‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 317 sur 482 · LES SAHHASINS DANS LE VIENNOIS ET DANS LES ALPES · texte numérisé non relu

LES SAHHASINS DANS LE VIENNOIS ET DANS LES ALPES

parlent expressément àWgareni et il est bien douteux qu'il puisse s'agir de Normands \ Quant aux dévastations dans le Viennois, il est possible qu'on doive les attribuer aux Hongrois qui, poursuivis par l'armée chrétienne, traversèrent le pays en 921, bien que ceux-ci, d'après le texte de Flodoard, semblent plutôt avoir joué en cette circonstance le rôle de fugitifs que celui de pillards".

Les déprédations des Sarrasins dans les Alpes, d'autre part, semblent avoir commencé de bonne heure. Un de leurs premiers exploits, au début du x° siècle, sans doute peu avant l'année 906 ^ fut la destruction de l'abbaye de la Novalaise près de

1. GiUAUi) (Essai histor. sur Sdinl-Darnard , t. I, p. 12) qui ne connaissait pas le texte des Mir. S. Apollinaris, a nié les incursions des Sarrasins dans le Bas-ltauphiné. Il semble que le monastère de Homans, en effet, n'ait pas été détruit par eux. Mais en présence de certains détails précis, concordant avec ce que nous savons par ailleurs pour Hugues d'Arles, il est difticilo de refuser une valeur aux Mir. S. Apollinaris. Or, 1° ceux-ci parlent (VAt/areni, nom qui s'applique proprement aux Sarrasins ; 2'^ il est peu vraisemblable que des iNormands soient venus par le Nord en traversant la marche de Richard le Justicier, sans qu'aucun texte en fasse mention. Aucun texte, d'autre part, arabe ou chétien, ne signale au début du x" siècle la présence des Normands dans la Méditerranée, tandis que nous savons que le littoral était infesté de Sarrasins. Il y a des chances pour que ce soit à ces derniers que l'on doive attribuer le ravage du Valentinois.

2. Cf. supra, p. 215-216 et la note précédente. En ce quiconcerne la charte du comte Hugues, on ne peut songer qu'à l'invasion de 92i. I']n ce qui concerne celle de Sobon, on peut supposer un passage des Hongrois en 935 ou en 937. En 937, l'invasion venait par le Rhin et s'arrêta en Bourgogne. (I.auer, Louis 1\\ p. 'i2). Pour celle de 935, elle peut s'être étendue sur le Viennois lorsque les Hongrois passèrent de la Bourgogne en Italie (cf. Flodoahd, Annales, a. 935), mais nous n'en savons absolument rien. Les textes sont trop vagues pour ])ermettrc do })réciser.

Charte de 924 : « Praecipue tamen in Viennensium partibus non « tanlum saevissima Paganorum persecutione (piantum etiam perfido- « rum Christianorum inciuissimo cupiditatis instinctu. »

Charte de 938 : « Ecclesiam in jjago \'iennensi, in villa l'omis que (c fuit ex antiquo lionoriHce fundata sed ad presens ol) inl'cstatione paie ganorum ad nihilum redacta. »

Si dans le premier de ces actes, écrit en s1yh> assez al;imbi(|ué. il ne fallait pas faire la part des formules, il s'agirait plutôt d'une « persecutio » ayant un caractère durable, habituel, i'^lle devrait donc être attribuée aux Sarrasins plutôt qu'aux Ilongi'ois.

3. Cette date de 906 a eu une grande fortune en histoire, probablement parce que c'est une des rares dates qu(î 1 "on jiossêde pour l'histoire du Sud-Est (le la France au x'' siècle. On y a volontiers lattaché tous les textes non datés dans lesquels il était (luestion de Sarrasins : la naissance de saint Mayeul. l;i desiruction de INmIoiu; racontée dans le fragment du i)seudo-Berardenco {Mon. llisl. Pair.. SS., t. III, c. 6-7).

DKSTRICTIO.N DE LA NOVALMSK 263

Suse. Celle-ci avait été évacuée par les moines qui, avec leur abbé Donnivert', se réfiii,nèrent à Turin dans le monastère de Saint-André-hors-les-Murs, auprès de i'évèque Guillaume. Ils emportaient avec eux leur trésor et leur bibliothèque, celle-ci très considérable, 6,000 volumes s'il faut en croire à ce sujet le chroniqueur, do plus d'un siècle postérieur". Deux moines seulement étaient restés à la frarde du monastère. Les païens les tirent jjérir sous les coups, pillèrent ce (jne les religieux n'avaient pu emporter et finirent par mettre le l'eu aux bâtiments '.

