EXPOSITION UC S. H. LE ROI DE SIAM
gné les objets siamois destinés à figurer à l'Exposition universelle, le Roi défunt avait envoyé à Paris deux ambassadeurs extraordinaires chargés d'offrir à l'Empereur Napoléon le tribut de ses hommages et de son admiration, et de soumettre au gouvernement impérial des observations sur un nouveau traité de délimitation des frontières qui devaient séparer désormais le royaume de Cambodge du royaume de Siam. Ce traité signé, le 45 juillet 1867, entre S. Exe. M. le marquis de Moustier, ministre des affaires étrangères, et les ambassadeurs du Roi de Siam, a été soumis à la ratification de ce souverain, le 24 novembre suivant, par M. du Chesne de Bellecourt, plénipotentiaire impérial, qui, parti de France le 19 septembre pour se rendre à Saigon, s'était, de ce point, dirigé avec la canonnière de la marine impériale P Alarme vers Bangkok où il était arrivé le 4 novembre et en était reparti le 4 décembre suivant. Cette ratification a été suivie de grandes fêtes en l'honneur de la France et de son souverain.
Au surplus, voici en quels termes le Moniteur universel du 6 février 1868 rendait compte de cette solennité.
a M. du Chesne de Bellecourt, consul général, envoyé en mission extraordinaire auprès du Roi de Siam, vient de procéder à l'échange des ratifications du traité conclu le 15 juillet, à Paris, entre la France et les ambassadeurs siamois. Ce traité assure la libre navigation du Grand-Lac, ainsi que des parties du fleuve Mékong qui touchent au territoire du royaume, et il établit une ligne de démarcation entre ce pays et le Cambodge, qui, depuis 1863, est placé sous le protectorat français. L'échange des ratifications a eu lieu, le 24 novembre.
avec la plus grande solennité. Dès le matin, un grand nombre de barques royales, richement décorées et précédées de deux corps de musique siamoise, ont été envoyées au consulat de France pour y chercher le personnel de la mission de TEmpereur. A midi, l'examen des instruments du traité avait lieu dans un local voisin du palais. Le Roi avait chargé son premier ministre de présider à cette cérémonie, à laquelle assistaient les personnages les plus considérables du pays, appelés, en leur qualité de membres du Conseil royal, à apposer leur signature sur les ratifications siamoises déjà revêtues du sceau particulier du souverain. Les formalités accomplies, une salve de vingt et un coups de canon a été tirée par les Siamois, et l'assistance s'est séparée aux cris de a Vive l'Empereur ! vive le Roi de Siam ! »
c< Le Roi a reçu ensuite M. du Ghesne deBellecourlet le personnel de la mission. L'audience a été entourée d'un pompeux cérémonial. Sur une longue haie, on voyait apparaître des soldats de toutes armes et de nombreux éléphants armés en guerre. De nombreux détachements de troupes vêtues à. l'européenne marchaient en tête du cortège. Dans la salle d'audience, tous les membres de la famille royale, ainsi qu'une foule de hauts dignitaires et de mandarins, étaient prosternés au pied du trône. L'envoyé de l'Empereur a adressé au Roi le discours suivant :
« Sirejje suis heureux (Savoir été appelé par le gouvernece ment de S. M. V Empereur des Français^ mon auguste Sauve- « rain^ à Vhonneur de 'venir à Bangkok procéder à Rechange « d'actes internationaux importants et destinés^ par leur nature^
EXPOSlTlO^ DE S. H. LE ROi bE SIAN
à cimenter davantage encore les lient d'amitié q%ii uniment n hmremement la France et le royaume de Siam. Je suis chargé xpéciatementj en cette circomlance^ d^auurer Votre Majesté et son gouvernement des sentiments de bon vouloir qui animent le gouvernement de rEmperenr^ et dont Sa Majesté Impériale sera toujours disposée à donner des témoignages à Votre Majesté et à son gouvernement. C'est avec une bien vive satisfaction^ qu'en rendant compte de ma mission au gouvernement Impérial y je pourrai lui faire part de l'accueil si gracieux et si courtois que Votre Majesté a bien voulu me faire^ ainsi que des sentiments de justice et de bienveillance dont les sujets de l'Empereur résidant ou voyageant dans vos États sont toujours r objet. Je prie Votre Majesté d'agréer l'hommage respectueux des vœux que je forme pour son bonheur ^ pour celui de sa famille et pour la prospérité de son royaume. »
