‹ Le Saguenay et la vallée du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 14 sur 55 · CHRONIQUE DE VINGT-CINQ ANS · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DE VINGT-CINQ ANS

Jusqu'en 1828, le Saguenay avait été considéré comme un pays sauvage, comme une contrée bonne tout au plus au commerce des pelleteries. Aussi, jusqu’à cette époque, personne n'avait cru que la colonisation y fût possible. C'était le pays des légendes merveilleuses et des contes effrayants ; tous les géants fabuleux devaient s'y donner rendez-vous dans des antres profonds ; et, quant à la rivière en elle-même, elle était absolument innavigable, à cause de ses courants impélueux, de ses abimes sans fond, des ouragans destructeurs qui s’abattaient sur elle, de ses écueils et de ses rochers formidables, de ses

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remous où s’abimaient tous les bâtiments qui s’y laissaient surprendre ....... enfin, l’imagination populaire, qui re s'exerce jamais autant que dans l'invention des périls mystérieux, avait fait de la région saguenayenne, non seulement une région inhabitable, mais encore à peu près inaccessible.

Cependant, il y avait là, comme on l’a déjà vu, des postes tels que ceux de Tadoussac, de Chicoutimi, du Lac Saint-Jean, de Nekoubau, de Chamouchouane, {lac) de Chamouchouane (rivière), de Métabetchouane, outre des pêcheries importantes, et postes et pêcheries réunis employaient, à l’époque dont nous parlons, 480 blancs et 500 indiens pour la pèche et pour la chasse des animaux à fourrures. Deux goëlettes, quatre-vingt bateaux et quinze canots faisaieat le service de lapêche, et il était vendu annuellement trois cents tierçons de saumon. A chacun des postes se tenaient en moyenne trente hommes dans l'emploi de la compagnie ; mais au poste du lac Chamouchouane, on comptait jusqu’à une quinzaine de familles.

De bonne heure, dans le cours de leurs missions, les Jésuitcs avaient fait bâtir au Saguenay trois petites chapelles, seuls monuments religieux de tout le pays. L'une de ces chapelles était celle de Tadoussac ; i} ÿ en avait une autre à Chicoutimi et une troisième enfin à Métabetchouane, sur le lac Saint-Jean. Auprès de chacune de ces chapelles étaient élevées seulement deux ou trois maisons, dont l’une à l’usage de

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l'agent de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et les autres étaient occupées par les engagés de la Compagnie. Autour.de ces maisons on cultivait un petit jardin, mais à cela se bornait tout ce qu'il était permis de tenter en fait de culture. On en excepte pourtant Métabetchouane où les Jésuites avaient opéré des défrichements assez considérables ; mais, depuis leur départ, tout était retourné en forêts,

Lorsqu’en 1828, M. Bouchette, après avoir parcouru dans son exploration officielle le bassin du Saint-Maurice et descendu la rivière Ouiatchouane jusqu'au lac Saint-Jean, arriva à l'embouchure de la Métabetchouane où se trouvait le poste, il y vit que W'établissement tout entier se composait d’une résiuence pour l’agent, d'un magasin, d’une boulangerie, d’une étable et d'une grange, avec un jardin spacieux qui produisait en abondance diverses espèces de légumes, surtout des patates pour l'alimentation des habitants du poste. Il trouva que le sol devait y être passablement bon, puisque non seulement le. blé et divers végélaux y poussaient, mais encore que les concombres et les melons y venaient admirablement. Il y découvrit la trace des sillons faits autrefois par la charrue dans les terres défrichées par les jésuites, et qui maintenant étaient recouvertes d’épinette, de tremble, de sapin, de bouleau, de pin, et dont une partie produisait du mil. Avaient disparu également les vergers de pommes ét de prunes que sesouvenaient

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encore d’avoir vus quelques anciens Canadiens ; le poste, avec les quelques bâtiments qui l’entouraient, s'élevait seul au bord du lac, ayant derrière lui la forèt épaisse.

« Autrefois, » dit M. Nixon, attaché aussi lui à l'exploration de 1828, «les Jésuites avaient à Métabetchouane trois cents acres de terre en culture, et il y en a maintenant tout au plus dix à quinze acres ; le reste retourne rapidement à son premier état. 11 pousse maintenant dans le jardin des choux, des carottes, des pois, des fêves, des oignons, des patates, des citrouilles, du blé-d’'Inde, des concombres, du blé, de l'orge, des betleraves et des navets, On nous a montré deux pruniers plantés par les Jésuites, © aussi bien que quelques gadelliers. Les personnes résidant à ce poste sont le commis, M. Murdoch, deux hommes, une femme et trois enfants qui ont pour tout bétail,un taureau, une vache et une génisse. Quatre bâtiments, une maison, un hangar, une boulangerie et une étable forment le poste. »

La tradition veut que les Jésuites aient trouvé le moyen d'ouvrir un chemin direct, à travers les Laurentides, entre Québec et le lac Saint-Jean, chemin qui aboutissait à leur établissement de Métabetchouane et par lequel ils faisaient passer leurs bestiaux. On dit de plus qu'il ne fallait pas plus de trois jours pour accomplir le trajet entre les deux endroits ; c'est ce qu’il est difficile d'admettre,

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