‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 171 sur 482 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

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0. Et encore Bernard, sujet de Carloman en 884. aurait-il en. jus(jn'a 885, peu de temps pour lutter « permanente lidelitate » en faveur de Charles le Gros.

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il est possible d'adinettre que Boson rentra dans Vienne durant les dernières années de sa vie. Divers arguments plus ou moins probants ont été mis en avant en faveur de cette opinion'.

A. Un diplôme dnté de VicntiP et de la VI fP année de Boson-. — Ce diplôme, qui a permis à Gingins'' de faire, avec pas mal d'imagination, un tableau de la cour de Boson dans les dernières années de son règne, et où figure le prince tenant un plaid à Vienne en compagnie d'Ermengarde et des évêques de son royaume, est un faux du xi" siècle.

B. Monnaies frappées à Vienne par Boson, après son reloar. — Les monnaies de ce prince, toutes frappées à Vienne, portent au droit la légende circulaire boso gratia dei et dans le champ rex ; au revers le nom de l'atelier monétaire,

1. Nous ne discuterons que ceux qui ont été repris par Duemmleh, Oslfr. Reich, t. III, p. 242, n.

2. Jlist. de Fr., t. IX, p. 672. Ce diplôme est une donation faite à l'église de Maurienne, par Boson, « roi des Burgondes et des Ausones ». eu sa cour de Vienne, et assisté de son épouse Ermengarde, sur la prière de l'évoque Asmond, et du frère de celui-ci, Léotmann, évèque de Crémone, du château d'Hermillon. Une disposition spéciale est ajoutée à la fin de l'acte, pour confirmer l'union de la cité de Suse à l'évêché de Maurienne. Le diplôme est daté au début, de la vm" année du rôjLi'ne. 11 a été généralement utilisé par les historiens, non seulement par Gingins, mais plus récemment par Duemmlek {Oslfr. Reich, t. III, p. 126, n. 4), par Hauhéau (Gail. Clirist.A. XVI, par 620), par l'abbé Dliciiesne {Fastes épiscopnnx, p. 235), par F. Savio (Gli aulichi Vescovi, p. 229), par Cahutti (// conte Umherlo e il re Arduino, p. 47) et par PinupoN {Le second royaume de Rourgogne, dans Ami. Soc. Eniul. Ain, 1896, p. 255) ; ce dernier néanmoins le déclare suspect. Et cependant la fausseté du document saute pour ainsi dire aux yeux. L'invocation « régnante Deo, factore omnium », la suscription « ego quippe Boso », la date placée en tète, le style, les longs développements étymologiques, les menaces spirituelles, ne sont pas du ix'' siècle. Les deux évè([ues mentionnes sont d'ailleursinconnus. L'acte atrôsprobablement été fabi'iqué au.xi'' siècle, lorsque les évèques de Turin disputèrent au siège de Maurienne la possession de la cité de Suse, réunie à Maurienne depuis l'époque mérovingienne (LoNGNON, Allas hislor., texte, p. 142. et Bileiet, Méui. sur les premiers évè'jiies de Maurienne, p. 53 et suiv.). Le faux ne peut être d'ailleurs très postérieur à cette date, car il est connu par une copie du xr' ou du xii'^ siècle en tète d'un bénédictioimaire de Carpentras (cf. Lamiîekt, Calai, des Mss. de Carpenlras, n» 74, et .Mas-Latuie, dans les Doc. histor. incd., t. I, p. 722). Il est probable (jue l'acte fut rédigé à cette époque, pour remplacer jx'utètre un diplôme authentique perdu contenant la donation du château d'Hermillon, et certainement pour constituer, au moyen d'une interpolation, un titre en faveur des prétentions de l'église de Maurienne sur Suse.

){. Rosoiiides, \). 110 et suiv.

1882-887] HKliMKUKS A.N.NI-JKS DK lîitSO.N 130

viENNA ciYis'. Mais il n'y a rion, dans ces pièces', qui i»uisse les faire attribuer à l'époque à hupicllo Boson était nnitré dans sa capitale, plutôt qu'à celle à laquelle il n'était i)oint encore sorti de la ville. On sait du reste ({u'uncnionnaio pouvait continuer à être frappée au nom d'un souverain dans uucî cité dont celui-ci n'était plus le maître''.

