‹ Le sacerdoce de Rome [microforme]Chapitre 1 sur 1 · Le sacerdoce de Rome [microforme] · texte numérisé non relu

Le sacerdoce de Rome [microforme]

Je fus ordonné prêtre par Mgr Sinaïe, premier archevêque du Canada, dans la cathédrale de Québec, le 21 septembre

Mais où trouver des paroles assez fortes pour redire la hauteur de mes pensées, l’exaltation de mes sentiments, lorsque le délégué du Souverain Portife, imposant ses mains sur ma tête, me donna le pouvoir de créer mon Dieu, en changeant le

pain et le vin de l’Eucharistie dans le corps, le sang, l’âme et la divinité de Jésus-Christ ?

Les illusions de gloire qui séduisirent Eve, lorsque le Tentateur it: “ Vous serez semblables à Dieu,” n'étaient

paraison de mes visions de gloire et de grandeur,

a parole réputée infaillible de mon Eglise m'assura

is devenu l’égal de mon Sauveur et de mon Dieu:

qué J'avais reçu non seulement le droit de lui commander et d’en être obéi, mais le pouvoir de le créer. . . !

Les perspectives de gloire et de puissances infinies qui avaient perdu Lucifer au ciel, se présentaient à mon imagination comme des réalités, des faveurs de mon Dieu Créateur et que j'allais créer ! Car je croyais vraiment avoir reçu le privi lège inaliénable de lui commander, non pas d’une manière

ns

spirituelle et mystique, mais en réalité, et d’une manière irrésistible, absolue !

L'âme imprégnée d’une joie inexprimable, et le cœur rempli de la plus sincère reconnaissance envers le Dieu bon qui venait de m'élever à une dignité aussi sublime, je me levai des pieds de l’évêque et me rendis dans mon oratoire, où je passai le reste du jour dans la retraite, uniquement occupé à méditer les miséricordes infinies du Seigneur à mon égard.

J'avais enfin reçu ce sacerdoce de puissance, de sainteté et de gloire que mon Eglise m'avait toujours dit être le plus grand don que Dieu pût faire à l’homme. Je le possédais done ce divin sacerdoce vers lequel cette église m’avait fait tourner mes pensées, mon cœur et toutes les plus saintes aspirations de mon âme depuis ma plus tendre enfance ! La dignité que je venais d2 recevoir était au-dessus de toutes les dignités de la terre. Le saint caractère du sacerdoce, imprimé dans mon âme avec le sang même de Jésus-Christ, était comme une couronne de gloire et de sainteté que rien ne pouvait jamais me ravir! J'étais devenu prêtre du Très-Haut, pour le temps et l'éternité !

Non seulement Jésus-Christ venait de mettre sur mes épau- 1 Je manteau de son divin sacerdoce, mais il m’al ssocié d'une manière si parfaite à son éternelle mission d U du monde, que j'allais pouvoir, tous les jours de ma vi un sacrifice d’expiation et de salut, aussi parfait que lé fice du Calvaire! A l'avenir, le Fils éternel de mon Dieu al lait descendre sur la terre, en réalité, en personne, aussi sauvent que je le lui commanderais ! Je venais de recevoir un pouvoir absolu, irrésistible sur lui! Tous les jours de ma vie, j'allais, non pas d’une manière spirituelle et symbolique, mais réelle, absolue, matérielle, boire son sang, et me nourrir de sa chair, de son âme, de sa divinité! Ia même Sauveur Jésus-

—— Christ, qui était mort sur la croix pour moi, et tel qu’il est assis à la droite de son Père, au ciel, allait, à l’avenir, d’une manière réelle, non pas en figure, mais en personne, tous les jours de ma vie, se reposer dans ma poitrine, mêler son sang à mon sang, unir son âme si pure à ma pauvre âme pécheresse, eb vivre avec moi dans la plus parfaite union, afin de me diriger, me soutenir et me sanctifier, pour le temps et l'éternité !

