LA LIGNE DU RHIN
De sa valeur comme ligne de défense naturelle,
(Ch. XII, p. 448.)
« On attribue trop généralement à une ambition vulgaire de conquête la grande idée nationale de la frontière du Rhin ; cela tient à ce qu'on ne veut voir dans ce fleuve absolument rien autre chose qu'un accident géographique quelconque auquel on applique inconsidérément les spéculations de la science, sans avoir égard aux principes de la stratégie. Cette grave erreur repose tout entière sur l'interprétation incomplète et inexacte du mot frontière dans son acception usuelle...
» Une frontière n'est pas seulement la ligne de démarcation plus ou moins conforme à l'histoire et à la géographie de deux peuples, c'est avant tout, pour un grand Etat, l'obstacle ou la série d'obstacles naturels destinés à le protéger le plus efficacement possible contre une agression étrangère. Telles sont les considérations qui ont présidé partout à l'établissement des frontières des puissances de l'Europe. Ainsi, l'Es^
pagno a pour barrière naturelle les Pyrénées. .. Rien de semblable n'existe pour la France que les Pyrénées; les Alpes, le Jura, la rendent plus ou moins invulnérable à Test et au sud-ouest ; à quoi se réduit cette sécurité, si le torrent des coalitions peut se précipiter par la brèche du nord-est? Car il ne faut pas perdre de vue que les orages qui se forment contre notre pays éclatent invariablement sur le Rhin. »
La création, do Vauban indique, de ce côtéy que le pays est dépourvu de frontières naturelles.
« Un fait capital surgit immédiatement des opérations de guerre dont la rive gauche du fleuve a été le théâtre : c'est qu'on trouve chaque fois réunies contre la France toutes les populations de race germanique : l'Angleterre, l'Allemagne et la Hollande ; les armées allemandes arrivent par la porte du Rhin, de Philipsbourg à Dusseldorf ; les forces d'Angleterre, par les portes de la mer du Nord ; et la communication s'effectue sans obstacle par la Meuse, dont les clés appartiennent à la Hollande. En thèse générale, la masse des forces alliées opère entre la Meuse et la côte, à partir de la mer; elle comprend régulièrement les troupes anglaises et hollandaises et a pour objectif direct Paris par la vallée de l'Oise; quant au pays entre Rhin et Meuse, il sert do théâtre à des opérations secondaires dirigées contrôla Lorraine et l'Alsace, que se réservent naturellement les soldats d^outre-Rhin.
» C'est ce qui ressort des guerres de 1672, 1689, 1701, 1740, 1793 et 1815...
» D'oîi il résulte manifestement que la rive gauche du Rhin est le rendez-vous des armées du continent, l'arsenal de leurs préparatifs contre notre frontière du nord-est, le réduit de leur défense; en un mot, la place d'armes des coalitions contre la France.
» Mais c'est surtout dans les opérations des Français que se révèlent tous les dangers de notre situation : ces opérations
naturellement inverses des précédentes, témoignent en effet des difficultés presque insurmontables quMls éprouvent à intercepter les passages du Rhin et ceux de la Meuse et par suite la communication entre leurs adversaires; alors la querelle se vide dans le bassin de TEscaut, et une soûle défaite ramène nos armées derrière la frontière de Vauban. Ainsi» dans une période de cent cinquante ans, la France s'est rencontrée sept fois avec TEurope dans les plaines de la Belgique; vaincue trois fois : à Oudenarde, à Nerwinde (1793), à Waterloo. Elle a été trois fois envahie sur-le-champ. Que conclure définitivement de témoignages aussi énergiques, sinon que le Rhin, entre les mains de l'étranger, est une base d'opérations offensives contre notre frontière, le trait d'union entre nos deux rivales séculaires, l'Angleterre et l'Allemagne» conséquemment une menace perpétuelle contre la France.
» ... La limite du Rhin n'eût-elle pour résultat aue de conjurer tant de périls, la valeur stratégique du fleuve ôomme frontière serait déjà suffisamment justifiée. Mais ce n'est pas tout et les coalitions futures en recevraient la plus rude atteinte, la France acquiert en même temps une puissance défensive incalculable ; car nos armées, une fois maîtresses du grand fleuve, comme eu 1799, la coalition perd son champ de bataille naturel ; l'ensemble de ses opérations est rompu; les Anglo-Hollandais restent isolés et impuissants dans les marécages du Pays-Bas ; et tout cola au moyen de cinq ou six places, — à peine autant qu'en exige chacune des sept sections de la frontière de Vauban !
» Le rôle du Rhin comme frontière, sous la domination romaine, est la confirmation éclatante de son importance stratégique dans les guerres modernes... Il n'en est pas moins vrai quo le Rhin était leur véritable frontière, attendu qu'ils l'avaient hérissé, à la rive gauche, de postes, de camps, de forteresses et que 50 mille hommes veillaient à sa défense. Lorsque plus tard Probus, à défaut de ititoyens romains, dut
confier la garde de cette frontière à des tribus germaniques, celles-ci passèrent sur la rive gauche, Toccupèrent encore dans toute son étendue pour la couvrir, et c*est à l'abri de celte redoutable barrière que Rome, déjà en pleine décadence, résista pendant plus de deux cents ans aux attaques des barbares.
