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sionnaires. Il donna pour compagnon au P, Albanel, M. Denys de Saint-Simon, gentilhomme canadien, et un français. Ils partirent de Québec, le 22 août 1671, et dès le 17 septembre ils eurent avis que deux navires anglais étaient mouillés dans le fond de la Baie l’'Hudson, et y faisaient la traite avec les sauvages. Cete nouvelle les obligea d’envoyer demander des passeports à Québec. Ce retardement les força de passer l'hiver au lac Saint-Jean. Le ler juin de l’année suivante,ils se mirent en route,et le 13 ils rencontrèrent 10 canots remplis de sauvages Mistassins, qui paraissaient vouloir leur disputer le passage. Ils n’en firent rien pourtant, et parurent même acquiescer à l’invitation que leur fit le P. Albanel de reprendre leur ancienne coutume de venir en traite au lac Saint-Jean, où il leur promit qu’ils trouveraient toujours des marchandises et un missionnaire, comme par le passé (1).
Dans sa description des bords du lac Saint- Jean, le P. Albanel dit que ‘“ le lieu est beau, les terres fort unies et bonnes.” Il y a de belles prairies. Ce missionnaire voyageur est le premier qui pénétra par cette voie jusqu’à la Baie d'Hudson, anronçant partout la bonne nouvelle. Il paraît que ce fut vers cette époque que le P. de Crépieul vint dresser sa tente et fixer son séjour dans ces contrées du Saguenay, en étendant ses courses chez les Papinachois, sur la côte nord du fleuve. Il établit des chapelles à Chicoutimi et au lac Saint-Jean. Son
(1) Ces derniers renseignements sont extraits de la Bibliothèque Canadienne 1827,
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manuscrit donne bien des détails sur ses travaux, etsur ceux qui les partagérent.
Nous regretitons de ne pouvoir en dire plus, mais les matériaux manquent. Ce qui précède est dû à ’obligeance d’un ami qui eût lavantage, il y a queljues années, de voir en passant quelques relations qui subsistent encore. Les dépositaires de ces précieux manuscrits rendratent service en faisant connaître tout ce qu'ils renferment d’intéressant pour l’histoire de cette belle contrée du Saguenay.
24.— Les derniers Jésuites qui ont évangélisé le Saguenay sont les PP, Coquart et Labrosse, Le premie est mort en 1766, le second en 1782 (1). Nous avons rencontré en 1850, à Métabetchouan, une femme qui prétendait avoir 104 ans. Elle avait connu le P,. Labrosse. étant très jeune, disait-elle, Ta bonne vieille était entourée de ses enfants et petits-enfants qui atiestaient son grand âge. Au contraire des personnes de son sexe, du moins parmi les blancs, elle se disait plus vieille qu’elle ne Pétait réellement. Il n’était pas nécessaire d’avoir 104 ans, pour avoir connu le P, Labrosse, Elle était la mère du grand chef Siméon dont nous avons parlé plus haut.
25.—La semence évangilique jetée par ces apôtres de la civilisation au 17e siècle produit encore d’excellents fruits. Les Montagnais sont des chrétiens fervents quand les blancs ne viennent point leswaier. Ils conservent toujours un affectueux souvenir pour leurs anciens mission-
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(1) Ces dates comme les précédentes sont de la Liste Chronalosique des-Prètres, etc., en 1834,
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sauvages du Saguenay, malgré leur genre de vie nomade et vagabonde, savent encore tous lire. Chaque famille conserve avec soin son livre de prières et de cantiques, en fait largement usage les dimanches-et fêtes que tous observent religieusement suivant un calendrier particulier qu'ils entendent à merveille. Plusieurs savent le plein-chant [1]. Sous ce rapport beaucoup de familles parmi nous sont bien en arrière de ces pauvres sauvages. Notre siècle est pourtant bien fier de ses lumières ! Le sauvage du Saguenay apprend à lire comme il apprend à tirer sur le gibier ow à conduire un canot. C’est qu’il regarde l’un comme aussi nécessaire que autre à sa double vie morale et physique,
26.—Le Roi de France s’était réservé le territoire du Saguenay à cause de ses excellentes places de pêche et de chasse, réputées alors les meilleures de l'Amérique du Nord. Dans les baux d’affermage, ce territoire s’étendait de l’Ile aux Coudres [2] à Le rivière Moïsy ou Moïisie, deux lieues en bas des Sept-îles ; et dans la profondeur des terres il comprenait tous les lacs et les rivières qui se déchargent dans le lac Saint-Jean et le Saguenay, nommément les postes de Tadoussac, Chékoutimy [3], le lac Saint-Jean, Nekouba, Mistassinoc, Papinachois, Naskapis. Le premier bail qui paraît avoir été fait est de
(1) Ces livres des PP. Jésuites ont déjà eu l’honneur de plusieurs éditions, àce qu’il paraît. La plus complète est celle du Père Flavien Durocher, supérieur des Oblats de la Grande-Baie. Le Rév. P. a composé pour les sauvages du Saguenay, et ceux du golfe, un livre de prières, un catéchisme, un recueil de cantiques et un livre de chant noté d’après les vieux manusctits des anciens missionnaires dont les mots se trouvaient vieillis. è
(2) Edits et Ordonnances IT, page 87 et suivante.