Je passai le reste du jour et la plus grande partie de la nu'; à considérer et à admirer les pouvoirs et les honneurs vraiement surhumains que ma chère et sainte Eglise venait de me donner. . . Bien des fois, je tombai à genoux pour bénir Disu de ses miséricordes à mon égard. Mais, souvent, ma voix était étouffée et comme noyée dans les larmes de ma reconnaissance et de mon bonheur. .. Lorsque je pouvais parler. je répétais les paroles de la sainte Vierge, dans son sublime cantique : “ Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu, mon Sauveur.”

Quelque grandes que fussent les faveurs accordées À cette vierge sainte, je venais d’en recevoir de bien plus grandes encore ! Ce n’était que dans son enfance que Jésus-Christ lui avait obéi ; mais maintenant il allait m'obéir, bien que couronné de gloire dans le ciel! Plus d’une fois, le Sauveur avait refusé d'accorder les demandes de sa mère ; il avait même publiquement refusé de venir à elle, lorsqu'elle l'avait appelé (Mat. xii, 45-50). Mais il ne luiserait pas possible de me désobéir, lorsque je lui commanderais de venir entre mes mains, sur l'autel?

Sans doute qne l’union de la sainte Vierge avec Jésus-Christ avait été bien intime et bien parfaite, lorsqu'il s'était incarné dans son chaste sein ; mais cette union n'avait duré que quelques mois ; tandis que, tous les jours de ma vie, le Sauveur

du monde aliait, à l'avenir, s’incarner en moi, s’unir à moi, de la manière la plus intime et la plus parfaite. . .

Je crus que le meilleur moyen de montrer ma reconnaissance au Dieu bon qui venait ainsi de me rendre l'objet de ses miséricordes, était de iui promettre de mener une vie sainte, Et je le lui promis. Je dis à ma langue : “ Sois sainte ! car tu vas être arrosée, tous les jours, par le sang de l’Agneau sans tache.” Je dis à mon cœur: “ Le Fiis du Dieu trois fois gaint va techoisir comme son lieu de repos, tous les jours... Grarde= toi donc de tout péché!... ŒEttoi, mon âme, combien ne dois-tu pas être sainte! puisque Celui devant qui les anges même ne se trouvent pas assez purs, va s'unir à toi, tous les jours, de la manière la plus parfaite. . . 1?

J'aperçus en ce moment, sur ma table, ma pipe pleine de tabac, et ma tabatière à priser. . . Je leur dis : “ Je suis prêtre du Dieu de toute pureté et de toute sainteté. Je n’oublierai pas le respect que je me dois à moi-même en me faisant plus longtemps l’esclave de vos sales jouissances. . . ! J'ouvris la fenêtre et les jetai dans la rue, pour ne plus jamais m'en servir.

Le 21 septembre, 1835, j'avais reçu les onctions du sacerdoce ; le pouvoir de changer le pain et le vin &ans le corps, le sang, l'âme et la divinité de J ésus-Christ, .. Mais je n'avais pas pu, ce jour-là, faire usage de ce redoutable et sublime pouvoir. Ce n’était que le lendemain que je devais opérer l’incomparable miracle que l’église de Rome appelle #ransubstan-

tiation.

Comme je l’ai dit, j'avais passé presque toutes les heures du jour et de la nuit du 21 au 22 septembre à prier et à remercier Dieu. Bien avant que le jour parût, j'étais à genoux, pour me préparer de mon mieux, à célébrer ma première messe. Ce jour allzit être le plus beau, le plus saint de ma vie! J'avais bien, la veille, été élevé à une dignité qui était au-dessus de tous les

