‹ Le sacrificeChapitre 11 sur 79 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

FRANQUEYEOL

Ce n'est pas difficile. Depuis la conquête de TAlgérie, toutes les cuisinières parlent cette langue-là. LOUISE, naïvement Les cuisinières?... pourquoi?

FRANQUEYEOL

Oh! parce que... parce que... pour rien, au fait. (A part.) Tu es bête, Franqueyrol.

MADAME JOUEDEUIL

Enfin ce drôle-là n'a rien pour lui... il est gourmand, sournois et mauvais, ahî...

LOUISE

Mais non, maman, c'est une idée... Namoun n'est pas méchant... Parce qu'une fois tu lui as vu faire une grimace dans le dos de papa ! voyons , c'est un enfant, et puis papa le taquine toujours.

FRANQUETROL

Oh! oh !... Je vois qu'il ne fait pas bon attaquer Namoun devant mademoiselle Louise.

LOUISE

C'est vrai, je l'aime beaucoup. C'est si touchant, si vous saviez l'histoire de ce petit homme. Figurez-vous qu'il est arrivé à Paris il y a deux ans derrière un bataillon de Turcos dans lequel son frère Lakdar était tambour. Il faut vous dire que pour Namoun , ce Lakdar, tambour Lakdar comme il l'appelle, c'était une adoration... Plus que la mère, plus que le père, plus que tout... malheureusement après six mois de Paris, voilà tambour Lakdar qui meurt de la poitrine. Pensez, quel désespoir! Il ne manquait pas d'autres tambours au bataillon, mais pour Namoun, il n'y avait qu'un tambour au monde, tambour Lakdar.... Si bien, qu'au bout

• Louise et Franqueyrol, assis près de la table. — Madame Jonrdenil derrière Franqueyrol.

lie (luolque temps, quand les Turcos sont partis et qu'ils ont parlé d'emmener Namoun avec eux , l'enfant s'y est obstinément refusé, et comme il avait peur qu'on l'emmenât de force, la veille du départ, il s'est sauvé de la caserne, et ses camarades sont partis sans lui... Deux jours après, des amis d'Henri traversant le Père - Lachaise, trouvaient accroupi dans l'herbe, près d'une tombe, un petit Arabe aux trois quarts mort de faim et de froid; c'était Namoun, qui tenait compagnie à son frère Lakdar, dans le grand cimetière des chrétiens.

FRANQUETROL ', so détournant pour racher une larme

Ah! je suis béte décidément...

LOUISE, s'adressaiU à lui

Maintenant, dites du mal de Namoun , si vous voulez; moi, je suis prête à tout lui pardonner à cause de son tam])Our Lakdar... Dame!... c'est peut-être parce (|ue j'en ai un tambour, moi aussi. Vous comprenez... Tambour Henri.

MADAME JOURDEUIL

Est-elle sotte, cette petite fille, de vous faire pleurer comme cela quand on est bien content I

Là ! là ! j'ai fini. (D<Vrorhant un fliapoau dopaillp.ppndu à la muraille.) Je vais chercher mon père.

MADAME JOURDEUTL

Ah! mon Dieu! c'est vrai, le pauvre homme; cours vite.

FRANQUEYROL

Si vous voulez que j'y aille, mademoiselle.

LOUISE, sans bouger de place Oh! non! c'est inutile... l'atelier esta deux pas.

• Madamo .Touvdfnil^ Loiiisp, Franqueyrol.

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