‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 98 sur 482 · BKRENGER ET SES PARTISANS · texte numérisé non relu

BKRENGER ET SES PARTISANS

sence à Pavie du beau-père et d'une partie des partisans de Bérenger semble indiquer que ce dernier était, sinon réconcilié avec Charles, du moins neutre, et ses relations plutôt amicales avec Boson, vers la même époque, sont en faveur de cette hypothèse. Son absence à Pavie s'explique comme celle des autres marquis italiens, ceux de Toscane et de Spolète', en admettant que nous n'avons, à la suite des actes de Pavie, que les souscriptions des comtes directement soumis au duc d'Italie^ Boson.

Engilberge elle-même paraît s'être rapprochée vers la même époque de Charles le Chauve et de son l^eau- frère. Immédiatement après la mort de son époux, elle avait fait appel concurremment aux deux princes qui pouvaient prétendre à la succession du défunt'. Plus tard elle favorisa sans doute les fils du Germanique, mais les armées de ceux-ci n'épargnèrent pas son monastère de Sainte-Julie de Brescia\ et cette circonstance contribua peut-être à la rapprocher du parti « français ». Une lettre du pape Jean VllI' du printemps de l'année

révêqiie de Luna. (Coll. briiann., Joh. Mil, n" xi.ix, Neucs Archiv, t. V, p. 298).

1. Remarque déjà faite par le P. Lapôtre, Jean VIII, p. 293, n. 1.

2. En prenant le mot Italie dans un sens restreint et en voyant dans le duché contié à Boson quehjue chose d'analogue au marquisat de Toscane, par exemple.

3. Cet appel leur fut adressé par Engilberge et une partie des seigneurs italiens, réunis à Pavie après la mort de l'empereur Louis (Andhk de Bergame, Ilist., c. 19 ; Sau'pt. ver. Lnnr/., p. 229). Selon les historiens allemands, comme Duemmler (Ostfr. Iieic/i.,U/.i8S) et Muehl- BACHER (Re;/. Karol., ]). 476) le vœu de Louis II aurait été d'avoir pour successeur Carloman de Bavière, et Engilberge s'y serait conformée en appelant celui-ci. Mais le seul texte cité à l'apjjui de cette opinion est celui du Liliellus de impernloria poteslale, document postérieur et tendancieux (cf. .\. Lapôtre, Le lihelle impérialisle de Spolète, dans Je/iH VII f, cil. V, ]). 170 suiv.), moins bien renseigné qu'.Vndré de Bergame.

'i. Jaki-é, n" 3084 ; Migne. t. CX.WI, col. 719. La lettre n'est que du 27 mars 877,nnais elle fait allusion à des événements de dix-huit mois antérieurs, car depuis sa malheureuse ex})édition de 875, Charles de Souabe ne rentra i)as en Italie. Cf. Duemmler, (j.'<t/'r. Reich., t. III,

5. Jakké, n" 3085; Miom;, t. CX.WI, p. 720. Il ne faut jias, du reste, exagérer et faire d'Engilberge et de Bérenger deux fervents soutiens de Chai'les. La lettre même de .Jean VIll montre que l'on. ne conqitait pas trop sur la fidélité de l'imjjératrice. Celle-ci obtenait de Louis le (iermanique, le 19 juillet 876. une conlirmation de ses })ossessions (Boi:iiMER-MrEin,R.\(in:R, n" 1476; Miiratori, AiU. ilal., t. VI, col. 29). — L'envoi par llnuilberge des deux députés mentionnés dans l'acte, (ji.-;dbert et Amédrc, i)()ui'rai1 d'ailleurs éti'e antérieur à la date du

[876] MAIIIACK DK ISOSON 73

suivante exhorte riiiipéralrice à rester fidèle à Charles le Chauve, ce qui prouve qu'il y avaitou une réconciliation; celleci fut plus ou moins sincère peut-être, mais la lettre ne parait pas écrite en vue de gatiiicr Kngilherge à cette cause; elle V appartenait donc ou feignait d'y appartenir. Si, d'ailleurs, au commencement de 876 elle avait été nettement liosiile à Charles, il est peu vraisemblable que sa lille eût alors épousé le l)eau-frère de l'empereur, son favori, le duc mis par lui à la tète de la Lombardie. Il y a là tout un ensemble de faits dont les textes ne nous permettent pas de connaître le détail, mais qui doivent être rattachés les uns aux autres et dont le plus important, au })oint Aq vue qui nous occuj)e, est le mariage du comte Boson avec Ermengarde.

