LA PROVENCE. - LE DUCHE DE LYON
de prééminence sur les comtes des pays voisins. Les sources annalistiques semblent en faire un personnage d'une importance exceptionnelle, non pas seulement un comte d'Arles, mais une sorte de duc des Provençaux^ de marquis, bien que ce terme, pour ce pays, ne se rencontre qu'un peu plus tard. Les documents, il est vrai, sont trop peu nombreux pour qu'il soit possible de donner des preuves, mais il faut ajouter que le rang élevé du comte Fulcrad, et sa situation exceptionnelle, sont également attestés par d'autres faits. C'est ainsi qu'il figure en deuxième ligne, immédiatement après le régent de Provence, Girard, dans la liste des comtes assemblés à Sermorens vers les années 858-8G0', qu'il est également mentionné l'un des premiers dans la liste du capitulaire de 846% et enfin qu'il paraît comme ambnsciator au lieu du comte Girard dans l'un des rares diplômes de Charles de Provence relatifs à la partie méridionale des États de celui-ci qui nous aient été conservés*. Il semble donc que le mot de Provence ait pu, dès cette époque, en même temps qu'une région géographique, désigner une circonscription politique'.
Quant au duché de Lyon, dont parlent les Annales de Saint-Bertin, nous pouvons en constater non les origines, mais Texistence dès une époque un peu plus ancienne. En 817 en effet un nommé Bertmond est mentionné par Nithard avec le titre de « Préfet de la Province de Lyon » ". Plus tard le comte Warin, qui joua un certain rôle dans les guerres de succession entre les fils de Louis le Pieux paraît avoir eu également dans ces régions un pouvoir très étendu, s'exerçant sur Lyon et sur Vienne, en même temps d'ailleurs que
col. 1467). Le ra])procliement cependant n'a été fait ni par MM. Roretius et Krause ni par >L Wcildemar Lip])ert, qui avait précédemment étudié ce capitulaire. (Neues Archiv.. t. XII, p. 531-541).
1. Les Ann. Fuld., loc. cil., lui donnent expressément le titre de duc.
2. B.ALUZE, Capilularia, t. II. col. 1467. Les dates extrêmes sont fournies par les mentions de Rémi, archevêque de Lyon depuis 858, et d'Kbbon, évêque do Grenoble, mort en 860.
.■]. Le troisième sur dix.
'». Diplôme pour l'é/j-lise d'Orange, pub. par A. de Mas-Latkie, dans la JSihl. ilr rEc. des Charles, t. I, p. 495.
5. 11 ne faut ])as bien entendu vouloir trop préciser, mais il semblie bien qu'il faille tirer une conséquence du titre de duc ])orté ])ar Fulcrad, et de l'analogie des ex])ressions qui lui sont a]»pli(|uées avec celles qui le seront plus tard à Hugues d'Arles.
'1. NrriiAKi), llishiiiac, 1. I, c. 2.
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sur d'autres comtés, comme ceux de Màcon et d'Autun', qu'il est cependant impossible de faire rentrer dans le diiailiis Lurjdunonsis, car ils ne faisaient certainement point partie du royaume de Provence gouverné par Charles. Nous ignorons d'ailleurs l'époque de la constitution de ce duché, (jui ne paraît pas dans les textes de la période mérovingienne-, et les causes qui motivèrent dans ces régions la réunion de plusieurs comtés sous l'autorité d'un duc, à une époque à laquelle il n'y avait point dans le voisinage do la Bourgogne de royaume ennemi contre lequel il fût nécessaire d'organiser une « marche ».
Nous ignorons également quelles étaient les limites du duché, mais il semble bien proljable que Vienne en faisait alors partie. Sur le titulaire en effet, lors de l'avènement de Charles de Provence, il ne saurait y avoir aucun doute : c'était le célèbre Girard, dit Girard de Roussillon, qui intervient dans deux diplômes relatifs à l'église de Lyon'', l'un de Charles de Provence*, et l'autre du père de celui-ci, l'empereur Lothaire^ 11 porte dans ce dernier acte le titre de marc/iio, qui correspond très vraisemblablement au (/ttca- /us dont parlent les Annales Bertiniennes. Un autre document d'ailleurs'' donne expressément à Girard le titre de duc. D'autre part nous savons qu'il exerçait son autorité à Vienne comme à Lyon : il intervient dans les diplômes relatifs à l'église de Vienne' ; c'est là qu'en 870 il tentera de résister