mi

empires et de toutes les royautés de la terre, Mais ce jour-là, le 22, j'allais recevoir de mon Dieu des faveurs bien plus grandes encore. J’allais faire un miracle au-dessus de la puissance 4e tous les anges ; j'allais commander au Fils de l'Eternel, et il allait m'obéir ! À ma parole, le Christ allait descendre sur la terre et prendre une nouvelle naissance ! Le miracle que Josué avait fait, lorsqu'il commanda au soleil et à la lune de s'arrêter sur les plaines sanglantes de Gabaon, n'était rien en Comparaison du prodige que j'allais accomplir! C’était au Créateur et au Maître de l'univers que j'allais donner mes ordres et dont j'allais être obéi! Et lorsque le Fils du Tout-Puissant serait entre mes mains, j'irais le présenter à son Père, comme la victime d’expiation pour les péchés du monde. J’allais obtenir mon pardon et celui de tous ceux pour qui j'offrirais l’holocauste ! Le sacrifice que j'allais offrir sur l’autel aurait autant de puissance et d’efficace que celui du Christ sur le Calvaire! ...

Mais lorsque le son de la cloche vint me dire que le moment de monter à l'autel était arrivé, mon cœur se mit à battre d’une manitre si étrange que je faillis perdre connaissance. La saintete de l’action que j'allais faire, la grandeur du sacrifice que j'allais offrir, la majesté du Dieu que j'allais porter dans mes mains, l’étonnant miracle qne j'allais opérer, me remplissait tour à tour de joie, d'admiration et de terreur : je tremblais de la tête aux pieds. . . Il est bien probable que je n’aurais pas osé monter à l'autel, si quelques amis bienveillants, parmi lesquels était le révérend C. Cazeault, secrétaire et grand-vicaire de l’archevêque de Québec, n’eussent été là pour me soutenir et m'encourager,

La célébration de la messe n’est pas une chose bien facile pour uu novice : il y a plus de cent cérémonies et postures de corps qu'il faut observer avec la plus grande exactitude ; en

me 6

omettre une seule par négligence ou ignorance coupable peut entraîner l’âme dans l'enfer. .. Mais grâce à plusieurs exercices, la semaine précédente, ei grâce surtout aux bienveillants amis qui m'aidaient, je célébrai cette première messe avec plus de facilité que je ne m'attendais. La cérémonic dura à peu près une heure ; et lorsque le tout fut fini, je me sentis complètement épuisé par les efforts qu'il m'avait fallu faire pour tenir mon cœur, mon âme et mon intelligence en parfaite union avec les grands, terribles et saints mystères qui devaient s'accomplir par mes mains... |!

L’effort qu'un homme intelligent doit faire pour se persuader qu'il a le pouvoir de changer un petit morceau de pain dans son Dieu, est tellement audessus des forces ordinaires de la nature humaine, que l’état dans lequel l’âme se trouve après avoir réussi, ressemble plûtot à la mort qu’à la vie. . . J'avais donc réellement réussi à me persuader que je venais d’accomplir l'acte le plus grand, le plus sublime et le plus saint de ma vie, lorsque, cependant, je venais de me rendre coupable du plus monstrueux acte d’idolâtrie. . . ! Mes yeux, mes mains, mes lèvres ma langue, tous mes sens, en un mot, unissaient leurs voix à celle de ma raison et de mon Dieu, pour me dire que ce que je venais de voir, de toucher et de manger, u’était qu'un petit morceau de pain, qu’une insipide petite galette | Mais la voix du Pape me disait que c'était mon Dieu! Etil m'avait fallu repousser la voix du Dieu de vérité pour accepter celle du Père du mensonge ! Car chaque prêtre de Rome est obligé de descendre à ce de, 4 de perversité et de folie pour obéir à son Eglise !

