RÉPONDANT A CE TITRE SUR LE MAITRE-AUTEL
On a demandé récemment à la Sacrée Congrégation des Rites : « Est-ce qu’une église peut être consacrée au Cœur eucharistique de Jésus et l’image ou la statue répondant à ce titre peut-elle être placée sur le maître-autel? » Et cette même Sacrée Congrégation a jugé
(1) Pour la nouvelle édition conforme à la typica de la S. O. es Rites, et que nous mettons à la disposition de nos Confrères, voir aus annonces.
BULLETIN DE L’UNION SACERDOTALE
devoir répondre : « Que l’Évêque Ordinaire du lieu substitue dans ce cas, à l’église et aux images ou aux statues en question, un titre liturgique, avec une fête respective et un office approuvé qu’on devra célébrer à un jour particulier ; qu’on prenne, par exemple, les titres du Très Saint Rédempteur, du Sacré-Cœur de Jésus, ou du Très Saint Corps du Christ, etc., suivant en cela d’autres réponses de cette Sacrée Congrégation données dans des cas semblables: ce qui concorde tout à fait avec la prescription éditée par Pie IX de sainte mémoire, le 13 janvier 1875, et le décret de la Sacrée et Universelle Inquisition du mercredi 27 mai 1891 ; qu’on observe, par ailleurs, relativement aux saintes images ou aux statues, le décret du Concile de Trente (sess. xxv), De veneratione sanctorum et imaginum (sur la vénération des saints et des images), et la Constitution Sacrosanctn. Trident ina, du pape Urbain VIII d’heureuse mémoire, 15 mars 1542. (Décr. de la S. Cong. des Rites, n° 810).
Et ainsi a-t-il été répondu et ordonné d’être observé, le 28 mars 1914.
Fr.-S. card. Martinelli, préfet. -f* Pierre Lafontaine,
èv. de Caryste, secrétaire.
Les Acta font suivre ce décret de la note explicative suivante :
Par décret de la S. Cong. de l’Inquisition du mercredi 27 mai 1891, communiqué par lettres du 30 du même mois et de la même année à la S. Cong. des Rites, il fut ordonné ce qui suit : « De nouveaux emblèmes du Sacré-Cœur de Jésus dans l’Eucharistie ne doivent pas être approuvés par le Siège Apostolique. Pour stimuler la piété des fidèles il suffit des images du Sacré-Cœur déjà usitées et approuvées dans l’Eglise, car le culte envers le Sacré-Cœur de Jésus dans l’Eucharistie n’est pas plus parfait que le culte envers l’Eucharistie elle-même, et n’est pas différent du culte envers le Sacré-Cœur de Jésus. » On rappelait en outre pour souvenir et pour règle la prescription du pape Pie IX de sainte mémoire, du 13 janvier 1876 ordonnant : « qu’on avertisse les fidèles et les auteurs qui aiguisent leur esprit à subtiliser sur ces objets et d’autres de ce genre sentant la nouveauté, et qui, sous couleur de piété, s’étudient à promouvoir, même par les périodiques, des titres de dévotion extraordinaires, d’avoir à s’abstenir de ce dessein, et à réfléchir sur le péril qu’il y a à entraîner les fidèles dans P erreur, même à l’égard des dogmes de foi, et à exposer la religion aux moqueurs qui en prendront occasion pour railler la pureté de la doctrine catholique et la vraie piété. »
Quatre points précis sont mis en lumière par cet important Décret et la note qui l’explique.
1° — On ne doit plus consacrer des églises sous le vocable du Cœur Eucharistique ; pour celles qui font déjà été, l’Evêque diocésain devra substituer à ce titre un autre vocable : v. g. le Sacré-Cœur, le Saint- Sacrement ou le Saint-Rédempteur.
2° — La statue et l’image du Cœur Eucharistique ne peuvent être exposées sur le maître-autel.
