GOUVERNEMENT - ADMINISTRATION
Essentiellement absolu, le gouvernement s'exerce par le Roi, donnant des ordres aux mandarins ou ministres chargés des affaires étrangères, de celles de Tintérieur, de la guerre et de la marine, et formant le Conseil royal. Il existe aussi une espèce de sénat, composé d'une vingtaine de principaux mandarins de la capitale et appelés Senabodi.
Au-dessus des ministres ordinaires est placé un premier ministre ou kalahom, qui surveille l'ensemble des affaires, et se met en rapport direct avec les gouverneurs et mandarins exerçant l'autorité dans tout le royaume.
La couronne est héréditaire, sauf le cas où le Roi régnant a, de son vivant, choisi son successeur*
L'héritier du trône siamois est le prince Somdetch Choufa-
chulalonkorn, ne le 27 septembre 1853, fils aîné du Suprême Roi, depuis que celui-ci est monte sur le trône.
A côté du trône principal ou suprême, existe un second trône occupé par un deuxième Roi. Cette royauté n'est en quelque sorte que nominative, car ce prince n'exerce aucun pouvoir, tant qu'existe le Roi Suprême. Le deuxième Roi, qui était frère de Maha-Mongkut, actuellement régnant, est décédé il y a près de deux ans et n'est pas encore remplacé; tout semble même indiquer que cette institution d'une royauté secondaire doit disparaître des usages siamois.
Le gouvernement accorde, pour récompenser les talents et la fidélité manifestés par ceux qui le servent, des titres honorifiques assurant aux personnes qui les obtiennent de la munificence royale des apanages et immunités fort appréciés. Ces titres honorifiques sont au nombre de sept, et classés entre eux par degrés hiérarchiques parfaitement distincts, correspondant, jusqu'à un certain point, à nos titres nobiliaires. Voici leur dénomination :
Cliow Phya.
Phya.
Phra.
Luang ou Kluang.
Cliamûn.
Khoon.
Mûn.
Lorsque le Roi accorde un de ces titres, il le fait toujours suivre d'une appellation indiquant la fonction qu'occupe le nouveau dignitaire dans l'État.
Ainsi que les Annamites et les Chinois, les Siamois n'ont
pas de castes nobles et privilégiées dans lesquelles la noblesse se transmet par la naissance.
C'est le mérite seul qui fait la noblesse.
Il n'y a pas à proprement parler d'organisation militaire, ou du moinsl'arméen'apasd'effectif régulier; sa force dépend des circonstances dans lesquelles le royaume se trouve placé à l'égard des peuples ses voisins ou ses tributaires. La garde qui veille sur la personne du Roi et qui s'élève à quelques milliers d'hommes, a, seule, une organisation permanente; elleest commandée par un ancien militaire français, qui la fait manœuvrer d'après la théorie et les commandements européens.
11 existe aussi un bataillon de Gardes-femmes (noipmées Amazones) qui sont chargées seulement de rendre les honneurs aux princesses royales, et paraissent cependant lors des grandes cérémonies et notamment dans les audiences solennelles. De plus, elles ont mission d'accompagner Sa Majesté, quand Elle voyage.
Le Roi a, en outre, sa musique particulière exécutant des airs français avec des instruments de Sa^y et dirigée par un ex-chef de musique de la garde municipale de Paris.
Quant à la marine royale, elle se compose d'environ cinq cents barques et d'une vingtaine de navires de guerre à l'européenne, dont quatre frégates et seize corvettes armées de canons.
La division territoriale et administrative du rovaume de Siam comprend 41 provinces de trois classes diflerentes, portant le nom de leurs chefs-lieux, résidences des mandarins gouverneurs.
. [Mais depuis 1782, époque à laquelle l'ancienne capitale
Juthia fut abandonnée, Bang-Kok* est devenue le siège politique du gouvernement siamois.
Située sur les deux bords du fleuve Mé-Nam , à huit lieues de la mer, la capitale nouvelle occupe une circonférence de deux lieues détour; elle est ceinte de murailles crénelées servant de défense aux palais, aux pagodes et aux demeures des habitants. Tout cet ensemble est des plus pittoresques, par suite de la variété des monuments élevant dans les airs leurs flèches et leurs dômes dorés. La multitude des navires et des jonques pavoisées circulant sans cesse et dans tous les sens, sur les deux rives du fleuve bordées par des milliers de boutiques ou bazars flottant sur des radeaux ; les canaux traversant la cité, comme à Venise; la variété des édifices indiens, chinois et européens ; les costumes singuliers des nationaux et des nombreux étrangers composant la population évaluée à 500,000 habitants, tout cela présente un ensemble aussi extraordinaire qu'attachant. Du reste, tout fait de cette capitale un séjour des plus agréables.
Les monuments les plus remarquables de Bangkok sont le palais du Roi et les pagodes royales.
Le palais du Roi et ses jardins occupent un espace immense et contiennent, outre la demeure royale, celle de la Reine et des femmes du harem, la pagode royale, la bibliothèque, le théâtre, les arsenaux, et les écuries pour les éléphants et les chevaux du Roi. Dans la pagode royale, dont le pavé est recouvert de nattes d'argent, s'élèvent deux idoles remarquables de Bouddha, l'une cnor massif, l'autre en jade,
* (imposé de deux suflixos de la langue T/mï, Daiig — viUage^Kok— olivier sauvage, ceb mots signifient village des oliviers sauvages,
ayant une coudée de haut. Cette deniière est évaluée à plus d'un million de francs.
Les pagodes royales situées dans la ville et hors de la ville sont au nombre d'une trentaine, toutes plus riches les unes que les autres; ce sont des espèces de monastères où logent quatre à cinq cents Talapoins ou prêtres de Bouddha. Tous ces temples ou pagodes resplendissent de peintures et de dorures, au milieu desquelles apparaît l'idole de la divinité, très-richement ornée d'innombrables pierreries.
Bangkok est fortifié. Depuis la mer jusqu'à la capitale, on trouve plusieurs forts bien établis. Des postes militaires entourent la ville. Des pièces de canon sont braquées de distance en distance. La plupart des habitations y sont en bois. Il y en a quelques-unes en briques. Mais celles-ci sont moins nombreuses. Aussi quand un incendie éclate, ce qui se voit rarement, il peut arriver que cinq à six cents maisons deviennent la proie des flammes; mais les précautions sont assez grandes pour qu'on n'ait pas à constater souvent un pareil désastre.
Remarquons ici que le système des grandes voies de communication, si en faveur de nos jours, surtout en France, commence à être suivi a Bangkok, la ville capitale du Siani. Depuis quelques années, une longue rue parallèle auMé-Nam a été ouverte. Elle part du palais et aboutit à l'une des pagodes royales les plus riches de Siam. Cette rue a deux kilomètres d'étendue, et est habitée en majeure partie par des Arabes et des Chinois» C'est un véritable bazar européen.