CHARLES LE CHAUVE EN BOURCOGNE
pas de bataille, mais elles indiquent un échec subi par Charles \ et rien ne s'oppose à ce que cet échec ait été l'un des points de départ de ces heroicae cantilpnac dont parle Aubri de Trois-Fontaines, d'après l'historien chàlonnais Gui do Bazoches. Le texte de ce dernier pourrait même être invoqué en faveur de Topinion qui placerait en 861 plutôt qu'en 870^ labataille hypothétique dont nous nous occupons. Il se rattache en effet, pour partie du moins, à un passage de Réginon, parlant, à l'année 858, de conllits entre Charles le Chauve et Lothaire, relativement à la succession de Charles de Provence ^ Or, le roi de la France occidentale ne joua aucun rôle lors du partage des États de son neveu, et l'erreur de Réginon ne s'explique que par une confusion entre les événements de 861 et ceux de 863. Ce serait donc, en dernière analyse, à l'expédition manquée de 861 que la tradition rattacherait la bataille dite de Vaubeton. Comme le texte embarrassé d'Hincmar laisse entrevoir une défaite de Charles, comme un succès de Girard sur ce dernier est indiqué par les sources épiques, y compris l'ancienne chanson bourguignonne que nous avons perdue, mais qu'a connue l'auteur de la Vie latine \ il est vraisemblable que si Charles, dans l'automne de l'année 861,
1. a Rébus parum prospère gestis. » — Prudence (^Ann. Berlin., a. 8'i6, p. 33) emploie des expressions presque analogues pour mentionner la terrible défaite de Ballon ^'U Bretagne que nous serions presque obligés de deviner, si nous n'avions sur ce point les témoignages nombreux d'antres chi'oniques, témoignages qui font défaut en ce qui concerne l'année 861 ; mais rien ne prouve que l'échec alors éprouvé par les troupes royales ait été comparable à la débâcle de Ballon, car on ne peut évidemment rien conclure, quant aux faits réels, de l'importance accordée à la bataille de Vaubeton par les textes traditionnels et légendaires.
2. Date à laquelle on a l'habitude de rattacher le passage d'Aubri, sans doute parce qu'il figure à l année 86G dans la Chronique de celui-
3. RÉGINON, Chronique, a. 858, p. 77. — Il semble bien que le texte de Gui de Bazoches (Bibl. Nat., .Ms. lat. 4998, fol. 57) dérive sur ce point: 1" de récits traditionnels et épiques ; 2" d'un texte historique relatif aux événements de 870, car il est question de Louis II occupé à combattre les Sarrasins en Italie; 3" du passage cité de Réginon, médiatement ou immédiatement, car Gui peut avoir utilisé une des nombreuses chroniques qui ont eu Réginon pour source principale.
4. La Vie latine de Girard a, en edet, conservé le souvenir d'une victoire remportée par lui sur le roi Charles (éd. Meyeiî. ijïi 65 s(|q. liomnnin, t. Vil, p. 188): « Sed divinitus triuini)husGorardo tribuitur, « regalibustergadantibusrobuslosiiuo ictus cedentium jani toleraro non v< valentibus, et sic praecipiti fuga ditluglunt. » Le roi est hnalement
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s'arrêta à mi-cliemiii dans son expédition, c'est qu'il avait subi, de la part des hommes du comte Girard, un échec après lequel il jugea plus sage de ne pas pousser au delà de la Bourgogne franque sa tentative d'invasion.
L'attitude des autres rois francs n'avait pas été d'ailleurs de nature à encourager Charles dans ses projets de con(iuète. Lothaire s'était, l'année précédente, rapproché de son oncle Louis le Germanique, et, pour le gagner à ses intérêts par son procéilé ordinaire, lui avait cédé plus ou moins effeclivement le duché d'Alsace'. L'union entre les deux rois persista durant le cours de l'année 801 et c'est d'un commun accord qu'ils envoyèrent en Gaule, à la fin de cette année, une ambassade composée de l'évéque Advence de Metz et d'un comte Leuthard, sans doute Alsacien et parent de Girard de Roussillon". Les deux envoyés vinrent trouver Charles le Chauve à Ponthion, au retour de sa malencontreuse expédition de Bourgogne et demeurèrent avec lui jusqu'aux fêtes de la NoëP. Les Annales de Saint-Bertin n'indiquent pas l'objet de cette mission, mais il est assez naturel de conjecturer qu'elle concernait la politique de Charles le Chauve vis-à-vis de la Provence, politique que Lothaire II surtout, en sa qualité d'héritier présomptif de son frère, ne pouvait voir que de fort mauvais œil. La conjecture est d'autant plus vraisemblable que les deux alliés ne tardaient pas à adresser au pape Nicolas I" un véritable acte d'accusation contre Charles qui, « poussé par le diable », donnait asile dans ses Etats aux perturbateurs de la paix et cherchait contre tout droit à s'emparer du royaume de son voisin".
obligé de se réfugier à Paris. Rien de pareil ne se retrouve dans la chanson qui nous est parvenue. — 11 est aussi question d'une défaite éprouvée par Charles en Maçonnais, dans Girarl de Viane, éd.TAiîui:, p. 72-73.
1 Ann. Berlin., a. 860, p. 5i; Duemmler, O.'ilf?'. Reich.. t. II, p. 1'.» et 31.
2. Se rattachant comme lui à la famille des comtes Liutirid et Leuthard. Cf. LONGNON, op. cil., p. 246.