3° — Conformément à un précédent Décret de la S. C. de l’Inquisition du 27 mai 1891, on rappelle que « de nouveaux emblèmes du Sacré- Cœur de Jésus dans l’Eucharistie ne doivent pas être approuvés ».
— Les écrivains traitant de piété sont avertis d’éviter les sujets sentant la nouveauté et les titres de dévotion extraordinaires à cause
du danger d’entraîner les fidèles dans l’erreur et d’exposer la religion aux railleries des impies.
Les Décrets des S. C. Romaines doivent être expliqués dans leur sens strict et il n’est permis à personne d’en restreindre la portée pas plus que de l’amplifier.
Ni l’Archiconfrérie du Cœur Eucharistique de Jésus, établie avec de grands privilèges dans l’église pontificale de Saint-Joachim, à Rome, et qui compte plus d’un million d’associés, ni l’Association Sacerdotale, fondée sous le même vocable, directement approuvée et comblée de faveurs spéciales par S. S. Pie X, ni les deux Revues, organes de ces deux Œuvres, ni les nombreuses prières indulgenciées en l’honneur du Cœur Eucharistique, ni l’image qui sert d’emblème à cette dévotion, ne sont en aucune manière atteintes ou visées par le récent Décret et sa note explicative. Les commentaires par trop hâtifs, et plutôt malveillants, auxquels on s’est livré en certains endroits, sont pour le moins imprudents et contraires à la lettre et à l’esprit des nombreux actes pontificaux autorisant, approuvant, recommandant la dévotion au Cœur Eucharistique de Jésus.
Quant aux images dont parle en particulier la note explicative, tous ceux qui s’occupent de liturgie savent ou doivent savoir qu’il s’agit ici des « emblèmes du Sacré-Cœur de Jésus dans V Eucharistie » et non pas de l’image qui représente, non le Cœur de Jésus dans C Eucharistie, mais Notre-Seigneur instituant l'Eucharistie. Non-seulement cette image n’est pas prohibée, mais elle a été directement approuvée par l’autorité ecclésiastique. Elle est l’image authentique qui sert d’emblème à la dévotion au Cœur Eucharistique. La Revue de l’Archiconfrérie, rédigée à Rome même et qui porte l 'imprimatur du Maître des Sacré Palais Apostoliques et du Vicariat de Sa Sainteté, dans son dernier numéro, juin 1914, représente en grand cette belle et pieuse image au bas de laquelle notre Saint-Père a daigné écrire de sa propre main : Sia benedetto il Sacratissimo Cuore Eucaristico di Gesü. ( lndulgenza di 300 giorni.) Pius PP. X.
Cette image a été répandue à profusion dans Rome par plusieurs éminents Cardinaux. Le regretté savant et pieux Cardinal Vivès la distribuait dans les Communautés et elle a servi de Souvenir dans les derniers Congrès Eucharistiques (1).
(1) Une Semaine Religieuse a trouvé à redire que, dans les pages réservées à la publicité dans notre numéro de Mai, nous ayons annoncé une « image du Cœur Eucharistique pouvant servir de Souvenir d’Ordination et de Première Communion. » L’auteur de cette remarque a cru devoir ajouter : « C’est donc que les décisions romaines sont encore ignorées de ceux mêmes qui devraient le plus les connaître. Les redites sont nécessaires par conséquent. » Or, l’image dont il s’agit„ c’est justement celle qui a été approuvée par l’autorité ; — au bas de laquelle Pie X a inscrit une prière indulgenciée par Lui ; — qui sert d’emblème officiel à la dévotion au Cœur Eucharistique ; — et qui, par conséquent, peut continuer à être recommandée et répandue parmi les fidèles. Xi le Décret du 28 mars 1914, ni la note qui le suit ne s’opposent à sa diffusion : ce qu’ignorait évidemment l’auteur « des redites « lesquelles, pour le cas précis dont il s’agit, ne lui paraîtront peut-être plus « nécessaires ».
Le Gérant : E. Rerenne.