SCÈNE III
Les précédens , excepté R U B N E S et B A L A H A C.
ABRAHAM, aver douleur.
Si mes deux enfans, en cessant d'ctre unis , retraçoient un jour, les fautes cruellfs du premier âge du monde, de tons les maux c\\\e le ciel m'a fait éprouver, ce serait le plus funeste , et je sens que j'aurais peine à le supporter.
s \ n * Oh ! mon ami I pardonne-moi le chagrin que je viens de te causer bien involontairement.
ABRAHAM
Je t'aime, Sara , tu le sais, mais je ne puij te cacher la donlenr que je ressens lorsque je te vois .saisir toute» les occasions d'aU Jumcr dans le sein d'UaiJC et d'Ismaël , cette uiimitié si 'errible entre frères, et conscrvei pour Agar, une haine. . .
SARA
La haine ! . . . Ah ! ce sentiment est biea loin de mon coeur.
Je ne haïs point Agar, mais je la crains pour mon fils, pour moi, poui toi-même. . . Tu m'accuses , Abrabajn -, mais si tu veux te rappeler ma conduite invariable, auras-tu le courage de condamner Sara?, . . Je n'avais pas obtenu du ciel, ce ils que l'Eternel t'avait promis, et qui devaitêtre le chef dune longue dinastie de rois. Voilà mon (rime : mais lorsque je vir. l'ambitieuse Agar, passer du rang, de mes esclaves à celui de mon égale, et donner le jour à Ismael, qu'opposai-je à ta yulooté suprême ? iVles larmes.
ABRAHAM
Nos lois me permettaient de contracter ce second hymenée.
Ces lois, nécessaires peut-être au peuple hébreu, en sont-elles moins cruelles pour une épouse' légitime ' Reléguée dans ma tente ?olilaire, qne n'eus-ie point à souffrir lor<=qu'I--maël fut proclamé l'beritier d'Abraham? L'insolente Agar lière de son bonheur, attirait sur elle ^eule les honneurs qui m'étaient dus; so'i arr-'gance m'enpècha-t-elle de prodiguer les soins les plus touchant à cet enfant, dans lequel je ne vis plus que le fils d'Abraham?... L'Kteruel, lui-même, nous fit connaître qu'il n'avait pas san' tionné la naissance d'fsmaël , et bientôt j'offris au peuple hébreu , le véritable gage de la parole de Dieu. . . Isaac aime du Tout-Puissant, Isaac, mon iils. le tien , reçut la vie au milieu des prodiges qui attestaient la protection céleste. Dès ce moment que n'eus-ie point à redoute: de la jalousie d'Agar, et quelle adresse ne me fallut-il pas pour échapper aux pièges nombreux dont m'entoura ma rivale? Dirigé par ses conseils perfides, Ismael, à peine au printems de l'âge, ne tarda pas à déplo^'cr un caractère inquiet et farouche ; tous deux attaquaient sans relâche et ton fils et ton épouse; les chefs d' s tribus, eux mêmes , frap[.és de ■ leur audace, te supplièrent d'éloigner du sein de la nation qu'ils pO"" vaient troubler, cette mère imprudente, ce fils audacieux, qui ne cr.ii:;naient point d'olFeuser en toi, leur père, leur bienfaiteur, leur souverain.
ABRAHAM
Ilélas ! ce fut sur les bords du Nil que le ciel préparait à mon courage, la plus rude d' s épreuves. . . Je ne sais q-elie faiblesse m'avait inspiré la pensée de te présenter au Pharaon, sous le nom de ma sœur. . . Fatale impr idence 1 bientôt connaissant par la protection marquée que le Pharaon nous accordait, par les présens dout il nous comblait, par les égards que ce souverain avait pour ma préteuduo sœur, que son cœur était dévoré par une passion violente , tous les feux de la jalousie s'allumèrent dans le 'Tîien , et je ne vis plus de ressource que dans une fuite prompte et secrète.
SARA
J'ai toujours pensé qu'Agar n'était pas étrangère aux périls qu« noue veuDus de courir.
ABRAHAM
Je ne puis croire qu'elle soit capable de cetta perfidie.
s A. il A
Elle est née en £g}'pte , le sang des souverains coule dans set Tcines.
Mais elle ne peut oublier qu'elle fût la compagne du chef des Hébreux.
SARA
La passion insensée que le Pharaon avait conçue pour moi, favoiisait trop son ambition rtles intérêts de son fils, pour qu'elle ne cherchât pas à la nourrir.
ABRAHAM
En supposant que ce soit la vérité, nous n'avons plus rien à redouter.