‹ Le Sacré Cœur de Jésus [microforme]Chapitre 3 sur 5 · Matth, X. Ve · texte numérisé non relu

Matth, X. Ve

commun des fidèles. Tous ont un libre accès auprès de sa personne, Vicaire de J.C., vraie image de Dieu sur la terre, on peut lui appliquer ces paroles du poëte :

entend les soupirs de l'humble qu'on outrage,

Juge tons les mortels avec d'ésules lois,

Et du hant de son trône, interroge les rois,

Sans doute 1l y a des dégrés dans ce détachement des liens de famille. C'est un conseil évangélique que l'on pratique plus où moins parfaitement, selon les circonstances où l'on se trouve et selon que l'on est plus ou moins saint. Les saints l'ont pratiqué à un dégré qui nous étonne, Plusieurs ont paru durs à leurs plus proches parents ; et en cela, ils n’ont fait que se conformer au divin modèle. Ecoutez J. C, à l’âge de douze ans, parlant à sa mère qui le cherchait depuis trois jours : “ Pourquoi me cherchiezvous ? Ne savez-vous pas qu'il faut que je sois occupé à ce qui regarde le service de mon Père ?” Et cependant J. C. aimait sa mère. Nur la croix même, au milieu de son agonie, la pensée de sa mère le préoccupe ; il la confie à Saint-Jean. Les derniers battements de son cœur, avant que la lance du soldat le p2rce, sont pour la Vierge Immaculée qui l’a porté dans son sein. Or, les saints qui ont étudié le cœur de Jésus, ont tout compris, et ils ont su concilier et pratiquer toutes ces paroles de l’évangile qui nous paraissent inconciliables, à nous qui n’étudions pas assez cet abime sans fond de toutes les perfections divines.

Après ie prêtre, ceux qui doivent le plus se tenir en garde contre le népotisme, et prendre Jésus-Christ pour modèle, ce sont les hommes publics. Tous ceux que Dieu appelle à gouverner des hommes doivent puiser leurs inspirations dans le cœur de Jésus. S'ils n'ont ni l'intelligence assez haute, ni le cœur assez grand pour s'élever au-dessus des intérêts personnels et sortir du cercle étroit de la famille, qu'ils se contentent de servir Dieu dans la vie privée, et qu'ils n’aspirent pas à conduire les affaires de la patrie, à veiller aux intérêts de leurs compatriotes, de leurs concitoyens. Ils y porteraient leurs idées étroites, mesquines, et sacrilieraient le bien général à leur ambition particulière. L'homme public, dans un

Dé Us

pays chrétien, doit avant tous se bien pénétrer de l'esprit de ces paroles : “ Celui qui ne hait pas son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, ne peut être mon disciple.” Kinon, il ne pourra que s'occuper de lui-même et des siens et si par hasard il s'élève un peu au-dessus de l'égoisme et du népotisme, ce sera non pour travailler au bien général de son pays, mais pour servir les intérêts d’un parti auquel est attachée souvent sa fortune et celle de sa famille. Au lieu de chercher à rallier tous ses compatriotes dans un même esprit et dans un même cœur, il cherchera plutôt sous de vains et futiles prétextes, à éterniser ces malheu reuses divisions qui les affaiblissent ; il se servira même, par un raffinement d'hypocrisie, du mot sacré de religion, afin de. mieux semer et entretenir la zizanie parmises frères, en exploitant les sentiments religieux si profondément enracinés, en général, au cœur des populations. L'homme public qui oublie les saints préceptes de l'Evangile et se laisse guider par l'esprit de parti s'opposera aux réformes les plus urgentes, de crainte de mettre en danger le parti où sont ses intérêts— il aimera mieux voir échouer les plus belles entreprises publiques, des populations entières souffrir de la plus horribie misère ou prendre le chemin de l'exil, voir enfin trôner en maitre dans son pays, le parjure, la violence, la plus honteuse corruption, plutôt que de s'exposer à voir d'autres hommes le remplacer. Ni l’opinion publique se réveille, si les clameurs d’un peuple resté chrétien, malgré tout, lui forcent la main, il accordera ces réformes, mais avec des clauses qui les annullent dans la pratique, parce qu'avant tout, il Ini faut sauver les intérêts de son parti; parc: que faire disparaitre la corruption, la violence, les abus qu'il exploite, dont il profite, serait faire crouler en même temps l'édifice de sa fortune.

Toujours inspiré par le même esprit étroit, l’homme public sans cœur, sans entrailles, louera des écrivains dont l'unique occupation sera de prodiguer des éloges exagérés à ses partisans, et de déverser la calomnie à flots sur ses adversaires, sans tenir aucun compte ïi de la vérité, ni de la justice, ni de l'honneur. Et ce n’est certes pas le moindre mal que de s'emparer des jeunes gens instruits

d’un pays pour les façonner au mensonge, leur fa're proitituer leurs talents, leur apprendre l'art de noireir les plus belles actions, et de faire paraitre sous un beau jour les plus criminelles entreprises. Etees écrivains ne réussissent que trop à tromper l'opinion, à surprendre souvent la bonne foi des hommes considérés avec raison comme les plus honnêtes et les plus influents,

Ce mal si opposé aux sentiments d'amour et de charité préchés par N.N.4J, C est général dans tons les pays, et malheureusement notre Canada si profondément catholique, si sincèrement attaché aux saintes lois de la religion, est depuis longtemps déja atteint, lui aussi, de ce mal qui mine et ruine les plus belles comme les plus fortes nations. Inutile d'appuyer sur le triste spectacle que nous donne notre pays depuis un certain nombre d'années. Vous connaissez cette page de notre histoire, vous savez tous les efforts que l'on a faits pour diviser les Canadiens qui ont tant besoin d'union pourtant, pour perdre des adversaires et les discréditer, en désignant par un mot qui réveille des idées de sang et de carnage, une foule d'honorables citoyens, enfants soumis de l'Église, qui ne voulaient après tout que jouir paisiblement des droits qui leur sont garantis par la constitue tion de leur pays.!

Et par une étrange anomalie, beaucoup de ces calomniateurs pourraient eux-memes, et avec plus de justice, être appelés des hommes de sans, puisqne ce sont eux qui soulévent contre des frères, les miuvaises passions, les préjugés, les colères, les haines. Voilà jusqu'où peut aveugler l'esprit de parti, voilà jusqu'où peut descendre eelni qui n'a pas un grand eœur, qui s'aime bien lur-méme, qui aime bien aussi sa fannile, son parti, mais qui ne peut pas dire à un grand peuple comine lapôtre Naint Paul aux

1, Jine suflit pas à un caudidit pour échappe: à la vengoince divine, d’avoir de bo à principes et de bonnes intentions ; il Fiut aussi de toute nécessité, que Les moyens qu'il emploie jour se faire élire, soient erréprochables, La violence est un atten at à Fu lie berté de ses concitoyens; ‘lu calomnie et la médisnce sont éprouvées par li morale 7; la corruption déshonore celui qui se vend et celui qui Pashète ; l'üntempérmace dégrade L'hemme au-dessous de la brute ; toujouisle perjure cs\ un crime abomiuable, Lettre

pastorale des pères du vinquième eoneile de Québee.

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