LA NAISSANCE DU JOUR
Est teinté de lilas, de manve et d'améthyste ;
Tout est clair; on dirait qu'un invisible artiste
Nuança les couleurs fines de ce décor,
Où le saphir du ciel s'harmonise avec l'or
Qui borde les contours flottants de la colline.
La rose qui se dresse et le lys qui s'incline
Ont moins de pourpre et de candeur et de clarté
Que ce fragile azur, dont la sérénité
Allège, au loin, le haut profil des grandes cimes;
Le ciel vibre, au sommet des montagnes sublimes.
Tandis que, sur le sable fauve du chemin.
Un cèdre large étale une ombre de carmin ;
Des vols de papillons planent sur les fontaines.
Et mêlent un reflet de blancheurs incertaines
A la fluidité transparente des eaux ;
Un vent frais et léger jase dans les roseaux
De la rivière agile où le flot qui ruisselle
S'illumine, en passant, d'une vive étincelle.
Bientôt s'éveillera, miracle de beauté.
L'innombrable frisson de la mer en été ;
LA NAISSANCE DU. lOUK Iy7
L'aube est le doux moment de l'éternel mystère ; La fleur s'ouvre, et l'on sent frémir la bonne terre Qui travaille en dessous, et distille de l'eau Et fait jailHr la source à l'ombre du bouloau Pour apaiser la soif des bêtes et des bommes ; L'âme de la Nature exbale des arômes, Et répand des couleurs, des saveurs, des chansons. Cependant la rosée, aux fraîches floraisons De l'aubépine et du rosier suspend des perles ; J'entends bêler un pauvre agneau, siffler des merle?; Un rossignol lointain module au fond des bois, Ainsi qu'un air ancien de flûte ou de liaulbois. Le refrain langoureux de sa douce élégie ; Je sens une tristesse éparse en la magie Du soleil triomphal qui monte à l'Orient Et soudain, je crois voir, dans le matin riant Qui, pour nous éblouir, resj)lenilit et rougeoie, Comme en nos jours, mêlés de tristesse et de joie. D'ombres et de rayons, de rires cl, de pleurs. Un subtil glissement de larmes sur les fleurs.
Nous irons, dans l'aurore, à iravers le jardin. Goûter l'arôme frais de la menthe et du thym, Lorsque la Nuit s'égoutte en perles aux feuillées,
A l'heure où le vent du matin
Berce les roses réveillées.
Ensuite, émerveillés par l'Été reverdi.
Nous irons savourer le parfum attiédi Qu'exhalent les iris à l'ombre des yeuses.
Lorsque le souffle de midi
Berce les roses radieiises.
Le soleil couchant brille ainsi qu'un ostensoir ; La Terre, émue, aura des parfums d'encensoir, En l'honneur du lever des étoiles amies ; Voici que la brise du soir Berce les roses endormies.