LE PAPE JEAN VIII EN PROVENCE
Le 11 mai 878, arrivait à Arles, sur trois dromons à lui prêtés par la cité de Naples et son évêque-duc Athanase, le pape Jean VIII, que ses démêlés avec le duc de Spolète, Lambert, et le beau-frère de celui-ci, Adalbert de Toscane, forçaient à quitter Rome pour venir chercher lui-même en Gaule l'appui dont il avait besoin contre ses turbulents voisins aussi bien que contre les Sarrasins \ A peine débarqué, pendant que la plupart des évoques des provinces voisines se hâtaient d'accourir au-devant de \m'\ il envoyait prévenir de son arrivée le comte Boson, et avait avec celui-ci une entrevue à laquelle assistait Ermengarde''. Le duc et son épouse paraissent avoir produit sur l'esprit du souverain pontife la meilleure impression. Dans la lettre que Jean VIII adressait peu de temps après à l'impératrice Engilberge, il abondait sur leur compte en expressions élogieuses, se déclarant « tout prêt à les élever à une situation plus considérable et plus haute' ». Quelle que part qu'il faille faire, dans cette lettre, aux formules de politesse, la conduite ultérieure de Jean VIII et d'Engilberge montre qu'ils étaient capables de concevoir pour le mari d'Ermengarde des visées plus ambitieuses peut-être que celles de Boson lui-même". En attendant de pouvoir donner
1. Ann. Beflin.. a. 878, ]). 140: « Joliaunos Papa... Huma exiit et « navigio Arelatum in die sancto l'entecostesappulit...». Cf. Ann. Vedast., a. 878; Ann. Fuldcns.es, a. 878, p. 91 ; Duemmleiî, Ostfr. Rcich.. t. III, p. 77 ; A. Lai'ôtiu: , J('a)t Mil, p. ok'.Wo'i't.
2. Lettre de Jean VIII à Teutran de Tarentaise (.Iaffé, n";Jir)0; Mic.NE, t. CXXVI,col. 781), dans laciuelie il lui reproche de ne pas être venu au-devant de lui « more ceterorum venerabilium archiepiscoporumo).
3. Ann. Berlin., p. 140: « Siiosque nuncios ad Bosonem comitem « misit. » — Lettre citée ])lus bas, de Jean VIII à Engilberge : « Ecce (c Arelatcm... intravimus... Illic(jue l'osonom principom goniM'um ves- « trum communem et liliam donmrui Lrmengardem alioiiuoutes... »
'\. Lettre de Jean VIII à Engilberge, Jaité, n" oWC^ ; .Mione, t. C.XXVI, col. 774 : « Et pro amore vestro, vestri nuper et })iissimi « conjiigis, illos tanquam lilios amplectentes, pro eoruin consulto, « illorum cum honore cuncta facienuis, quoniam ceu per vos, haud « secus per istos. consolationein et defensionem sanctae Romanae « ecclesiae quaerimus eosdemque, i)ermissu Dei, ad majores excel- « sioresque gradus modis ()nniil)us snlvn nostro honore promovere « nihilominus dcsideramns. (,»u;q)i'()i)UM' monentes horlanuir ut tanto « labori favoatis. »
5. Selon une autre lettre de Jean \ III (.Iaiii:, u" '^^lï^\) ce n'est qu'à Troyes (pie le ])ape s'ouvrit de ses projets à Boson, et celui-ci, comuu> nous le verrons, semble avoir mis ])eu d'empressement à les accueillir. Engilberge pai'nit s'rtre be.'iucou]) occu))ée de ce (pii jiouvait concei'iu'r
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à ces projets un commencement d'excn-ution, il s'occupait de différentes affaires intéressant plus ou moins directement Ni duc de Provence, s'entremettant pour faire restituer aux cousines de celui-ci. les filles d'Engeltrude, l'héritage qu'on leur disputait', et renouvelant en faveur de l'archevériue d'Arles, Rostaing, le vicariat apostolique jadis coniié au métropolitain de cette ville p:ir le pape Grégoire le Grand'.
A la un de mai '. grâce au concours de Boson et sans doute accompagné par lui * et par Ermengarde, Jean VIII se dirigeait vers le nord du royaume franc, traversant Lyon', Chalon^
sa fille et son gendre. Jean \'lll,dans la lettre citée qualifie la t^rovencede « regni delitiarum vestraniiu » et iJoson de «geiienun vestruni coin- « munein. » Cf. aussi la lettre de .lean \'II1 à Hoson (/fiai, de /■'/•., t. IX, p. 680.) Nous rejjarlerons du rôle joué par I-]ngilborge lors de favènenient de Boson.
1. Jaffé, n" 3168 et infra. Cette affaire se continua jusfju'à la fin de l'année 878 (.Iafké. 3211).
2. Lettres de Jean Vlll à Rostaing d'Arles et aux évéques de (laule (MioNE.t. CXXA'I, col. 775 et 777; Jafké, n"^ 3148-31 j9). Le nom de lîoson ne ^;gure dans aucune de Ces lettres dont les termes sont empruntés aux vieux privilèges de Grégoire le Grand (Jaffé, 1374-1375. Cf. Gu.Nnr.ACii., Arles iiiul Vienne dans le Neues Arrh., t. XV. p. 257) et il est très douteux qu'il faille rattacher ce rétablissement de la primatie d'.Arles à des efforts faits par Boson pour préparer dès cette époque la création de son royaume de Provence. En effet, il est incertain que Boson ait eu dès cette époque un tel dessein et s'il l'avait eu, il est bien vraisemblable que Jean \'lll ne l'aurait pas soutenu, car il parait avoir été hostile à cette idée d'un royaume démembré des Ktats de Charles le Chauve (A. Lapôtre, Jean VI/I, p. 249). Même en ce cas, il neùt ))eut-être pas été de l'intérêt de Boson de faire accorder à Rostaing dWrles une primatie rivale de celle qu'avait reçue du pape Nicolas I l'archevêque Adon de Vienne, alors que c'est Otran, successeur d'Adon, qui paraît avoir été l'un des principaux ap})uis de Boson, et ([ui signe le premier à son acte d'élection. Rostaing d'.Arles, au contraire, ne semble avoir aucun rôle spécial. Encore au temps de Louis de Provence, c est le métropolitain de \ienne, non celui d'Arles, qui tient la première place, et comme l'a remar(|ué Gundiach (Arles und Vienne, p. 258). cette concession à Rostaing du vicariat apostolique n'eut pas grand résultat et demeura dans le cours du i.\'' siècle un acte isolé. Il y avait eu cependant antérieurement des négociations de ce genre entre l'archevêque Roland d'.Arles et Nicolas I (Jaffé, n" 2757).
3. Jaffé, p. 399-400, w"' 3151 et suiv. Le pape ne doit pas être resté longtemps à .\rles.
4. Ann. Berlin., p. 140: « Et per ejus [15osonis] auxilium ad Lug- « duuum venit. » Comme Boson et Ermengarde se trouvaient à Troyes. au moment du concile, il est bien probable qu'ils avaient accompagné Jean VIII.