ANGE I. E
Pourquoi en aurait-il fait un?... Je n’étais pas sa fille, pas même sa parente... je n’ai droit à rien ici...
bé z uc h o N.
Pardoo, je trouve, au contraire, que vous avez droit à tout...
COLOMBE, eu train de ranger, allant et venant par la chambre.
Bien dit...
AN.GÈLE
Droit à tout! moi !
BÉZUCHON.
Sans doute. Fille du comte de Mériane, à sept ans vous étiez orpheline, votre, pauvre père, ruiné parde mauvaises spéculations, avait cherché dans le suicide la (in de ses misères. Et tandis que le caveau de famille des Mériane se refermait sur lui, les huissiers placardaient les afliches de vente sur les portes de son château.
ANGÈLE
Bravg monsieur Bérillot !... Lui seul eut pitié de moi... Personne de ma famille ne me tendait la main. Monsieur Bérillot n’hésita pas, lui... Et pourtant il était pauvre alors.
COLOMBE, nul en rangeant son linge.
Pauvre comme Job, pardine !
BÉZUCHON.
C’est justement à cause de cela que je prétends quosa fortune lui vient ne vous.
ANGÈLE
Je ne vous comprends pas.
BÉZUCHON.
Vous allez me comprendre... grâce à votre père, qui lui avait avancé une petite somme d’argent avant sa ruine complété, le père Bérillot avait pu s’acheter une toute-petite ferme, dans les environs du château, à Val rose. Là, il vivotait Dieu sait comme et tout allait de mal en pis. Vous paraissez!... et tout aussitôt, ô nia mignonne fée, la situation change!... Les récoltes deviennent superbes. Les terres incultes se” fertilisent!... Et les écus tintent joyeusement dans les sacs de toile. Alors, la petite ferme prend d ■ l’extension... on achète les terrains environnants, les moulins, les élangs, les grands bois et les plaines. Le père Bérillot devient, le marquis de Carabas de Valrose... Dix ans plus tard, il était millionnaire... Lagentille petite fée l’avait voulu ainsi et le ciel obéissant avait fait pleuvoir sur les champs uno rosée d’or!
ANGÈLE
C’est vrai : monsieur Bérillot était riche... bien riche... à ce point qu’il songea à acquérir le château de Mériane où j’étais née... où reposent tous les miens... Mais quelque prix qu’il pût en offrir, les nouveaux propriétaires, jaloux de sa fortune et le traitant de paysan parvenu, refusèrent obstinément de lui vendre ce domaine qui tombe en ruines et qui n’est même plus habité.
BÉZUCHON.
Si Bérillot a tenté de racheter ce domaine, c’était pour vous le restituer, ayez-en la certitude... car il savait bien, comme je le sais moi-même, que toute sa fortune lui venaitde vous... Ah! le pauvre brave homme! qu’il doit gémir là-haut en voyant ses parents qu’il aimait si peu dépouiller sa chère
Î »etite Angèle qu’il aimait tantl (Changeant de ton.) Ah! si ces aux pleureurs sont tels que me les a présentés Colombe, je me réserve de m’instruire quelque peu en m’amusant beaucoup!
COLOMBE, qui est revenu.' près d’Angèle.
C’est égal, allez, mam’zelle, faut pas vousdésoler!... Si, vous êtes pauvre aujourd’hui, vous ne le serez peut-être pas demain! vous êtes assez belle pour trouver un mari qui*soil trop content de vous faire un sort!...
ANGÈLE, vivement.
Je ne me marierai jamais...
BÉZUCHON.
Et vous aurez crânement raison, par exemple!... Qu’un homme se marie, ça t-e comprend!... Il épouse une femme!... mais une femme ça ne se comprend pas, puisqu’elle épouse un homme! Ah çà! mais j’y songe... si la mort du père Bérillot vous laisse sans ressources, que va- t-il advenir de ce brave garçon qui dirigeait la ferme avec vous, et qui était un peu, lui aussi, l’enfant d’adoption du vieux fermier?...
COLOMBE
Monsieur Jacques Bernard !
ANGELE, avec éuiuüuu.
Bernard?...
BÉZUCHON.
Oui, c’est cela, Jacques Bernard... Eh bie:;?
ANGÈLE
11 adviendra de lui ce qu’il adviendra de moi... sa destinée, je le crois du moins, sera la mienne...
BÉZUCHON.
Vous le croyez... que voulez-vous dire ?...
ANGÈLE
Je veux dire que depuis quelque temps, Bernard n’est plus le même I...