Il n’y a qu’à dépouiller cette grande imposture moderne des paroles pompeuses sous lesquelles l'Eglise de Rome l’a cachée, pour comprendre que le dogme de la transubstantiation n’est qu’une grossière et hideuse idolâtrie,

oo

om

‘© Il me faut, demain matin, porter le bon-dieu à un malade, dit le prêtre à sa servante; mais il n’y en a plus dans le ciboire. Faites donc quelques hosties (petites galettes), pour que je les consacre.” Et la docile servante prend un peu de farine et la mêle avec de l’eau. Il faut que ce soit de la farine de blé; car sans farine de blé, pas de bon-dieu possible dans l’hostie. Même si la dome. ique, par accident, y mêle une quantité tant soit peu considérable d'autre farine, tons les efforts du prêtre pour créer son bon-dieu sont impuissants. Lorsque la pâte est faite, la servante la met entre deux fers chauds, sur la face desquelles sont gravées les lettres et signes suivants: C, H. S. Et le tout étant bien cuit, elle prend ses ciseaux et le découpe en petites galettes rondes, G'un pouce de diamètre, et elle en fait autant des grandes qui sont de quatre à cinq pouces. Puis elle remet le tout respectueusement entre les mains de son prêtre, après avoir mangé les rognures,

dont elle est ‘ement très friande, Le lendemain, ces petites galet rtées à l'autel, où le prêtre en fait autant de bons l'usage des catholiques-romains, malades ou en sant, dront communier,

C'était une de ces ,..ites galettes que j'avais portée à l’au- “el, en ce jour solennel, et que j'avais changée dans le corps, le sang, l’âme et la divinité de Jésus-Christ, avec les cinq paroles cabalistiques , Æoc est enim corpus meum !

Quelle différence pouvait-il exister entre cette incroyable acte de suprême folie et l'acte d’idolâtrie d’Aaron dans le désert !

‘ Le peuple, voyant que Moïse différait longtemps à descendre de la montagne, s’assembla autour d'Aaron et dit: Faites-nous des dieux qui marchent devant nous.

‘ Aaron leur répondit : Otez les pendants d'oreilles de vos femmes, de ves fils et de vos filles, et apportez-les moi.

ss À

‘“ Le peuple fit co qu'Aaron avait commandé, et lui apporta les pendants d'oreilles,

‘“ Aaron les ayant pris, les jeta en fonte, et il en forma un veau, Alors les Israélites dirent: Voici vos dieux, à Israël, qui vous ont tirés de l'Egypte.

‘ Ce qu’'Aaron ayant vu, il dressa un autel devant le veau ; et il fit crier par un héraut : Demain sera la fête du Seigneur.

‘ S'étant levés de grand matin, ils offrireut des holocaustes et des hosties pacifiques, Tout le peuple s’assit pour manger et pour boire, et se levérent ensuite pour jouer.” (Exode xxxii) 1.6.)

Je le de: :1nde, encore une fois, quelle différence y ‘-t-il entre l’effroyable apostasie d’Aaron et de son peuple, qui se font un dieu avec un veau d’or, ei l’action que j'avais fuite en changeant vne petite galette en dieu, pour l’adorer, le 22 septembre 1833? La seule différence est qu'Aaron ne resta qu'une couple de jours aux pieds de son veau d’or pour lui rendre ses adorations ; tandis que l'Eglise de Rome m'a tenu un demi-siècle aux pieds de son dieu de pâte, comme elle tient encore aux pieds de cette idole les millions de pauvres aveugles catholiques-romains, pour la leur faire adorer.

En abandonnant la parole du Christ: “ Faites ceci en mé: moire de moi,” pour y substituer sa transubstantiation, l'Eglise dé Rome a rejeté le monde dans l’abîime de l’idolâtrie des anciens peuples payens. Cette Eglise adore un Christ, il est vrai; mais ce n’est pas le Christ de l'Evangile qu’elle adore : c'est un faux Christ, un Christ fait avec une petite galette de farine de olé; c’est un Christ fictif, escamoté par les papes dans les vieux temples du paganisme, et sacrilégieusement vffert aux natisns mcdernes sous le nom adorable de Jésus. Car, encore une fois les prêtres de Rome font leur dieu avec un morceau de pain: comme is prêtres hottentots font leur

ms D

die" avec un os de poisson ; comme Aaron fit son dieu, dans le désert, avec un veau d’or !

