ÉLÉGIE
Oh sinilc, as when our loves wcre in Iheir spring !
Jadis le flot banal des jours indifférents Entraînait au hasard mes heures désœuvrées ; Et j'allais, promenant aux lointaines contrées Le caprice inquiet de mes destins errants.
Et cependant, j'aurais voulu fixer mes rêves A l'abri d'un amour immuable et divin.
Hors des vagues désirs qui me poussaient en vain Vers le sable mouvant des grèves.
Que de fois, rencontrant au détour des chemins La lumière d'un frais visage et le sourire Du bonheur inconnu qui passe sans rien dire, J'aurais voulu tendre les mains.
Et prier la Beauté, trop vite évanouie. D'éclairer plus longtemps l'énigme de mon sort ! J'aimais ce doux fantôme, illusoire trésor, Charme de mon âme éblouie.
Parfois l'on m'accorda l'aumône d'un accueil Indulgent aux regrets de ma mélancolie ; J'ai connu les amours fières que l'homme oublie Lorsqvi'il veut échapper aux rançons de l'orgueil.
J'aurais pu m'arrêter près des sources limpides Qui versaient à ma soif une chaste fraîcheur, Et qui, dans un nid d'ombre, offraient au voyageur Leur pur cristal, exempt de rides.
Hélas ! J'écoule encor, de loin, l'écho des voix Qui me conviaient aux retraites embaumées ; Pourquoi donc n'ai-je point suivi les bien-aimées Qu'au fond du passé je revois ?
Plus d'une m'a jeté la Heur de son corsage, Et donné le rayon de son regard d'azur ; La plus belle étendit sur mon malheur obscur Son geste calme et reposant de vierge sage.
Et moi, le pèlerin sans foi, le vagabond Indocile au conseil d'aimer, qui sort des choses. J'effeuillais sous mes pas les corolles des roses. Goûtant tous les plaisirs, hors celui d'èlre bon.
Je passais à côté du bonheur, sans comprendre L'exquise volupté de renoncer à soi ; Et sans savoir, hélas ! que celui qui reçoit Double son gain s'il cède au désir de trop rendre.
J'étais ivre d'erreur et sourd au doux appel De celles qui, montant le sentier solitaire, Cherchent, en soupirant, l'asile de mystère Où notre amour s'exalte et se croit éternel .
Pauvre insensé ! J'ai fui le regard de l'Élue, Souriant comme un astre en l'ombre des beaux soirs J'ai méconnu les lys, exhalant vers la nue Leur haleine, ainsi qu'un arôme d'encensoirs.
Je suis venu trop tard à la fête étoilée Que la nuit offre au cœur aimant, aux sens ravis ; Et sur l'âpre coteau qu'en pleurant je gravis. Plus de fantôme errant ni de forme voilée...
0 toi, que j'ai laissé partir sans un adieu, Morte immortellement pleurée, ange dont l'âme Ranime de mes jours éteints la triste flamme, 0 toi, qui me souris des hauteurs du ciel bleu !
kOO ELEGIE
0 femme, la bonté suave de tes lèvres Serait le baume pur dont ma plaie a besoin ; Tu fus la charité vivante, dont le soin Apaisait la rancœur de mes ardentes fièvres.
Sans toi, mon âme est veuve, et je suis sans soutien. Et je marche à tâtons dans l'ombre et dans le vide ; J'ai peur devant la vie, — et mon cœur est timide. N'ayant plus pour support la vaillance du tien.
Mais toi, tu ne sais pas t'irriter ni maudire ;
Ta candeur adorable a déjà pardonné ;
Tu ne hais point celui qui t'était destiné,
L'homme inconstant et fou, qui partit sans rien dire.
Suis-je assez châtié de mes txnstes erreurs ! Faut-il, pour mériter l'oubli de tant de fautes, Que j'aille encor gémir sur des cimes plus hautes, Et que le monde entier soit témoin de mes pleurs?
lOI
J'ii-ai, je publierai ta gloire et ma folie ; J'humilierai mon front devant ta royauté ; Pissé-je, par un noble effort de loyauté. Payer du moins la dette ancienne qui me lie !
Je chanterai ta grâce, afin que l'univers, Épris d'une chanson flexible et cadencée, Qui ne sera qu'un faible écho de ta pensée. Mesure ma misère au charme de mes vers.
Je veux nouer, pour toi, des feuillages en gerbes ; La poésie en fleurs jonchera ton autel ; Nos arrière-neveux diront que rien de tel N'orna le piédestal des Olympiens superbes.
Je veux faire une gloire à ta chère douceur.
Et qu'un nimbe d'aurore éclaire ton sourire.
Et qu'un parfum d'encens et qu'un baume de myrrhe
Flottent sur la blessure ouverte de ton cœur.
Et je répéterai sans cesse ta louange ; Chaque jour ma prière invoquera ton nozii ; Dieu, j'en garde l'espoir, bénira la maison Sur qui planent tes ailes d'ange.
Oui, les siècles viendront te rendre hommage... Et moi, Pénitent douloureux que le remords écrase. J'irai si haut, dans les épreuves, dans l'extase, Que je finirai bien par monter jusqu'à toi.
En chemin de fer rie San-I''rancisco
à la Nouvelle-Orléans, 29 mai.