Mais il faut remarquer qu'elle ne représente ni une date importante dans l'histoire des invasions, ni mrme celle de la destruction de la Novalaise. C'est celle seulement de la translation des reliques de saint Second parl'évêtiue (ïiiillaume pendant le séjourdes moines à Turin, audébut de ce séjour. On a d'autre partcontostécettedate, songé à la remplacer par celle de 916, même de 926 (Betmmann, Intro/L, p. r ; incidenmient, Cu'oi.LA, Di Audace Vescovo di Asti. Mise, di Sln)\ liai., t. XXN'IIi, p. lo3 et suiv. F. Savio, Gli Anlichi Vi'scovi, p. 326).

En réalité, il ne nous semble pas qu'il y ait lieu de la modifier, car si l'on ne peut s'appuyer pour la soutenir sur le fragment de Pedone, on ne peut davantage la combattre en rapprochant les événements des rava'j;es des Sarrasins dans TEmbrunois. par une identification sans aucun fondement (cf. inf'ra, p. 265-266). M. CipoUa, dans sa récente publication des MoniniiPiiln S'ovalicicnsia (p. 9'i), la conserve.

Ees dates extrêmes sont celles de 880. époque à laquelle les moines sont encore à Novalaise avec leur abbé Ambluif (l/r*;?. \oval.. u" x.wu) et du 28 février 929, date à laquelle les moines sont à Turin et reçoivent divers domaines du marquis Adalbert (/6., n" xwvi).

D'autre part, bien que la chronologie (si l'on peut pour un pareil texte parler de chronologie) du Chron. Novaliriense soit plus que défectueuse, on peut remarquer que selon l'auteur, il paraît s'être écoulé un intervalle de temps assez considérable qu'il exagère même, entre le moment où les moines arrivèrent à Turin et celui où ils reçurent du marcjuis Adalbert le domaine de Brème (Chroii. Novaliriense. I. IV, c. 30 et 1. V, c. 5). Or. cette donation de Brème est antérieure au 2'i juillet 929, date à laquelle le roi Hugues la confirme (l/o;«. Noval., u" wxvu). Il faut donc éviter de rapprocher de cette date de 929 l'arrivée des moines à Turin.

1. La chronologie de ces abbés est incertaine et ne peut fournir d'élément pour préciser, cf. Cii'olla, Mon. Naval., p. 439.

2. Quelques-uns de ces volumes ont été retrouvés et décrits ])ar Cipolla. Ses recherches à ce sujet ont été indiquées par lui. Mon. Noval., p. XIX et résumées, ihid., p. 425-432.

o. Chron. Noval., 1. V, c. 26, p. 59. La Chronique semble diie que la destruction fut complète, ce qui est peu probable, pour tous les édifices. La Chronique, en racontant le retour, ne parle pas d'une reconstruction complète, mais seulement de celle de l'abside de Saint- André. Cf. ('UM)M,\, Anlichi Inventari... dclla Novatrsa, dans les Mciii. dclla II. Accad. di Torino. Il-- série, t. XLIV, p. 281. A une épo(|ue ti'ès j)ostêrieur9, en 1065. une charte de Cunibert, évèque de Turin, eu faveur de l'abbaye d'Oulx, rappelle les ravages (les Sarrasins dans la

26i LES SARRASINS DANS LES ALPES

A partir de 920 environ, il semble que les bandes sarrasines aient infesté les Alpes d'une manière en quelque sorte permanente. Sans doute il ne paraît pas y avoir eu là non plus, d'établissement à proprement parler, mais la région des Alpes devient un pays sur lequel vivent les Sarrasins, pillant ce qu'ils peuvent, et rançonnant les voyageurs. Les textes se suivent à intervalles assez rapprocliés pour permettre d'affirmer que cette situation avait un caractère de continuité. A la fin de 920 ou au commencement de 921 des pèlerins anglais se rendant à Rome périssent dans les défilés des Alpes, écrasés par les pierres que les Maures font pleuvoir sur eux'. A la fin de 923 d'autres de leurs compatriotes sont égorgés dans les mêmes parages ^ sans doute en se rendant à Rome pour les fêtes de la NoëP. Il en est de même, sans doute à une époque voisine, de pèlerins rhénans se rendant à Rome ou en revenant''. En 929, d'autres « romieux », devant la menace d'un sort pareil, doivent rebrousser chemin et renoncer à franchir les Alpes ^ Quelque temps auparavant le corps de saint Marins ou saint Mary, devant la crainte qu'inspiraient les envahisseurs, avait dû être transporté du monastère de Valbodon dans le château de Forcalquier''. Le pays d'Embrun fut dévasté', à une date assez

v.allée de Suse {Vlciensis ecdesiae Charlarium, éd. R. Kivautella et F. Berta, Turin, 1753, in-fol., p. 26, a" xxiv).

1. Fi.dDoARD, Annales, a. 921,.'l/o/i. Germ.. SS.. t. III. p. 369. Il note le fait comme l'un Ae<, premiers événements de l'aimée, antérieur à la mort de Richard le Justicier (!'■■' mars), mais le fait que les autres mentions de ce genre pour les pèlerins allant à Rome permet de suj)poser ((ue Flodoard a noté le fait à la date à laquelle il l'a appris.

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