AB R A H A M
Maintenant , sans doute , ma présence vous importune ?
Elle était jadis la plus douce récompense de mon fidèle attachement.
Agar, pourquoi regretter des noeuds que l'éternel a réprouvés?.. A G A R , l'interrompant.
Avec la cruauté la plus barbare. . . Etais- jp donc criminelle en cédant aux volontés de mon maître?. . Le sort , qui me rendit votre esclave, ne m'avait-il pas impo.eé le devoir de vous obéir ?. . Je fus épouse , je fus mère: pourquoi le « iel ma-t-il envie ces deux titres les plus doux , les plus sacrés de la nature? Ah! seigneur, 81 ce dieu invisible que vous adorez , et qui fut le mien parce qu'il était le vôtre, peut condamner de tels sentimensj j'abjure ses lois, j'abandonne son culte odieux.
ABRAHAM
Qu'osez-vous dire ?
La proscription de mon G!s est mon exe use.
Calmez-vous , Agar.
A GAR
Que veut-il donc ce dieu incompréhensible? il avait promis les plus brillantes destinées au lils d'.-^braham, ce fils avait été vainement attendu durant cinq années d'hymen avec Sara , sa voix toute puissante me désigne comme votre épouse, ij accorde Lsmaël âmes vœux, cet enfant si désiré est proclamé l'héritier dn chef de son peuple ; mais tout-à-coup il détruit lui-niéme son propre ouvrage en reportant .sur un autre tout lefFet de ses promesses. . . Ret)Ondez , Abraham, faut-t-il donc que j'adore la main qtii m'a frappée?
Agar, le ciel a rejette votie fils comme chef des Israélites ; mai^ il ne l'a point proscrit. Ce fut vons qui nttirates sur lijmael cette réprobation terrible, en lai«^ant naitre dans son jeune cœur des senlimen* de haine pour son frère. Ma tendresse pour Isniael combattait sans cesse en votre faveur , j'e.sperais vous voir revenir de votre égarement , et trouver dans Ir^maél , non le rival » mais le frère, mais le premier des sujets d'isaac. . . vain l'spoir! ma faiblesse était un f rime . . la main qui gouverne l'univers vint me frapper ; le vent du d(-sert soufTla «nr les fertiles^ campagnes de Chanaan, uo sable embrasé détruisit leur sève feCMode, llr;trit la verdure de ni'S forêts, tarit l'onde de no- riviùtes, de.vsécha no» moissons, et nous for<;a d'abandonner ce beau pays prpmi.sà ma postérité.
agab.
]^t vous accusez mon fils... moi... des calamités qui nous accablent 7
ABRAHAM
Je n'ose sonder la profondeur de l'abîme qui nous «ntour*. mais je frémis en songeant que par vos conseils, Ismaël se rend de iour en jour p us étranger à nos coutumes, à nos cérémonies, à nos lois; qu'au riioment du danger , il abandonne se? rompagnons d'infortune , f=a famille, son père, son dieu, peut-êtri* . . . je ne puis plus vous le cacher, Agar, des voix a«ciisatiice» s'élèvent de tous côiés . . . Hépondez, où est votre ûU ? le mien .'' qu'avez- V0U8 fait d ismaël?
A G A n , troublée.
Moi . . . seigneur :\ . .
ABRAHAM
Je ne puis plus rester sourd aux justes plaintes des Hébreux; et si votre fils n est pas présent au premier saciifice, s'il n'abjure ftolemnellement ses erreurs, il cesse de ni'appartenir , et je le rejette du sein d'une nation qu'il outrage. ( Un regard ironique est la seule réponse cT^garj Abraham vient
s'' asseoir sous sa tente y il est plongé dans de noires pensées. Agar
se rapproche de lui j elle veutTappaiier; il la repousse. La nuit
continue d'avancer progressivement. )