C. Le fait que Boson fui enseveli à Vienne. — Ce fait est attesté, et par deux diplômes de Louis l'Aveugle en faveur de la cathédrale de Vienne « où reposent ensevelis les ossements de son père et de sa mère'' » et par l'épitaplie du roi. Un heureux hasard, en effet, nous a conservé de celle-ci quehjues fragments contemporains ', en même temps (qu'une copie complète sur la pla(jue de marbre qui, au xiii'' siècle, lors du remaniement de la cathédrale par l'archevêque Jean de Bournoin, remplaça dans le cloitre le monument carolingien".

1. Prou, Calai, des monn. carol. de la Bibl. nat., p. \su, et no 846 ; Garu:l. Monnaies des rois de France de la seconde race, t. H, p. 336 et pi. LXIl. Des monnaies de ce genre ont été déjà figurées par Lkul.anc (Traité hislor. des monnaies, p. 132) et d"après lui par Kccakt, Comment, de rébus Franciae (Jrientalis, t. II. p. 645.

2. Non plus que dans celle que décrit Mkrmkt, J/ist. de Vienne, t. I, p. 236, et qui porte au di'oit la tète de Boson [?j. au lieu du mot ri:\. Cette monnaie, que ne connaissent ni Gariel ni Prou, est assez suspecte.

3. DuEMMLER et GiNoiNS citent, en outre, d'après Mi;r.\ji:t (l/ist. de Vienne, p. 237) et celui-ci, d'après des Annales inédites de Ciiarvkt, (publiées depuis par E.-.J. Savigné, Vienne, 1869, in-8", p. 90), une monnaie inédite — et inconnue — de Boson, portant sur la face la tète de ce prince, et au k l'inscription Vn:.NNA stat libkra autour d'un monogramme que Charvet interprète Ri:x Boso. Il est certain que la pièce n'est pas de ce prince et probable ([u'elle n"est pas de répo(iue carolingienne. La légende Vienna stat i.nn-.RA peut être une mauvaise lecture de l'érudit Viennois, mauvaise lecture rendue plus facile par l'exiguïté de la pièce « guère plus large qu'une lentille », c'est-à-dire de dimensions très inférieures à celles du denier carolingien. Il est pos.-ible aussi que la pièce elle-même soit un faux, comme on en fabriqua beaucoup au xvr' siècle et au connnencemciit du xvn'\

4. llist. de Fr.,i. VllI, p. 416, et Cart. de Saint-André-le-Iias. (}x\. Cin:vALn:R, n° 4. La mention se trouve, il e.st vrai, à une place légèrement anormale dans le dispositif et non dans l'exposé, mais la cliancellerie de Louis ne daraît pas avoir eu de fonnules très constantes. M le diplôme, ni l'indication que nous vérilions par ailleurs, ne semblent donc devoir être considérés connne suspects.

5. Ti:RRi:iiASSi;, Inscriptions du moyen t'uje de Vienne, t. Il p. 129. Allas, n» 343. Cette pierre du ix*^' siècle fiit au xni« niise au i-ebut et employée dans une construction pour servir de seuil à une mai.son, ce qui en a fait conserver un tHïment. C'est un beau morceau de marbre blanc, paraissant provenir d'un sai'copliagc antitiue.

6. C'est cette plaque du xm» siècle qui existe encore aujourdluii, pu-

140 DERMEHES ANNEES DE liOSON [882-887]

Mais le fait même que Boson trouva sa sépulture dans l'église Saint-Maurice de Vienne ne suffit pas à prouver qu'il soit, avant sa mort, rentré dans cette ville pour y exercer un pouvoir effectif, car ses restes peuvent y avoir été apportés après cette date par sa veuve ou par son fils.

D. — Un argument plus sérieux pourrait peut-être se tirer de ce que diverses chartes relatives au Viennois sont datées des années <( après la mort de Boson ' ». Ce fait tendait à prouver qu'au moment de cette mort le souverain était reconnu dans le pays. Mais, d'autre part, ces actes sont de l'époque troublée ([ui suivit la mort do l'empereur Charles le Gros, durant laquelle on resta pendant quelque temps, dans divers pays, indécis quant au prince à reconnaître". Si Boson, comme le laisse entendre Réginon, lutta jusqu'à sa fin contre les troupes impériales, sa mort pouvait être considérée comme un événement assez important pour que les rédacteurs d'actes privés aient cru devoir y rattacher la date de leurs chartes, plutôt qu'aux ans de règne d'un souverain incertain. La rentrée de Boson à Vienne, quoi([ue possible et même vraisemblable, reste donc toujours un peu problématique.

