte Ricfred, dont on a voulu faire un frère de Giselbert, par suite d'une erreur ou d'un lapsus que contient une charte rendue par le prélat lui-même le 24 juin 943 ^. Un de ses frères dut épouser une sœur de Régnier III au Long Col, fille de Régnier II et petite-fille de Régnier P"" 5.
On pourrait supposer qu'une nouvelle invasion des Hongrois avait amené Charles en Lorraine et en particulier à Metz. Les barbares, remontant la vallée du Danube en la dévastant, avaient franchi la Forêt-Noire, le Rhin, pris et détruit la ville de Bàle, ravagé l'Alsace et, après avoir traversé les Vosges, s'étaient répandus en Lorraine + ; mais, a ce qu'il semble, ils se retirèrent assez vite. C'était la première fois qu'ils venaient dans le pays, au moins dans sa partie méridionale, car en 911 ou 912 les Hongrois avaient peut-être rendu visite aux pagi lorrains Meginensis et Ahrensis (Biinnensis) k Ils connaissaient maintenant la route de la
1. Vifa Radbôdi, ch. 11 et 12 {SS., t. XV, pp. bqi^ et 57i<^); les Ann. necrol. Fiild. et les Ann. S. Marise Ultraj. (SS., t. XIII, p. igi, et t. XV, p. ilioi) donnent l'année 917, le Chronicon Egnmndanum (Richthofein, Egmonder Geschichlsquellen, p. 44, col. 3) place l'événement en 916 ; le mois est indiqué par la Vita Radbodi.
2. A Radbod succéda Balderic, sur la famille duquel on a beaucoup discuté. D'une part la Vita Radbodi, ch. 8, et VEpitaphiiiin Ricfredi (SS., t. XV, p. 67 1» et n. i) donnent à Balderic le comte Ricfred pour père, et VEpitaphium ajoute qu'il eut pour mère Herisande, pour frères l'évèque Rodolphe, Yrenfrid et le comte Nevelonq ; d'autre part, une charte de Balderic lui-même, du 24 juin 943, semble dire ([u'il était fils d'un comte Régnier (Muller, Het oudste Cavtularium van het Sticht Utrecht, p. 47, n» 25). La contradiction est d'autant plus sinqulière que l'auteur de la Vita Radbodi devait, d'après l'éditeur de celle-ci, Holdeh- Egger, écrire du vivant même de Radbod et dans l'cvèché d'Ulrecht (À^/S., t. XV, p. 5G8) ; comment aurait-il pu ignorer de qui son évêque était le fils ? La chose est inadmissible. Comme d'ailleurs Balderic lui-même pouvait encore moins se tromper en pareille matière, il faut suppaser avec Sloet, Oorkondenboek, etc., t. I, p. 79, qu'il y a une erreur de transcription dans la charte de Balderic, et lire « qenitoris vestri Raineri comitis » au lieu de M genitoris nosfri ». Quel était ce comte Régnier? La charte ne nomme pas malheureusement les donateurs aux([uels s'adresse Balderic ; nous savons par elle qu'ils avaient pour fils Balderic et Rodol[)iie, pour seigneur Nevelong. Le nouvel évè(iue d'Utrecht serail-il un descendant de ce Balderic, qui en 85o (?) fit une donation à l'église de cette ville (Muller, op. cit., p. 33, no 21)? BuTKENS, Les Trophées du Brabant, t. I, pp. 37 et 46, Hirsch, Jahrbb. H. II, t. I, p. 344> Kalckstel\, op. cit., t. I, p. i44. et Imb.vrt de la Tour, Les Élections épiscopales, etc., p. 226, font de Balderic un fils de Régnier, Kœpke-Dummler, Jahrbb. Ottos I, p. i5, lui donnent Ricfred pour père. Balderic fut consacré le i'"'' mars 918 {Ann. S. Mariœ Ultraj. 917 [ancien style], SS., t. XV, p. i3oi). Le i*"^ mars 918 (nouveau style) tombe d'ailleurs un dimanche.
3. Rathier, évêque de Vérone et de Liège, Phrenesis, ch. i {SS., t. IV, p. 262, n. 11), dit que Balderic, qui lui succéda sur le siège de Liège, était le neveu des comtes Régnier et Rodolphe, et fils d'un frère de Balderic, évêque d'Ulrecht. Cela signifie, non que Balderic d'Utrecht fut un frère de Régnier et de Rodolphe, mais qu'un de ses frères avait épousé une sœur de ces deux personnages. Folguin qualifie d'ailleurs, Gesta abb. Lobb., ch. 26 {SS., t. IV, p. 67), Régnier d'oncle maternel {avunculus) de Balderic de Liège.