(3) Ainsi écrit suivant l'orthographe d’alors.
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(1) Edits et Ordonnances,
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1658, Ce bail fut alors donné au Sieur Demau: en vertu d’un arrêt du conseil supérieur de Québec [1]. Le conseil d’état du Roi avait ordonné en 1677 que ce terriioire fût exploré avec soin et qu’il en fut dressé une carte exacte. Mais cette opération ne fut finalement complétée qu’en 1733. C’est sur cette carte que Charlevoix publia la sienne onze ans plustard. Il est facile de se convaincre en l’examinant qu’alors le Saguenay était mieux connu que l’intérieur du pays entre Québec et Montréal 2]. Les documents publics auxquels Charlevoix puisait ses informations étaient, indépendamment des Mémoires des Jésuites, du caractère le plus authentique [3]. 27.—Aprèsla cession du pays à l’Angleterre par le traité de 1768, le territoire du Saguenay continua d’être aflermé. Le bail était renouvelé tous les 21 ans.
Les bailleurs avaient intérêt d’exclure jes étrangers autant que possible, et de tenir secrètes les ressources du pays, autant pour maintenir leur monopole que pour empêcher toute compétition à chaque fois qu’il s’agissait de renouveler le bail. (C’est pour cette raison que jusque vers 1820, on ne connaissait rien encore du Saguenay. On débitait les contes les plus ridicules sur les dangers de sa navigation, la hauteur de ses chûtes dont aucun homme n'avait osé même approcher, la sévérité de son climat, etc.
23.—A cette époque, M. P. Taché, seigneur de Kamouraska, qui avait demeuré 22 ans au lac Saint-Jean,
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A M. À. Stuart Mémoire de la Société Littéraire, page 54, ol, I.
(3) M. A, Stuart, Ibidem.
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à Chicoutimi et à Tadoussac, fut appelé à communiquer à un comité de l’Assemblée Législative de précieuses informations qui éveillèrent l’attention publique, La Législature ordonna une exploration qui eut lieu en 1828 ; feu M. André Stuart et David Stuart en furent chargés. [s s’adjoignirent MM. Jos. Bouchette, fils, J. Hamel et J.-B. Proulx, arpenteurs, M. Baddeley, du Corps Royal du Génie, MM. Nixon et Goldie, du 66e régiment, et quelques actres, ayant cauacun leur spécialité dans cette importante mission, Le rapport de cette commission est daté du 26 décembre 1828. Il forme. avec toutes les pièces justificatives, un vol. de 197 pages, plein de renseignements du plus haut intérêt, C’est la source principale où nous puiserons dans le cours de ce travail. Dès lors on acquit la certitude que le Haut-Saguenay renfermait une grande étendue de terre propre à lPagriculture. Mais le terme du bail des Postes du Roi n’était pas encore expiré, et d’ailleurs les idées n’étaient pas alors à la colonisation comme elles le sont aujourd’hui; on ne pensa donc plus au Saguenay jusqu’en 1837.