On m'a souvent demandé si je me croyais réellement capable de changer le pain de la communion dans /e corps, le sang, l'âme, la divinité de Jésus-Christ, et si j'ai jamais sincèrement adoré ce dieu que je créais moi-même, avec l'aide de ma servante, À ma honte, et à la houte de notre pauvre humanité, il m'a toujours fallu répondre, comme il le faui encore confesser aujourd'hui: ‘“ Oui, j'ai cru, comme tous les prêtres de Rome sont obligés de le croire, que je transformais une petite galette en mon Dieu! Et j'adorais ce Dieu, qui était l'œuvre de mes mains !” Quand j'avais changé ce pain en mon Dieu je le montrais au peuple, en disant : “ Voici l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du r'n1'e ; adorons le.” Et tombant à genoux, je me prosternais &t je ’adarais. ,. ! Et le peuple se prosternait aussi pour adorer le dieu que je venais de créer en leur présence !

Bien y us que cela, quoique mon Eglise m° dit que j'avais dans le ciel, un Sauveur appelé Jésus-Christ, et qu’elle m'’invitât à le prier, ainsi que tous les prêtres de Rome, j'avais bien plus de confiance dans le Christ que j'avais créé moi même et renfermé sous clef, que dans le Christ que l’on me disait assis à la droite de Dieu.

Il ne se passait pas un jour que mon Eglise ne m’assurât que le Christ du ciel était irrité contre moi à cause de mes péchés: elle me le représentait toujours prêt à me punir comme je le méritais ; elle m’assurait qu’il avait constamment la foudre en main pour me frapper, et que je serais depuis longtemps tombc dans l'enfer, si la sainte Vierge n’était là, sans cesse occupée à apaiser le juste courroux de son fils... Tous les théologiens que j'étudiais, et dont même j'avais sonvent à apprendre par cœur les plus importantes doctrines, m’assuraient i1 même

ie À Ci mie

chose, Saint Ligouri me prouvait cette doctrine à l'évidence.

Les infaillibles papes approuvant ces théologiens dans leur infaillibles encycliques, j'étais obligé, en conscience, de croire et de prêcher que je devais à Marie de n'être pas, depuis longtemps, dans l'enfer. Il résultait de cette croyance que, avec tous les catholiques-romains, je n’allais aux pieds du Christ du du ciel qu'avec crainte. Je me sentais comme glacé de frayeur en sa présence. Il ne pouvait me regarder qu'avec sévérité , ses mains ne pouvaient s'étendre vers moi, m'assurait St. Ligouri, qu’armées de la foudre, excepté dans le cas où Marie aurait appaisé son juste courroux. Lorsque j'étais aux pieds de ce Christ si justementen colère, mon esprit était constamment occupé et inquiet sur le choix des intercesseurs à qui je devais m'adresser pour calmer son courroux et me le rendre favorable,

Outre cela, mon Eglise me représentait constamment Jésus- Christ, au ciel, comme un puissant et terrible monarque, qui n’aimait à voir à ses pieds que des sujets fidèles, et qui ne voulait être approché que par des saints, des vierges et des martyrs. Mon infaillible église me disait, et il me semblait que cette doctrine était très raisonnable et chrétienne, qu’il ne convepait pas à un sujet rebelle G'aller lui-même parler au puissant monarque qu'il avait outragé: ce que ce malheureux avait de mieux à faire s’il voulait échapper au juste châtiment qu’il méritait, était de s'adresser à quelques-uns des officiers les plus en faveur auprès du prince, de s'adresser surtout à la Sainte- Mère du Grand Roi, à qui rien ne pouvait être refusé par son fils Ce que le sujet rebelle avait donc de mieux à faire était de se tenir aussi loin que possible de son prince, et de trembler sur l'issue de sa supplique, dans le souvenir de sa révolte, tandis que ceux qu’il avait choisis pour porter son humble pétition, ‘raient la présenter au pied du trône.