4. Ann. Aug. 917 {SS., t. I, p. 68) et Cont. Regin. 917, p. iSf) ; Ann. S. Vinc: Metl- 917, Lib. de s. Hild. suce, ch. 6, Miracula S. Gorgonii, ch. 7, Herimann de Reichenau, Chronicon 917, Chronicon Suevicum {SS., t. III, p. 167, I. IV, pp. 89 et 240, t. V, p. 112, t. XIII, p. 66). La fuite des moines de Gorze à Metz, lors d'une invasion hongroise, survenue pendant l'épiscopat de Wigeric racontée par les Miracula S. Gorgonii, e:il de t^i'] ou de 926 (DûMMLER, t. III, p. 6i3, n. i).
5. D'une part, les Ann. Laubac. 911 et 912 (cités par Dijmmler, t. III, p. 591, n. 2, d'après l'édition nouvelle donnée dans les Mittheilungen zur vaterlœndischen Geschichte
tViO LE RÈGNE DE CHAULES LE SIMPLE (.jii-tj23).
Lorraine, et iiiallieiiieuseiiieut ils tlevaieiil la reprendre [)ln.s d'une fois. Très difl'érents des Nornriands à bien des égards, ils n'étaient ni moins pillards, ni moins cruels qu'eux. (lampes entre le Danube et les Carpatlies, ils ne remontèrent pas le jjrand lleuve pour pénétrer en Allemagne ; c'est de la voie de terre qu'ils se servirent. Leurs chevaux, i-apides et résistants, les transportaient à d'énormes distances. L'arc et les llèclies étaient leurs armes oiTensives. Par la race, les habitudes, la Caeon de combattre, ils rappelaient les Huns, avec lesquels on les conl'ondit ; souvent les chroniqueurs du temps leur donnent ce nom. Le souvenir de leurs invasions subsista longtemps chez les populations qui les avaient subies ; l'étrangeté des figures, des costumes et des mœurs des Hongrois, la rapidité de leurs mouvements, leur férocité, plus grande peut-être que celle des Normands, laissèrent dans les imaginations une impression ineffaçable '.
L'incursion de ces barbares en 917 était le premier événement qui vint troubler la tranquillité de la Lorraine, depuis que Conrad avait renoncé à faire valoir de prétendus droits. Mais les choses allaient changer. Si l'année 918 seml)le avoir été dépourvue d'incidents, — du moins Chai'les ne vint pas en Lorraine, ce qui prouve que le pays était calme, — avec l'année 919 devait s'ouvrir une ère nouvelle, une période troublée, pendant la([uelle les difficultés iront en s'accroissant de jour en jour, pour al)outir à une catastrophe finale. La responsabilité des révoltes qui vont éclater doit-elle retomber sur Charles? Les a-t-il provoquées par ses fautes? Si, dans le royaume de France, la faveur dont jouissait Haganon est formellement indiquée comme une des causes de la rébellion des grands, nous ne sommes pas en mesure d'affirmer (ju'il en ait été de même pour la Lorraine. C'est l'ambition inijuiète de (iiselbert qui a causé tout le mal. Après n'avoir aspiré d'abord qu'à obtenir la dignité ducale, dans la suite il porta peut-être plus haut ses prétentions. L'exemple de Conrad et d'Henri, qui étaient l'un après l'autre devenus rois d'Allemagne, stimulait sans doute son ardeur; pourquoi ne monterait-il pas sur le trône de Lorraine ? Tandis qu'une partie des seigneurs du pays se déclarait pour lui, d'autres restaient fidèles au Carolingien ; la guerre entre Charles et Giselbert se compliqua des luttes que se livraient leurs partisans res-
de Saint-Gall, ncue Folfje, a» série, l. IX) |)arlei)t à ces deux années en termes idenlitpics d'une invasion lionçjroisc ([ui serait veiuie jusqu'au delîi du Rhin dans les p»(ji Meginensis et Ahrensis (Biinnensis) ; d'autre part, les Ann. S. Vinc. Mett. 917 (SS., t. III, p. ib-]) disent que c'est en celte année 917 que, pour la première fois, les Honfjrois pénétrèrent en Lorraine. Pour explitjuer cette contradictit)n, Pkhtz (SS., t. I, p. r)5) renvoie à 92*) la note des Ann. Laubac, Muhlhac.hkk, lie</. K(ir., \t. 7/j(), à 918 ou à 9a*> ; mais DûmmiIer, t. III, p. 591, n. 2, trouve trop arbitraire celte fac^on de procéder. Il fait remarquer (|ue les Ann. S. Vinc. Mett. passent sous silence l'expédilion des Honqrois en 919 et (pie d'après elles celle de lyA't serait la deuxième ipie les barbares eussent faite en Lorraine. L'oiiscrvation est juste ; de plus, il est possible cpie l'annaliste messin ail iijnoré une incui^ sion faite dans une contrée de la Lorraine relativement éloiijnée de celle où il résidait luinu^me.
1. Sur les II(ini|r()is, li-iir oriqine, leiu's mci'urs et leurs premièirs campacjnes, M>ir
Do.MMr.Kii, t. 111, pp. /(.'{s-Zi').}, 5o7-r)io, r)i3-r>i7, ïtt\('i-iKï-i, r>r>/|-r)r>s, r)9o-r>92, (iia-iiui.