EXPÉDITION CONTRE IIL'GUES DE LORRAINE
possible aussi qu'il faille rattacher à ces faits l'eiivahisscment des biens de l'église de Besançon par un nommé Hubon, vassal de Charles le Gros ; ce dernier aurait, pour punir l'archevêque Théoderic d'avoir pris part à l'élection de Mantaille, toléré ou favorisé cette usurpation, qui nécessita également l'intervention de Jean VllI'. Malheureusement les faits de ce genre sont trop fréquents à cette époque pour que l'on puisse, avec quelque vraisemblance, voir là autre chose qu'une de ces usurpations comme les grands laïques s'en permettaient trop souvent au détriment des biens d'Église".
Le récit de ces événements nous a entraînés au delà de l'époque de l'entrevue de Gondreville, Pendant qu'ils s'accomplissaient, que l'on mettait Engilberge hors d'état de soutenir son gendre, et que Jean Vlll abandonnait son ancien protégé, les rois francs agissaient également par les armes. Une armée germanique, conduite par Adalard, comte du Moselois '\ et le puissant comte Henri d'Alémannie\ venait rejoindre les troupes de la Francie occidentale et marchait de concert avec elles contre Hugues de Lorraine. Celui-ci échappa, mais les forces coalisées livrèrent à son beau-frère, le comte Thibaut, un sanglant combat" à la suite duquel Thibaut vaincu dut très
1. Jaffé. no 3315 ; IlUt. de Fr., t. IX, p. 190 (cf. Gall. Christ., t. XV, col. 25). On peut rapprocher de ces mesures de rigueur un passage de RÉGiNON, Chron., a. 879, p. 115 : « Cum sibi [liosoni] faventes proie scriptionibus dampnarentur bonisque omnibus privarentur. .. »
2. Il y a cependant peut-ctre là tout au moins une conséquence des guerres, et de l'incertitude où l'on se trouvait alors quant à la souveraineté de la plupart des pays qui avaient fait partie du royaume de Lothaire. ■ — C'est à ces mêmes causes que l'on pourrait, semble-t- il, rattacher l'acte de violence à main armée commis par Adalbert, évêque de Maurienne, qui, un matin, à la tête d'une troupe d'hommes de guerre, surprit l'évèque Dernier célébrant la messe dans son église cathédrale de Grenoble, le maltraita et l'emmena prisonnier (Lettre de Jean VIII à Adalbert, du printemps de l'année 882; .Iaffé. n" 3376, MiGNE, t. C.X.XVI, col. 953). Le différend entre les deux prélats devait remonter à (juelques années déjà, car, dés l'année 878, Jean Vlll avait enjoint à l'archevêque de Tarentaise de prendre des mesures pour y mettre fin (Jaffk, n" 3150; Migne, t. CXXVI. col. 781).
3. Sur ce personnage, cf. Dlîemmleh, Oslfr. Jii'irh., t. 111, j). l'ii.
4. Sur le « triarchos » gerniani(|uc, cf. ihid., p. 1(')9-170.
5. /In?;. Berlin., p. 151. 1/annalisto de Fiilda, p. 95, fait battre Thibaut })ar Henri et les ti'oupes saxonnt^s seules, pour leur réserver Ihonneur de la victoire. 11 est d'ailleurs mal informé en ce qui touche toute la chronologie de ces événements, jjuisqu'il place l'entrevue de (!ondreville après le mois d'août. Nous devons toutefois faire observei" <|ue s'il est certain, au témoignage d'ilincnuir, que l'expédition contre
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vraisemblablement se réfugier en Bourgogne, où nous le retrouverons quelques années plus tard (tin juin-commencement juillet 880). Quant à Hugues, il ne paraît pas avoir beaucoup souffert de la défaite infligée à son lieutenant, car il continua à se maintenir en Lorraine'. Cela n'empêcha pas néanmoins l'année victorieuse de se diriger vers la Bourgogne *, pendant que Tabbé Gozlin, rentré en grâce, était chargé de diriger la défense du royaume contre les Normands \
Après avoir battu les troupes de Hugues le bâtard, il fallait en effet s'occuper de Boson*. Louis III et Carloman, toujours accompagnés de leurs auxiliaires germaniques', traversèrent la Champagne, passant par Trojes, qu'ils quittaient au mois de juillet*^ et pénétrèrent d'abord dans les pays envahis par
Hugues fut menée de concert par tous les princes t'rancs, il est possible que le combat dans lequel périt le comte Thibaut ait été livré par Henri seul, car les A7iii. Vednslini (Mon. Germ. SS.. t. II, p. 198), comme [es Ann. Fuldoisrs, ne parlent que de celui ci à cette occasion: « In ipso itinere Heinricus Teutbaldum filium Hucberti gravi devicit « praelio. » C'est à tort que les Ann. Lauhienses (Mon. Germ., SS., t. 1\', p. 15) disent que Thibaut fut tué dans la bataille. Sur les destinées ultérieures de ce personnage, cf. infra.
1. 11 se trouvait encore en Lorraine au mois de mai de l'année suivante et fit à cette époque sa soumission h Louis de Saxe, en recevant de lui, en échange, force comtés et abbayes {Ann. Fuld., a. 881, p. 96). entre autres celle de Lobbes (Ann. Lnubiens., loc. cit.). Cela ne l'empêcha pas de se révolter de nouveau. Mais il fut battu et obligé de se réfugier en Bourgogne, sans que nous sachions si par ce mot il faut entendre la Bourgogne propre, ou bien le roj'aume de Boson qui jouissait alors d'un peu de tran(iuillité, Carloman étant en Auvergne et Louis 111 occupé contre les .Nurmands. Hugues, d'ailleurs, n'y resta pas longtemps, car en 883 (Ann. FiibL. p. 100), il contractait une alliance avec le Normand converti Gotfrid, qui avait épousé sa sœur Gisla. Dans Tété de l'année 885 (Ann. Fuld., p. 103), accusé de favoriser la révolte de son beaufrère-, il eut les yeux crevés et fut enfermé au monastère de Saint- Boniface de Fuldà, puis à Saint-Gall, enfin à Priim dans les dernières années du ix« siècle (Keginon, Chrun., p. 125, et Due.mmleh, Ostfr. neich., t. 111, p. 241).