sn LE es

Mais je n’éprouvais ni inquiétude ni terreur lorsque j'allais aux pieds du Christ que j'avais créé moi-même, et que Jj'avais renfermé, de mes propres mains, dans cette petite prison ‘“ tabernacle.” Là, je trouvais un Sauveur humble, pauvre, sans puissance pour punir. Assurément, le Sauveur que j'avais créé moi-même, le matin, avec cinq paroles tombées de mes lèvres, n'avait pas de foudre en main pour m'écraser. Ne devait-il donc pas m'être soumis jusqu’au bout? Quelle raison aurai-je eu de croire que ce Christ que j'avais forcé de descend e du ciel, allait se rebeller contre moi, me refuser quelque chose, à présent qu’il était là, comme mon prisonnier ? N’4vais-je pas bien fermé la porte sur lui, pour le forcer de rester là, tout près de moi, et me donner le droit de rester auprès de lui? N’était-ce pas son amour pour moi qui le tenait 14, comme enchaîné, derrière ces doubles serrures, dont je tenais les clefs dans ma main ?

Lorsque je me trouvais aux pieds du Dieu Sauveur que j'avais fait moi-même, je n’avais pas besoin de grands officiers, ni de vierges, ni de saints martyrs pour parler en ma faveur. Au lieu d'être un monarque puissant et redoutable, comme le Christ du ciel, mon Christ du tabernacle n’était plus que le faible Sauveur de la crêche, que l’homme des humiliations, des douleurs de Gethsémanée..…. Ce n’était plus pour moi qu’un roi détroné, qu’un Dieu réellement anéanti pour mon amour! Aussi, avec quel bonheur je passais souvent des heures entières à ses pieds... Comme je me sentais heureux chaque fois que mes occupations me permettaient d'aller, seul, au pied de son tabernacle, dans cette église solitaire, épancher mon cœur et verser en sa présence les larmes de mon repentir et de mon amour |

Non ! jamais ceux qui n’ont fait l'expérience des terribles illusions du romanisme, c’est-à-dire du mensonge, ne pour

raient me croire, ni même me comprendre, si je leur disais la mystérieuse et redoutable sincérité avec laquelle l’âme humaine accepte les plus monstrueuses doctrines et se fait comme une félicité de marcher au sein des plus épaisses ténèbres ! Combien de fois, par le froid le plus rigoureux de nos hivers canadiens, dans nos églises qui n'avaient jamais connu la chaleur d’un poêle, avec une température de vingt à trente degrés au: dessous de zéro, j'ai passé de longues heures en présence de cette idole de pain, sans presque m'apercevoir que le froid me paralysait? Les regards fixés snr le tabernavle, où était renfermé l’objet de mon amour et de mes adorations, j'admirais ce Sauveur qui, par charité pour moi, et afin de me procurer le bonheur d’être près de lui, restait là, seul, sans adorateurs, des jours entiers et durant les longues et ténébreuses heures de la nuit, ..! Son amour pour moi l’enchaînait au fond de cette prison solitaire, afin qu’au matin je pusse l’y retrouver et lui parler cœur à cœur!

C’est ainsi que le malheureux habitant de l'Inde, trompé par ses prêtres, trouve un horrible bonheur à se faire écraser sous les roues du chariot qui porte en triomphe son idole de bois. C'est encore ainsi que des milliers de veuves, dans ces pays idolâtres, se font brûler vives sur le cadavre de leurs époux, parce que leurs prêtres les persuadent que cette épouvantable mort leur assure, pour elles et leur mari, une place ou ciel !

Pour dire toute la vérité sur cette humiliante question de la puissance de l'erreur sur l’âme et toutes ses facultés, je dois confesser une chose qui paraîtra impossible à ceux qui ont eu le bonheur de naître et vivre au sein de la vérité: les heures les plus délicieuses pour moi étaient celles que je passais à adorer, seul, dans ses tabernacles, le dieu que j'avais fait de mes propres mains, avec l’aide de ma servante !

