‹ Le sacrilégeChapitre 66 sur 141 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LAZARE, laissant retomber la petite i terre.

Oui... c’est vrai! je suis dans mon tort... et la loi est pour vous... Si vous le voulez, vous pouvez me la prendre et je n’aurai rien à dire... mais, madame! ayez pitié!... laissez-moi ma petite Claudine! Depuis cinq ans, c’est mon bien... mon trésor... c’est toute ma vie!... Si vous saviez comme elle m’aime et comme je l’adore! Le dimanche, on la bichonne bien et nous allons nous promener avec Louise... Pas vrai, Louise?

LOUISE, émue.

Mais oui!... monsieur Lazare!

LAZARE

Ah!... quand les passants disent: « Le beau petit ange! » vous ne savez pas, madame, l’immense joie qui m’étouffe .. On me donnerait un million, je ne serais pas plus heureux que ça!... (Après un temps.) Pour le jour de l’an, Louise lui préparait une petite robe grise, en mérinos, avec des velours bleus!. .. Depuis le commencement de la semaine, elle se réjouit de la mettre. Il y a une poche, à cette robe-là ! Vous comprenez, une poche, c’est uqe fameuse affaire çal... Elle va se croire une grande demoiselle!... la pauvre mignonne! (Ele- , Tant ses mains suppliantes vers Adrienne ) Madame!... madame!... ne me l’emmenez pas... laissez-lui mettre sa petite robe grise !

Il tombe à genoux.

CLAUDINE, s’agenocillant aussi devant Adrienne, les mains jointes et d'une voix tremblante.

Oui, bonne dame, laissez-moi à papa Lazare, et je vous aimerai bien I

LOUISE, implorant aussi Adrienuc.

Madame !...

ADRIENNE, durement.

Toute supplication est inutile! donnez-moi mon enfant!... je le veux !

LAZARE se relève lentement en proie à une effroyable surexcitation, le visage contracté. Enfin il semble se contenir. D’une voix sourde.

Ne prions plus ! (Avec un éclat fiévreux.) Après tout, Claudine n’est pas ma fille!

LOUISE

Qu’allez-vous donc faire ?

LAZARE

La rendre à sa mère !...

LOUISE

Rendre Claudine!... Ah çà, vous ôtes fou!...

LAZARE

Non, je ne suis pas fou, Claudine ne m’appartient pas, c’est la fille ne madame 1

SOPHIE COPEAU, qui est descendue près de la table.

Très-bien! très-bien!...

A DRIENNE, b Louise.

Allons!... dépêchez-vous de l’habiller, que nous parlions!

Claudine se met & pleurer.

LAZARE, qni perd la tête.

L’habiller!... c’est vrai, au fait, elle est à moitié nue, cette chérie !... Allons!... ma mignonne adorée, mets-toi là, sur cette chaise, que l’on t’habille!

U pose l'enfant tout debout sur la chaise du premier plan.

CLAUDINE, pleurant à chaudes larmes.

Je veux rester ici, moi!... je veux rester!...

LAZARE

Chut,!... chut!... la dame ne veut pas que tu restes... et cette dame- là, il faut lui obéir, vois-tu, car c’est ta maman! Louise, qui est entrée dans la chambre de droite, revient avec les vêtements de Claudine qu’elle donne h Lazare tous deux l'habillent.

CLAUDINE, pleurant.

Ah ! papa Lazare, tu ne veux donc plus de Claudine pour petite fille?...

LAZARE, la suppliant

Mon enfant, tais-toi! ... Ne m’appelle plus papa!... (La chaussant.) Mets tes petits souliers!...

CLAUDINE

Mais, je neveux pas m’en aller!... j’ai peur! ..

LOUISE, s’essuyant les yeux.

Pauvre petite!...

LAZARE, b Claudine.

Ne pleure plus!... la dame te donnera de bons gâteaux!... des beaux joujoux!... Elle te donnera une. belle poupée en porce’aine, tu sais, avec son trousseau... (Tout en parlant, Lazare a machinalement habillé la petite fille. 11 court ensuite b la commode, en sort des vêtements enfantins et les éparpille sur le carreau.) Vois-tu, tout

ça, c’est vilain, ma Claudine... c’est des loques... il faut les jeter. (Prenant une petite robe.) Et tiens... tiens... cette robe-là, il faut la jeter aussi, elle est laide.

Il la jette dans un coin.

C L A UDINE, avec on cri.

Ah! ma belle robe!... celle qui avait une poche!

« LAZARE

Ah ! tu en auras bien d'autres, tu en auras de toutes couleurs!... des jaunes, des vertes., des roses... des bleues... en salin, en soie, en or, en argent!... n’eSt-ce pas, madame, qu’il y a de tout ça chez vous?... Vois-lu, la dame dit oui! (Avec une gaieté farouche.) Hein! Claudine, comme tu seras heureuse!

Il couvre l’enfant de baisers.

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