» Si quatorze siècles plus tard, lorsqu'un nouvel empire s*éleva sur les ruines du monde romain, le Rhin fut dépassé et la limite portée jusqu'aux rives de l'Elbe, c'est manquer trop sérieusement à la vérité historique que de présenter celte extension comme la conséquence inévitable des conquêtes do la République à Bâle et à Campo-Formio ; car personne n'ignore que la réunion des villes anséatiques à l'Empire français et la création du système des Etats fédératifs furent le résultat de la conception aussi irréalisable que gigantesque du Blocus continentaL »
{Revue nationale, l^»" février 1867, E. Bureau.)
LES ÉMIGRÉS A LA PAIX DE BALE (Ch. Xll, p. 4 53.)
« Le ci-devant comte d'Artois a quitté son établissement d'Osnabruck pour errer dans la Westphalie et l'Hanovre, remplissant ou faisant semblant de remplir les fonctions d'inspecteur général des légions anglo-émigrées. "Ce qui doit l'arranger mieux dans ce poste, c'est un traitement de 50 mille livres par mois que lui donne le généreux Pitt, Il a avec lui, comme aide-de-camp, son fils d'Angoulôme; ils aûectenl l'un et l'autre beaucoup .de confiance et de sérénité.
» D'après le rapport des traîtres qui occupent des places dans ce vil rassemblement et dont quelques-uns font de temps en temps des visites en Suisse, d'après les lettres authentiques d'Allemagne, ces belles légions ne peuvent se compléter.
» Mortemart, qui est la plus avancée, n'avait, le 3 mars, que 360 hommes; Castries et Vioménil, beaucoup moins; Laval, rien du tout ; Béthisy et du Fresnay n'ont que le corps d'officiers; Harcourt est réuni au ramassis de Carmecille; les soldats y seraient cependant mieux payés qu'ailleurs; le prêt est fixé à 18 sous par jour sans compter le pain, et puis l'on n'aura pas manqué de promettre à ces messieurs le pillage de Paris.
» Les capitaines ont 8,000 livres d'appointements dont ils ne touchentque la moitié; les lieutenants, 4,000 livres réduites à 2,000 livres par arrangement et pour leur garder une ressource au licenciement.
» Il ne se présente pour entrer dans ce corps que des gens sans aveu, rebut de toutes les milices, ou des émigrés mourant de faim ; les premiers désertent à chaque instant, les autres âgés et exténués ne soutiennent pas la rigueur du service et obéissent à regret à des gens que l'intrigue et la faveur ont placés à leur tête.
» Les Allemands méprisent ce genre d'armée et sont d'ailleurs saisis de vitesse par les recruteurs du contingent , les Anglais eux-mêmes bafouent leur propre ouvrage et traitent ces légionnaires de mendiants armés, de manière que ces misérables cohortes ne présentent qu'un spectacle digne de compassion (0- »
(4) Moniteur du 45 avril 1795 sous la rubrique, Francfort, le 27 mars.
Les rapports confidentiels de Bâcher étaient plus violents encore sur l'œuvre de Témigration. Un de ses collègues, le
MOUVEMENT DE l' ARMÉE PRUSSIENNE
;// février 4795 (23 pluviôse 4795), commandée par le feld"
maréchal de Mollendorf pour se rendre en WestphMie, su/r
sept colonnes,
(Ch. XIII, p. 476.)
Le corps d'armée du lieutenant-général comte de Kalkreuth consiste en :
3 compagnies de chasseurs,
i bataillon du régiment de Wendel fusiliers, 10 escadrons du régiment de Kohler, 10 — — Bayreuth,
3 bataillons du régiment de Manstein,
3 — — Schlader,
1 batterie d'artillerie volante de Prizelwitz,
1 * — de Soeger,
1 — Mentz,
1 — Scholten ;
Ce corps marchera en. 6 divisions que le général Ealkreuth 6st chargé d'organiser.
« dernier chargé d'affaires de France à Genève » avait quitté la légation « après avoir soustrait les papiers les plus essentiels de la résidence » et se faisait chasser de Vienne à la fin de mars. Le Yol et la trahison n'avaient pu le servir, môme auprès de ceux qui l'employaient. Quant aux chefs de corps, ils avaient généralement emporté en passant à l'étranger les drapeaux de leur régiment et la caisse de leurs soldats ! Les archives de la guerre abondent en protestations des intéressés.
Le corps du général-major de Ruchel suivra le précédent* et consiste en :
3 compagnies de chasseurs,
1 bataillon d*Ernest fusiliers, 1 — de Borck,
4 — Holhscheur, iO escadrons de Gœcking,
3 bataillons de Ruchel,
1 batterie d'artillerie,
1 — de Brockhausen ;
Ce corps se mettra en marche en 4 divisions dont la composition est remise au général- major de Ruchel.
Ces deux corps se rendront par Langen-Schwalbach et Meynershagen à Hamm.
L*armée même dirigera successivement sa route sur Cassel en sept colonnes désignées ci-après :
PBEMIÈBE COLONNE
3 bataillons de Romberg, 3 — Brunowic,
2 batteries d'Eichstadt et Siebig, 5 escadrons gardes-du-corps,
Lieutenant-général de Romberg.
Lieutenant-général de Kunitzky.