Le nouveau duc, en effet, « poussé par la faction de Bérenger », c'est-à-dire sans doute influencé par celui-ci et par les comtes lombards dont nous avons indiqué la présence à l'assemblée de Pavie, prit pour femme la fille du défunt empereur Louis II, Ermengarde, — « iniquoconludio »,dit Hincmar'.

Le passage trop concis des Annales Bertiniennes relatif à cet événement e^i assez difficile à expliquer, et le rapprochement avec les quelques rares renseignements fournis par les autres sources contemporaines ne fournit que peu de secours. Ajoutons ([u'on a encombré la question de commentaires et d'hypothèses souvent aventureuses, ou même contraires aux textes. La date du mariage peut être approximativement fixée au printem[)s de l'année 876", mais on ' a voulu

rapprochement marqué par les lettres précitées et i)ar le mariage d'Ermcngarde.

1. Ann. hi'rliniani. a. 876. ]). 128 : « Boso, postqnam imperator ab « Italia in Fraiiciam rediit, Berengarii. I']vrar(li tllii, factione, iiliam « Hludovici imperatoris Hyrinengardem, quac apud cum morabatnr. « iniquo conludio in matrimonium sumpsit. ».\ous ne pouvons traduire très exactement le mot faclio. D'autre part, il est ditïicile de savoir à quel nom se rapporte le terme cum. Autrement dit, Krmengarde se trouvait-elle auprès de Hérenger. son cousin par sa mère, Gisla, femme d'Evrard, ainsi que le suppose (Ii.nuins (hoxonides, p. 'ili), — ou jjrés de Boson lui-mi-ine. Le pronom /s, en. ù/, n'a pas un sens très ])récis, et remploi du démonstratif, dans la langue d'Hincmar. ne parait pas assujetti à des règles bien fixes.— Die.mmi.ei!, Oslfr. Reirh.,{. II, p. 'iO:{, et t. III, p. 78. laisse la question dans le vague.

2. D'après le texte des Ann. lierliniani, le fait se place entre W. moment où Charles quitta l'Italie, et l'ouverture du synode de Ponlliion. c'est-à-dire entre le mois de février876c1 le21 juin de la nu'>me année.

3. GiNOiNS, Boaonidea, p. 45; Di:i:m.\h.eh, (hlfr. /{eic/i., t. III, }). 403; Parisot, f.r ro'jdumr de Lorrains, p. 452. — Bi'ECIITI.no, (llan/nrUrdif/licil

74 MARIAGK DE BOSON [876]

la reporter à l'année 877, en alléguant que le testament de l'ex-impératrice Engilberge' prévoit le cas où sa tille viendrait à prendre le voile dans son monastère. On en a conclu qu'à cette date du mois de mars 877", Ermengarde ne devait point encore être mariée. Mais en réalité les termes du testament s'appliquent à la situation de la fille de l'impératrice, entrée, même mariée, dans un couvent, et établissent des distinctions, non pour le cas où Ermengarde viendrait à mourir sans être mariée, mais pour celui où elle ne laisserait point d'enfant '\ Il est d'ailleurs des textes qui prévoient formellement l'hypothèse d'une femme mariée entrant comme religieuse dans un couvent*. Les considérations tirées du testament d'Engilberge ne sont donc pas de nature à infirmer la valeur du témoignage d'Hincmar, qui n'eût pas commis sur un événement de cette importance, et sur lequel il devait être bien renseigné, une erreur aussi grave. L'hypothèse, en outre, est contraire aux faits connus, car Boson était de retour auprès de Charles le Chauve dès le début de l'année 877 et rien ne permet de croire que depuis cette époque il ait repassé les Alpes, alors que toutes les sources sont d'accord pour placer en Italie la célébration de son mariage ^

IlinkïïKirs von Reims, p. 34, cherche à expliquer cette prétendue erreur dans la chronologie des Annales Bertiniennes par l'hypothèse de mentions rajoutées après coup par l'auteur à son texte.

Page 1