Et il n’y a pas un prêtre respectable et sincère dans l'Eglise

de Rome qui n’aurait pas à faire le même aveu, s’il était interrogé sur cette question.

Le fait est que le pauvre esclave des erreurs de Rome n’a pas d'autre Sauveur ni d'autre Dieu à qui il puisse parler avec confiance que le sauveur et le dieu que son prêtre lui fait avec un petit morceau de pain: ce sont les seuls qui se laissent approcher par d’autres que par des vierges et des saints, les seuls qui n'aient point de colère contre les pauvres pécheurs qui viennent à eux.

Voilà pourquoi les temples de Rome sont constamment remplis par les victimes de ce système ténébreux. Allez auprès de certaines églises de Rome, longtemps avant le jour, même lorsque la tempête gronde, que la pluie tombe par torrents et vous serez surpris par un spectacle étrange, inexplicable pour la plupart du monde: vous verrez une multitude de tout âge, de tout sexe et de toute condition, accourant de tous ies points de l'horizon et s’acheminant vers le temple, pour y entendre la messe et se prosterner aux pieds du christ que leur prêtre va leur faire avec une petite galette, pétrie et cuite la veille!

Comment se fait-il que les catholiques-romains seuls donnent au monde civilisé cet étrange spectacle ?

La raison en est bien simple et bien logique. Toutes les Âmes se tournent naturellement vers Dieu, comme les fleurs de nos jardins se tournent vers le soleil, qui leur donne leurs couleurs, leurs parfums et leur vie. Mais le seul Dieu vers lequel les âmes se pencheront, est un Dieu dont elles seront certaines d’être aimées, à quielles pourront parler elles-mêmes : un Dieu qui ne permet à personne de se mettre entre lui et l'âme qu’il aime plus que l’époux n'aime son épouse. . . L'âme n'ira pas volontiers aux pieds du Dieu qui tient en main la foudre ; mais elle courra, plus rapide que l'aigle, vers le Dieu qui lui crie: “ Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et

accablés, et vous serez soulagés. . ” Elle ira plus vite que l’éelair vers le Dieu qui a dit, par Jésus: ‘“ Je suis l'ami du pécheur....je suis le médecin des âmes....venez à moi!” Elle ira vers le Dieu qui sèche les larmes de ceux qui pleurent... qui panse lui- même et guérit les plaies de ceux qui sont blessés.... qui pardonne à tous ceux qui crient vers lui, de tous les coins de la terre : “ Ayez pitié de moi, car je suis un grand pécheur !” Mais elle n’ira qu’à regret et qu’avec crainte vers le Dieu qui, environné de gloire, de puissance et de foudres, n'aime, comme le dieu de Rome, à n'être approché que par des saints, des anges... Les catholiques-romains n’ont donc pas de plaisir ni de confiance à prier le Christ du ciel, que leurs saints Ligouri, Anselme, Rodriguez, Bernard, etc., que tous leurs papes infaillibles leur représentent comme n’accordant ses faveurs que lorsqu'elles lui sont demandées par une femme immaculée....Mais ces âmes en détresse et cruellement trompées par Rome, courent avec une inconcevable ardeur vers le christ que le prêtre a fait descendre des hauteurs du ciel, dépouilié de s2 terrible majesté, désarmé de ses foudres, pour le renfermer, comme un pauvre prisonnier, dans une toute petite boîte que l’on appelle ‘ tabernacle.” Il n’y a pas besoin d’intermédiaires entre eux et ce sauveur-là : chacun peut lui parler soimême et lui présenter ses prières. Le Christ du cie! est le Christ des anges, des saints, des heureux habitants des Gomeures célestes ; maïs le christ de la messe, du petit tabernacle, qui est là, dans cette église solitaire, est le christ du pauvre, du malheureux : c’est le christ de tous ceux qui souffrent eë qui pleurent sur la terre.

