‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 100 sur 482 · Cf. \. Lai'Ôtre, Jecui VIII, p · texte numérisé non relu

Cf. \. Lai'Ôtre, Jecui VIII, p

4. Lettre de Jean Vill, de novembre 879 (.Jafké, n"33l0; Mig.ne, t. C.\..XVI, col. 891 : « Questa a nobis qiiod viro suo defuncto, velamen « sil)i sacri habitus ab ejusdem viri sui fratris duntaxat germani vi... « imposituui fuerit. » Dans une lettre de Nicolas I (Mansi, t. XV, j). 473), il est (jue.^tion d'une femme qui, dans une intention frauduleuse, prend le voile après la mort de son mari. Cf. aussi (jipilulare Papiense, de 856 (lî()UETn;s-KiîAUSi:, t. II, p. 90). 11 est un texte bien plus probant encore, car il est relatif à Engilberge et Ermengarde ellesnièmes, et émane de l'empereur Louis 11. Ce derni(>r prévoit l'hypothèse où sa veuve mourrait sous l'habit religieux, abbesse du monastère de Saint-Sauveur de Brescia ; dans ce cas, Ermengarde devra succéder à sa mère : « Si vero no.stra dilectissima conjux, clarissima .Vugusta « i'ingilberga, ante (iliam nostram llermenganleni divina obierit voca- « tione, tune, volumus ut ci succ(>(lat ipsa Hlia nostra in eandem potes- « tatem. « (Diplôme du 2S avril 865; dodcx tfipl. Laiigob., n" cc.XLV.)

5. Selon KÉGiNO.N, Charles le Chauve aurait lui-même donné à Boson,

[87r,| MARIAf.K W. IîOS(»N 7a

Il est plus difficile de savoir ce que fut 1' « iniquiim conludium », la « collusion » dont parle Hincniar à propos du mariage de Boson'. L'archevêque de Reims a pu désigner ainsi uniquement les rapports do Boson avec des personnages tels que Bérenger et Kngilborge, qui, aux yeux de Charles le Chauve et de ses conseillers, pouvaient passer à bon droit pour suspects. Il serait donc dangereux de chercher à expliquer ces mots un peu ënigmatiques par un rapprochement

en même temps que l;i Pi'ovence et l'Italie, la main d'Ermenganle : « [Karolus »] ab urbe Hoiiia in Lan^jobardiam reversns Bosoni gennano « Kicbildis rei;inae Ilimiintrardem liliam Ludowiei imperatorisin ina- « trimonium jungit. Uies nuptianim tanto a])paratu tantaque ludoruin « magniticeniia celebratus est, ut hujus celebritatis gaudiamoduni ex- « cessisse ferantur » {(llirunicon, a. 877, p. 113). Comme ce récit e.st contraire à celui d'Hincmar, on a.supposé (cf. Dik.mmler, Oslfr. lieich., t. III. p. 78) que peut-être, au cours de sa seconde expédition en Italie, Charles avait Uni par approuver ce mariage et fait célébrer à Pavie des noces splendides. Cela est inadmissible, car, ainsi que nous le verrons plus loin, lors de cette seconde expédition, Boson ne redescendit ])as en Italie. Les mots « ut... l'erantui- » dans le passage de Héginun indiquent que sur ce point comme sur d'autres l'auteur emprunte, j)our partie du moins, son récit à la tradition orale. Or, il ne trouvait peutêtre, dans les Anrtales de Prlim, qu'il avait sous les yeux et (jui lui fournissaient son cadre chronologique, qu'une seule mention relative aux expéditions de Charles le Chauve. Du moins, il n'y en a qu'une dans \e<,Ann((U'.'< Prumienscs, qui nous sont parvenues (jVom. (îerm..SS., t.XN'.p. 1291).M.KiRZE(AV»('5.4/v7(j'r., t.XN'.p. :i20) croit, au contraire, queRéginon a trouvédansces Annales jterdues lamentionducouronnement de Charles à 874 et celle de sa mort à 877. Kn tout cas, cela ne lui donnait pas le moyen de rattacher à une date précise les détails qu'il pouvait connaître par des rapports oraux.surle mariage de Boson. 11 a confondu les faits des deux campagnes, c'est-à-dire l'attribution par Charles le Chauve à son beau-frère d'un pouvoir inusité des deux côtés des Alpes, le mariage de Boson et la mort de l'empereur. On s'explique, fort bien d'autre part, qu'il ait pu croire que, si Charles donnait à son lieutenant une autorité aussi grande, il pouvait tout aussi bien lui accorder la main d'une princesse de la famille impériale. De là la réunion des deux faits dans le récit. Quant aiix détails sur la pompe du mariage (jui j)arvinrent jusqu'à rabi)aye de Priim, il n'est aucune raison de leur refuser tout au moins un fond de vérité.