<c Le Roi a répondu à ce discours en déclarant que ses intentions bien arrêtées étaient de tout faire pour être agréable au gouvernement Impérial, et pour entretenir avec la France les meilleurs rapports d'amitié. Sa Majesté est ensuite descendue de son trône et a causé quelques minutes avec M. du Ghesne de Bellecourt. Après l'audience, a eu lieu dans une salle voisine un repas magniûque, à la suite duquel le Roi a fait revenir dans son appartement l'envoyé français, et, faisant servir des vins et des liqueurs, le souverain a porté un toast chaleureux à l'Empereur, à l'Impératrice, au Prince Impérial et à la France. Après ce toast, la mission a été reconduite au consulat avec le même cérémonial, pendant que la musique siamoise jouait l'air de la reine Hortense. »
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« Le lendemain, M. du Ghesne deBellecourt a remis au Roi les présents de TEmpereur, et le souverain de Siam a reçu avec une vive satisfaction deux beaux bustes en bronze de Leurs Majestés Impériales. Il a donné à l'envoyé de l'Empereur la plaque en or de TÉléphant blanc et des bijoux. »
Le premier des ambassadeurs, Phya-Sura-Wongs-Way- Waddhn, chargé de négocier le traité à Paris, est fils du KalahomCj alors premier ministre, aujourd'hui régent du royaume. Par suite du récent mariage du Roi actuel de Siam avec la fille aînée de ce dignitaire, ce dernier est devenu beau-père de son souverain. Il était déjà venu en France, en qualité de second ambassadeur, lors de la première ambassade de 1861. Il s'est fait accompagner de sa femme, la princesse Ouâm^ la première Siamoise qui ait visité la France ; il a laissé en Europe deux fils, Tun à Paris, l'autre en Angleterre, pour y faire leur éducation, déjà un jeune noble siamois dont le père, S. Exe. Chow-Phya-Rhuna-Wongse, est aujourd'hui ministre des affaires étrangères, suivait à Londres le cours de ses études qu'il continue encore.
La présence des ambassadeurs accompagnés d'officiers siamois, et de M. l'abbé Larnaudie comme interprète, a coïncidé avec celle des souverains qui, tour à tour, sont venus à Paris visiter l'Empereur des Français et admirer les magnificences de la capitale. Les ambassadeurs siamois, reçus en audience par Sa Majesté Impériale, le 42 mai 4867, ont pu juger par eux-mêmes du rang qu'occupe notre patrie dans l'estime de l'Europe, et se pénétrer de cette vérité que son influence civilisatrice, son industrie et ses arts lui ont
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conquis désormais une place exceptionnelle parmi les nations.
Le Jury international appelé à distribuer les récompenses aux exposants I a justement apprécié les produits envoyés par le Roi de Siam au palais du Champ de Mars. Il lui a décerné une médaille d'or pour ses tabacs, ses cotons, ses graines, ses engins et instruments de pèche et autres produits ; il lui a, en outre, accordé trou mentions honorables pour ses armes, ses vêtements, ses éventails et ses nids d'hirondelles.
Ces récompenses, si flatteuses pour le souverain de Siam et son gouvernement, ont été proclamées dans la séance impériale de la distribution solennelle qui a eu lieu, le 1*' juillet 1867, au palais des Champs-Elysées.
De plus, une médaille d^hormeur a été décernée à Sa Majesté pour ses modèles de barques royales. Elle a eu ainsi l'honneur de figurer à côté de S. M. l'Impératrice qui a obtenu la même récompense pour ses gondole et caîk. Cette nouvelle distinction a été remise par S. M. l'Empereur au consul du Roi de Siam dans la séance solennelle tenue au palais des Tuileries, le dimanche 5 janvier 1868.