‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 97 sur 764 · Ann. liert. ihid · texte numérisé non relu

Ann. liert. ihid

LOUIS II RÉCLAME UNE PART DE LA Franckl. 89

comme l'Italie, mise de côté. Nous ne faisons ici qu'émettre une hypothèse ; en réalité, les intentions de Louis ne nous sont pas connues'.

Ainsi, de deux côtés, le testament de Lothaire I^"" se trouvait attaqué. L'ambition et la cupidité semaient la désunion entre les fils de ce prince, et c'étaient leurs oncles qu'ils prenaient pour arbitres ; au lieu de chercher, dans un esprit de concorde, à régler entre eux les questions qui les divisaient, ils provoquaient d'eux-mêmes une intervention qu'ils auraient dû éviter à tout prix.

Fort heureusement, la réclamation du jeune empereur ne paraît pas avoir trouvé d'écho chez ses oncles. Louis le Germanique était occupé à combattre les Slaves 2; d'ailleurs, il s'était déjà prononcé en faveur de Lothaire'. Quant à Charles le Chauve, aux prises avec les Normands, les Aquitains et les grands du nord de ses États, révoltés contre sa domination, il ne lui restait pas de loisirs pour arranger les affaires de ses neveux 4. A défaut des deux rois, un autre personnage s'interposa entre les jeunes princes : le pape Benoît III 5. Peut-être le fit-il à la prière de

1. Nous avons vu que c'était l'opinion de Wenck, p. 266 et n. i.

2. Ann. Bert. 856, p. 46; Ann. Fuld. 856, p. 47- Louis passa à Francfort les cinq premiers mois de l'année 856 (B. M. 1373-1376). En juin il se mit en route, nous le trouvons à Ulm le 16 de ce mois (B. M. 1377). C'est après seulement que Muhlbacher, Reg. Kar., p. 543, place la lettre que lui écrivit l'empereur son neveu.

3. Une preuve de la bienveillance de Louis le Germanique pour Lothaire II nous est fournie par le diplôme qu'il rendit en faveur de l'église de Strasbourg, lui confirmant, à la prière de l'évèque Ratold, l'immunité et la protection royale (B. M» i375). Plusieurs historiens ont cru que, si ce diplôme était authentique, il en résultait que Louis aurait été maître de l'Alsace ; mais, tandis que les uns, comme Lac.uille, Histoire d' Alsace, p. 119, col. I, admettaient cette conséquence, les autres préféraient déclarer l'acte faux, tels SiCKEL, Beitrœge car Diplomatik, I, pp. 38-39, et Noorden, Hinkinar, p. 160, n. 2, ou encore le reporter à une autre date : c'est le cas de Gr.vxdidier, qui lit « anno rcgni VIII » au lieu de XXIII, et place le diplôme en 84i, lors de la guerre civile {Histoire de l'église de Strasbourg, t. II, p. i53, et pièces justificatives, p. ccxv, n. i). Sickel {ib., p. 38) a rejeté cette lecture. Schœpflin, Alsatia diplomalica, t. I, p. 474, et, après lui, Muhlbacher, Reg. Kar., n° 1375, croient le diplôme authentique, mais, d'après eux, il ne concerne que les biens possédés par l'église de Strasbourg dans le royaume de Louis le Germanique. Quant au diplôme du même prince pour l'abbaye Saint-Etienne de Strasbourg, qui avait donné lieu aux mêmes suppositions et aux mêmes discussions que le précédent, il a été fabriqué sur ce dernier (B. M. 1379). ^^''' ^"'' ^^ diplôme le travail de Wiegand, Die œltesten Urkunden fiir St. Stephan in Strassbarg (Zft. G. OR., t. IX, pp. 389 et suiv.

4. Ann. Bert. 856, p. 46. Cf. Capitula ad Francos Aquitanos missa de Carisiaco et Tria missatica ad Francos et Aquitanos directa (CC, t. II, pp. 279-285).

5. C'est ce qui semble ressortir de la lettre où le pape Benoît III dénonce aux évèques la conduite scandaleuse d'Hubert (J. E. 2669); le pape reproche à ce personnage d'avoir, par sa cupidité, rompu la paix qu'il avait ménagée entre l'empereur et ses frères. Dûmmler, t. I, p. 39g, place à ce moment l'intervention de Benoît. L'archevêque de Metz, Drogon, fils naturel de Charlemagne, aurait pu s'interposer comme médiateur entre ses petits-neveux, mais il était mort le 8 décembre (Catalogi episcoporum Mettensium, SS., t. II, p. 269, et t. XIII, p. 3o5 ; Liber vitœ de Remiremont, N. A., t. XIX, p. 70) de l'année 855 {Annales Necrologici Fuldenses, SS., t. XIII, p. 177 ; 856 d'après les Annales Alamannici, continuatio Augiensis., SS., t. I, p. 5o), à HimeriacurUi en Bourgogne, des suites d'une asphyxie qu'il avait gagnée en tombant dans l'Oignon, oii il était en train de pêcher {Catalog. episc. Mett., et Adson, Miracula sanctoruni Waldeberti et Eustasii, SS., t. XV, p. ii74). H fut inhumé le i4 décembre dans la basilique Saint-Jean de Metz (Catal. ep. Mett., SS., t. XIII, p. 3o6).

90 • LE UKGNE UE LOTHAIRE II (855-80ij).

l^ouis II; comme chef de l'Eglise, 11 avait le droit et le devoir de ramener h la paix des rois chrétiens.

Le seul résultat appréciable de la protestation qu'avait adressée le jeune empereur à ses oncles semble avoir été le sacre de Lothaire II'. Nous l'avons dit, il faut voir là une réponse indirecte aux prétentions ([u'élevait Louis II. Pourtant les démarches du pape ne furent pas infructueuses. Lothaire consentit à une entrevue avec son frère. Elle eut lieu à Orbe*, ville d\i par/us Waldensis, située par conséquent dans le duché d'Hubert. La date n'en est pas expressément indiquée; mais comme les Annales Dertiniani en parlent après le mariage de Judith, fille de Charles le Chauve, avec Ethelwolf, roi d'Angleterre, célébré le i"" octobre', comme, d'autre paît, on trouve Chai-les à Tramoyes, près de Lyon, dix jours plus tard>, c'est tout au début d'octobre, très probablement, que se réunirent les trois frères 5. Nous disons les trois, car le petit Charles était venu à Orbe, lui aussi, amené peut-être par Lothaire, qui le retenait auprès de lui.

La discussion fut orageuse, et peu s'en fallut que Louis et Lothaire n'en vinssent aux mains. Louis revendiquait une partie de la Gaule ; peut-être prit-il en outre la défense des intérêts de son plus jeune frère, que Lothaire voulait évincer et faire entrer dans un monastère. Mais les souverains n'étaient pas seuls en cause, ils devaient, nous l'avons déjà fait remarquer, compter avec les grands laïcs et ecclésiastiques. Les seigneurs de la Francia avaient voulu que leur roi, Lothaire, fût maître de la Bourgogne et* de la Provence. Mais cet arrangement ne convenait pas aux grands de ces deux dernières contrées, qui désiraient dans leur intérêt avoir un roi à eux. On peut supposer qu'ils vinrent en nombre à Orbe, et, parmi eux, Gérard de Roussillon, à qui, très probablement, Lothaire I^"" avait confié la tutelle de son dernier fils et la régence de son royaume^. Gérard et ses collègues de la Provence arrachèrent, peut-être

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