1. lY'ut-êti'e {)Ourrait-on proposer de lire « inifjuo con[cJludio », en supposant (juc llincmar, à tort ou à raison, trouvait celte alliance « dispropoi'tioimée ». C'est, du reste, relativement à ce mariage, la manière do voir de Duem.mi.kr, Oatfr. liridi.. t. Il, p. 403, qui juge (|ue « ungemessen sein Khrgeiz vcirwàrts schweifte ». M. iMceiii-Maciieii. Deulsc/w Gesrhic/ite imU-r dm Karoliiifjmi, p. 567, porte sur Boson un jugement à peu prés analogue. 11 ne nous semble pas, au conli'aire, que le fait ait eu rien d'anormal, la situation i)oliti(|ue de Boson étant certainement assez élevée pour qu'il put épou.ser une princesse de la famille impériale.

76 MAR[AGK DE BOSON |876l

avec le texte des Annales de Fulda'. Selon ces dernières, en effet, Boson, non seulement aurait enlevé Ermengarde, mais pour être libre d'épouser celle-ci, il se serait débarrassé par le poison de sa première femme. L'annaliste de Fulda est émi- 'nemment suspect, surtout lorsqu'il s'agit de Boson, l'un des conseillers de Charles le Chauve, et qui pouvait avoir en 875 contribué à la défaite de Carloman de Bavière, pour les adversaires duquel Méginhard n'a pas assez d'injures. De plus c'est à propos des événements de 878 qu'il rapporte cette histoire d'empoisonnement. Or, à cette dernière date, le duc de Provence, appelé et soutenu par le pape Jean VIII, retournait en Italie pour y lutter contre ce même Carloman. On peut donc, avec une certaine vraisemblance, considérer l'anecdote comme l'un de ces bruits défavorables aux princes de la Francie occidentale que Méginhard aime à recueillir dans son œuvre'". Il serait d'ailleurs bien singulier qu'Hincmar, nettement hostile à Boson dans cette affaire, ne fit pas même allusion^ au crime dont Uéginon ne parle pas non plus.

1. GiNGiNS, liosoiiidf's, p. 'i4-'i5, a cru devciir donner à ce ])i'opos des détails assez circonstanciés sur Texpédilion [yj de Boson à l'révise [?] où les confidents [!?] de liérenger lui livrèrent la princesse Ermengarde. « ce qui passa dans le public pour un enlèvement simulé ». — • 11 est fâcheux que Gingins, qui cite eu note les Annales d'Hincmar, n'ait pas cru devoir pul)licr les documents auxcjuels il emprunte ses renseignements complémentaires, que nous citons à titre d'échantillon de sa manière d'écrire l'histoire. Les Annales de I-'ulda (cf. infra), disent, il est vrai, en parlant de ce mariage, « \)ev vim rapuerat ». Mais cette affirmation, (ju'aucun autre texte ne vient appuyer, s'explique suffisamment par l'hostilité de l'annaliste allemand à l'égard de Boson, surtout lorscju'il s'agit d'un événement si contraire aux intérêts des princes germaniques. Cette hostilité, manifestée par un partisan dévoué de ces derniers princes, ne permet guère d'admettre avec M. BouHc.EOis (Le Capilulairp de KÙTsy, p. 8(3-87) que « ce mariage « de Boson fut Ici-uvre du })arti allemand. Les ennemis de Charles le « Chauve ont exploité l'andiition de son beau-frère ; maître déjà de la « vallée du Rhône et du Valais. Boson ])ouvait, grâce à cette nouvelle « alliance, prétendre à la succession de Louis II, la Provence et l'Italie ». Mais 1" il est plus que douteux que Boson ait été en ])ossessioii du Valais ; 2'^ c'est d(; par la volonté de Charles le Chauve qu'il était maître de la Provence et de l'Italie aussi bien que de son comté de Vienne. Quant à dire qu'il conçut dès ce moment la pensée de se créer un royaume indépendant italo-bourguignon, c'est ce qu'il est impossible d'affirmer, il y avait là un beau mai'iage à faire, et Boson l'a fait.