Les enfants de la lumière, les disciples de l'Evangile, qui protestent contre les déplorables erreurs de Rome, savent que ce n’est pas qu’à Jérusalem ni sur cette montagne que leur Dieu veut être adoré, (Jean iv, 21). Ils savent que le vrai

état rann tes

mue |setassetsate

nt —

Christ n’est pas dans ce désert, ni dans le lieu le plus retiré de cette maison (Mat. xxiv, 23-26), mais qu’il est partout pour entendre ceux qui crient vers lui et le recherchent ; que partout il est prêt à sécher les larmes de ceux qui pleurent, à sauver ceux qui sont égarés et perdus. Ils savent que leur Sauveur est avec eux, dans leurs plus humbles demeures, dans les champs, derrière le comptoir, dans les chars rapides du chemin de fer, ou sur le pont du vaisseau que la vapeur fait voler sur le fleuve ou à travers l'océan. Partout ils l’invoquent et le bénissent, partout ils jouissent des joies inénarables de sa présence. Pour eux, Jésus est le plus fidèle compagnon de leur pèlerinage. Jamais il ne s'éloigne d’eux. Ils demeurent en lui, comme il aime à demeurer en eux; ils sont unis à lui à toutes les heures du jour et de la nuit, comme la branche est unie à l’arbre, sans que rien ne puisse jamais les séparer.

Que veut donc dire cette singulière course à l’église, au milieu de la tempête, à travers les pluies et les orages, des catho: liques romains des deux sexes, de tous les âges et de toutes les conditions ? I] n’y a là que le triste résultat de la plus affreuse ignorance de l'Evangile: c’est la conséquence logique des épouvantables ténèbres dans lesquels l'Eglise de Rome tient les millions d’âmes qui sont enchaînées aux pieds de ses idoles.

Cette ardeur à courir au temple, pour y rencontrer Dieu, n’est que le retour de l’ancien paganisme sous un nom chrétien. Les Egyptiens s’exposaient à la mort, pour aller dans leurs temples, adorer le crocodile, dont leurs prêtres avaient fait un dieu. Les Hottentots bravent les tempêtes, dans leurs petits canots, pour aller adorer l'os de poisson que leurs prêtres disent avoir changé en dieu... Les Israélites donnent tous leurs pendants d’oreillles pour se faire un veau d’or, qu’ils adorent comme le Dieuqui les avait tirés de l'Egypte. Et les catholiques-romains, comme tous les idolâtres, braveront tout

pour aller dans leurs temples, adore l'idole de pain dont les prêtres ont fait le faux Christ des papes.

Pleurons sur ces tristes aberrations ; mais gardons-nous bien de les admirer.

Depuis l’an 1833, où je fus ordouné prêtre du moderne paganisme de Rome, jusqu’à l'heure où Dieu, dans sa miséricorde, a ouvert mes yeux aux saintes lumières de la Foi, mes servantes ont dépensé plus d’un baril de farine à faire les petites galettes dont j'ai fait des dieux. Tous les matins, après avoir mangé un de ces dieux, j'étais obligé, par mon Eglise, de mettre les autres sous clef, dans une petite chambre appelée & tabernacle.” Mais souvent elle m’ordonnait aussi de porter quelques- uns de ces bons-dieux sur moi, quand je voyageais, surtout aux Etats-Unis. Alors je mettais mes bons-dieux dans les poches de mon gilet ou de mon pantalon, comme tous les prêtres.

Et maintenant, si l’on me demande : “ Comment peut-il se faire que vous vous soyez rendu coupable d’un tel acte de folie et d’idolâtrie ?” je répondrai, comme l’aveugle de l'Evangile : & Je n’en sais rien... tout ce que je sais, c’est que j'étais aveugle, et qu'aujourd'hui je vois. Jésus a touché mes yeux et les a ouverts. C’est un grand prophète. .. Car s’il n’était pas envoyé de Dieu, il n'aurait pas pu faire un pareil miracle. . et je dirai avec Jean : “ Jésus est venu dans le monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voyaient pas voient , et que ceux qui voyaient deviennent aveugles.”

Page 1