C'est le 1 1 janvier 887 ''' que la mort vint débarrasser Charles le Gros de son adversaire. Réginon " résume l'existence de celui-ci, durant les dernières années de sa vie, en un portrait célèbre. « Les rois des Francs eurent son nom en horreur et « en haine, au point d'obliger à son expulsion et à son extermi-

bliée avec facs. dans Mermkt, Ilist. de Vienne, p. 234 et 320 et mieux dans Terrkbassk, op. cil.. Allas., n" 343. Elle fut transférée dans la cliapolle de Saint-Apollonie, aujourd'hui celle des fonts baptismaux. Selon Cii()Kn;K(///.s^ fie Dauphiné, 1. 1, p. S'il), les ossements de Boson auraient été de nouveau découverts de son temps « et s'il faut juger de sa taille « i)ar eux, elle passoit la médiocre «. On remit le tout en place, mais selon certains archéolofA'ues ('1'i;rri:bassi;, loc. cit.), il y aurait eu depuis des remaniements et de nouvelles véridcations seraient nécessaires ])our savoir si les restes de Boson reposent encore derrière la i)la(iuc de marbre blanc qui est censée les recouvrir.

1. Cliarles de CÀioiy, n'"- 30 et 37. , 2. i\()us reparlerons plus bas de ce qui concerne alors les anciens J'^tats de Boson.

3. La date de jour est donnée par l'épitaphe du roi et par le nécrologe de Saint-Maurice de Vienne (CiniTi.KT, llisl. de Touniiis. pr., p. 23.Ô). L'épitajjlie ajoute qu'il mourut dans la \nr" année de son règne (15 octobre 8H()-15 octobi'c 887). 11 est mcntioniié connut- mort au mois de juin 887 par les .[un. J''h/iI., \). 1 15.

'i. [{rtiiNo.N, (Ihrini.. p. 115. « Non solum illi Louis III et Carloman]

f882-SS-| • JIT.F.MKNT Sril F'.OSON l'.l

a nation, par promesses et par serments, non seulement leurs « princes et leurs ducs, mais tous leurs soldats. Boson était « d'un esprit si avisé, qu'attaqué, comme nous l'avons dit, consc( tamment par les rois et les forces de leurs royaumes, personne « ne put venir ;'i bout de le prendre ou de le surprendre, d'une « si grande modération que, l)ien que ses partisans fussent « proscrits et privés de leurs biens, il ne fut jamais en butte aux « embûches de ses propres soldats ni trahi par eux, bien que « ses ennemis l'eussent souvent tenté. » Dans quelle mesure ce portrait est-il exact, c'est ce qu'il est bien difficile de déterminer. Il sembb^ bien que Boson ait été capable de se créer des partisans dévoués, comme Otran, comme Jean VIII luimême pendant quelques mois. En tout cas, que les rois francs aient ou non essayé de le faire assassiner, il ne sortait pas moins victorieux de la lutte soutenue contre eux, car il mourait roi. Non seulement d'ailleurs il avait fondé définitivement le royaume de Provence, mais il avait donné l'exemple que devait suivre, quelques années plus tard, dans des circonstances, il est vrai, bien plus favorables que celles dans lesquelles s'était trouvé Boson, llodolphe de Haute-Bourgogne.

« verum etiam alii reges Francoriim per succedentia tempora adeo,ii:ra- « viter nomen ejus tulerunt atque exosum habuerunt. ut iiirecup(>rabili « eius deiectione et inortis exitio non modo principes et duces, sed etiam " eorum satellites, sacramentis et execratiotiibusobligarentur. Fuitautein « tam perspicacis iiifi-enii, ut cum a niultis, ut dictuin est. regibus et « regnis assidue insectatus sit, a nuUo tameii aut capi, aut circumveniri « aliquando jjotuerit : tantae moderationis ut cum sil)i faventes ))rGscrip- « tionibus dampnarentur... numquam insidiis suorum milituni fuerit « petitus, nefiue fraude proditus, cum utrumque hostes saepe tenip- « tassent. « On peut rapprocher des expressions employées par liéginon, celles de l'épitaplie du roi (jue nous avons citées plus haut.

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