2. Comme, par exemple, ce qui concerne les relations de Charles le Chauve avec Jean VI IL

;{. Nous ne pouvons, en effet, considérer les mots iniquo ronlntlio comme une allusion de ce irenre.

[STO] MAlilACE l»F. HOSd.N 77

En somme, de tous les textes relatifs à ces événements, les conclusions qui paraissent se dégager avec le plus de certitude — s'il y a une certitude quand il s'agit de l'époque carolingienne — sont bien peu nombreuses, et ce qui semble à peu près acceptable se réduit à fort peu de cboses. Nous pouvons admettre cependant que Boson épousa Ermengarde entre le mois de février et le mois de juin 876; — que ce mariage eut lieu avec le concours et l'appui de IJérenger, duc de Frioul, vraisemblablement, à l'instigation des comtes italiens qui entouraient alors Boson, ce qui ne fut pas sans déplaire à quelques-uns des conseillers de son souverain. Ajoutons qu'il est possible que les noces du duc de Lombardie aient été très solennelles et aient vivement frappé l'imagination d'une partie des contemporains. Il est également admissible (ju'ilait, peu de temps avant cette époque, perdu une première femme dont nous ignorons le nom et dont il nous paraît impossible de démontrer l'existence'.

Ermengarde, que Boson venait ainsi d'épouser, était alors la seule survivante des deux filles de l'empereur Louis II et de l'impératrice Engilberge". Son père s'était marié au mois

1. Il est à peu prés inutile de discuter l'ar^iument do Ginoins {Bosonides, p. 'j5-'j6) que Boson n"a pas empoisonné sa t'enime. car en ce cas le pape ne le traiterait pas. comme il le fait, de tils adoptif. Jean VI II ou Formose devaient régulièrement employer la formule d'usage « dilectissime fili » en écrivant à un comte même accusé d'un crime de ce genre.

Sans parler de Bouis (La rni/a/lr cawonnf! des rois d'Arles, p. 128). qui a écrit à cette occasion tout un petit roman, plusieurs historiens (les derniers siècles se sont laissés entraîner à admettre la version des Annales de Fulda, en identifiant lioson avec le mai-i d'Engeltriide, qui se serait alors défait de sa vagabonde épouse (BorruE. ///.s/, de Provciict', t. 1, p. 760; (^iiOHircii, I/ist. de I)auphini\ t. I, p. 729). — Ce qui est possible, mais purement conjectural, c'est que Boson, liuc de Lombardie, ait eu alors une première femme, morte à peu prés à cette date, ce qui expliquerait que le bruit recueilli par Kgiuhard ait couru en Germanie. Eu outre, au mois de juin 878, Boson avait une fille qu'il fiançait au jeune jjrince Carloman. Le mariage avec Ki-mengarde datant du printemps de 876, la naissance d'un enfant de celle-ci serait de la fin de 876 ou du comuiencement de 877, et il faudrait admettre les fiançailles du fils de Louis le Bègue avec une enfant de (piin/.e à dix-huit mois, ce qui n'est cependant pas impossible.

2. Le testament dLiigilberge (Cod. dipl. Lang.. n» cci.xx) itarle d' « Ermengarda unica mea filia », mais nous savons cpie Louis II avait eu une fille du noin de Gisla, à laquelle, le l.'i janvier 861. il concède le monastère de Saint-Sauveur de Brescia (Bi»-:ii.mi:u-.Ml:i:uliiaciiek, ii" 1186). VAW. est également mentionnée i)ar le N'écrologe de Brescia (Mlkatdi;!. Ant. iial.. t. V. col. 761), à côté de ses deux homonymes,

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