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sujet des no' . ncus sommes heureux de pouvoir réproduire textuellement, [60 bis]. Ce chapitre complètera ce que nous avons à dire sur le Présent du Saguenay.
La colonisation du Saguenay après avoir fait des progrès considérables en peu d’années, subit néanmoins un temp: d’arrêt depuis deux à trois ans [18491].
‘ Les causes de ce temps d’arrêt dans l’établissement du Saguenay sont nombreuses ; je me borne à indiquer les plus importantes, La première est le désappointement éprouvé par les colons à l’endroit des avantages réels du Saguenay ; avantages quiont été tellement exagérés que les colons partaient avec l’idée que le nouveau territoire était un antre paradis terrestre. Quelque temps de séjour dans ce nouvel Eden a suffi pour démontrer aux nouveaux arrivés que le Saguenay (1) tout en possédant les désavantages qu’offre la rive Sud du Saint-Laurent, sous le rapport du climat et de la température, était entièrement privé de tous les moyens de prospérité que présentent les anciens établissements. Point de marché où porter les denrées, point de chemins, point de tribunaux de justice, le droit du plus fort dans toute son étendue. Tel était et est encore [18491] le spectacle qu'offre le Saguenay : spectacle, il faut l’avouer, peu propre à ençourager le colon paisible et industrieux (2).
‘ (1) Il s'agit là de Chicoutimi et de la Grande-Baie ; mais non du lac Saint-Jean, ce qui est un peu différent sous le rapport du climat.
(2) Il ya maintenant (1852) une cour de justice à Chicoutimi. Quelques marchands étrangers se sont établis au Saguenay, depuis deux ans. On aouvert 36 lieues de chemins dans les différentes con cessions de Chicoutimi et de la Grande-Baie.
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‘° La seconde cause est la difficulté, je dirais presque l'impossibilité pour le colon, de s’établir sur une terre sans être en butte aux réclamations de gens avides et malhonnèêtes ; et l’absence de toute autorité locale pour décider de ces réclamations qui ne peuvent-être réglées que par les tribunaux supérieurs siégéant à Québec.
“La troisième cause est l'absence totale de chemins, non seulement pour communiquer avec les paroisses voisines, mais encore avec les townships environnants, ct même entre voisins ; l'éloignement des nouveaux établissements des anciens.
‘“ La quatrième cause est l’impossibilité pour lé colon d’obtenir d’un voisin paresseux, négligent et chicanier, les servitudes les plus indispensables à l’agriculture, telles que les fossés, les clôtures, les découverts. \
“La cinquième cause est la dépression du commerce du bois, et conséquemment la diminution dans le nombre des travailleurs employés dans les chantiers.
‘ La sixième cause est la mauvaise culture, conséquence nécessaire de la routine et des préjugés des colons,
‘La septième est la répugnance qu’ont les colons en général et les cultivateurs à tenir leuts terres en francalleu roturier (free an! common soccage) au lieu de les tenir sous le système seigneurial (1).
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Q Ce n’est pas un système de tenure considéré en lui-même
que les colons objectent, Dans le système seigneurial ils ont des
terres sans débourser d’argent. D’après l’autre système, les terres
s’achètent pour un montant convenu dont il faut payer l’intérêt. Or
Ja rente seigneuriale est toujours beaucoup moindre que celle du
capital d’une terre en township, quelque minime quil soit. J +
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113.—"“ T'elles sont les principales causes qui ont paralysé l’essor de la colonisation du Saguenay et qui pourront peut-être l’anéantir complètement, si on néglige d’y apporter le remède nécessaire.
114.— Jusqu'à ce jour ( 1849) la culture de la terre a été peu heureuse au Saguenay. La plupart des colons ne récoltent pas même assez pour vivre avec leurs familles. Les uns attribuent le manque des récoltes à la rigueur du climat, ou à la mauvaise qualité du sol, D’autres prétendent que le climat et le sol y sont aussi favorables à l’agriculture que dans toute autre paitie du Bas-Canada ; mais que le peu de succès de l’agriculture est dû à l’époque avancée où, chaque année, la plus grande partie des colons commencent leurs travaux du printemps, occupés qu’ils sont à travailler dans les chantiers pour payer leur subsistance de l’hiver précédent, et pour gagner la somme nécessaire à achat de grains de semence. Une preuve que l’insuccès des colons ne dépend pas de la qualité du sol, ni de la rigueur du climat, c’est que les terres prises etouvertes par la société de colonisation sous la direction de M. l’abbé Hébert, rapportent autant que toutes les autres terres nouvelles situées dans les différentes parties du pays.
.‘€ Mais cette société a des capitaux, qu'elle emploie de la manière la plus judicieuse ; elle a les moyens de faire en leurs saisons tous les travaux agricoles ; les travailleurs qu’elle emploie n’ont pas à attendre leur subsistance du travail dans les chantiers. Le colon isolé, n’ayant pour seul appui, pour unique moyen que sa santé, sa force et son courage, se trouve placé dans
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vailler dans les chantiers pour subveniraux frais de défrichement, pour nourrir sa famille pendant qu’il fait les æbattis, pour acheter la semence nécessaire. Ordinairement le travail des chantiers occupetout l’hiver et se prolonge jusqu’à la descente des billots qui a lieu à la fin de mai ou au commencement de juin, et quelquefois plus tard. (Conséquemment, la saison est très avancée lorsqu'il commence à préparer la terre pour faire ses semences. Naturellement le grain semé tard ne venant pas à maturité avant les gelées de la fin d’août ou de septembre, la récolte se trouve perdue,
‘“ Que peut faire ce colon ? 1l s’est endetté pour les premiers frais ; 1l contracte une nouvelle dette l’année suivante ; et les causes qui ont produit la perte de sa récolte se renouvelleront, et le colon découragé abandonnera une terre qui lui a coûté tant de travaux et de sueurs, Ce déconragement n’est pas étonnant. Comment, en effet, un colon pauvre, abandonné à lui-même au milieu des bois, sans chemins, vexé, tourmente, maltraité même par des hommes avides et pillards qui lui disputent les quelques arpents qu’il a arrosés deses sueurs, privé de la protection des lois, régi par le droit du plus fort, incapable d'obtenir la possession de :.. terre sans des frais énormes, qu’il ne peut encourir, souffrant avec cela les privations de toute espèce, souveni mème la plus affreuse misère, pourrait-il se condamner à supporter pluslongtemps une vie si pleine de souffrances physiques et morales ?