ACTE I
MADAME JOURDEUIL
Voulez-Yous VOUS taire, méchant garçon, (Ouvrant ses bras.) et venir là tout de suite ?
FRANQUEYROL, lui sautant au cou
Hé! allons donc! (Se retournant.) Et vous, mademoiselle... Là, quand je vous disais qu'on me trouvait trop noir.
MADAME JOURDEUIL, 'remoitant
Tu l'entends, fillette.
LOUISE, par la porte entr'ouverte, ou la voit dans la cuisine quitter dare dare son tablier et rabaisser ses manches.
Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, il serait noir comme l'oncle Tom, que cela ne m'empêcherait pas de l'embrasser. (Elle accourt.) Et de bon cœur, encore.
FRANQUEYROL A la bonne heure, (il l'embrasse à pleines joues.)
MADAME JOURDEUIL
A nous deux, maintenant, (Elle le fait asseoir.) mettezvous là que je vous voie, que je vous regarde bien à mon aise.
FRANQUEYROL, riant
Faites... maman... ne vous gênez pas.
MADAME JOURDEUIL
Ainsij c'est vous, vous voilà... voilà l'homme à qui je dois d'avoir encore mon enfant.
FRANQUEYROL
Boun Diou ! Qu'est-ce que vous allez chercher là... mais c'est de l'histoire antédiluvienne.
LOUISE, gravement Trente-et-un juillet mil huit cent soixante, juste six ans aujourd'hui.
' Madame Jourdeuil, Louise, Franqueyrol.
•• Madame Jnnrdetdl. Franqueyrol, Louise.
FRANQUEYKOL
Té! cette rencontre, d'arriver ce jour-là... ma foi!... tant pis! j'ai l'air de l'avoir fait exprès... c'est prétentieux...
MADAME JOUEDEUIL, elle lui a pris les mains, le regarde attentivement, et parle à demi-voix, comme à elle-même.
Quand mon enfant allait mourir, voilà la main qui l'a arraché de l'eau ; voilà les yeux qui l'ont veillé pendant un mois, anxieux, toujours ouverts comme les yeux d'une mère. (Très-émne.) Ah ! écoutez, je suis bien contente de vous voir. (Elle veut portf'rla main de Franqueyrol à ses lèvres.)
FRANQUKTROL, très-ému, se lève brusquement et retire sa main. Et moi aussi, cap de Dieu! je suis content de vous voir, mais est-ce que nous n'avons rien de mieux à nous conter que cet ancien récit de sauvetage? D'abord, vous saurez, pour votre gouverne, qu'en vous tirant votre garçon de l'eau, c'est encore moi qui ai fait la meilleure affaire. Toutes les chances à la fois : je suis fou de peinture, je repêche un grand peintre ; je n'avais pas d'amis, je m'en suis fait un. Je n'avais plus de maman, j'en ai retrouvé une et du bon coin encore. Vous voyez que ce n'est pas vous qui devez parler de reconnaissance.
MADAME JOUEDEUIL, tournée vers Louise Hein! le brave enfant! Je voudrais qu'Henri fut là pour l'entendre.
FRANQUEYROL
Té! mais, au fait, pourquoi n'est-il pas là cet Henri?
LOUISE, allant vers la fenêtre de gauche Nous l'attendons.
FRANQUEYROL *
Comment! il n'est pas encore arrivé?
• Louise, madame .Tourrleuil. Franqneyrol.