‹ Le Saguenay et le bassin du Lac Saint-Jean [microforme]Chapitre 68 sur 101 · CONTREE LACUSTRE · texte numérisé non relu

CONTREE LACUSTRE

Des lacs, des lacs! TE y en a partout,

\ WJ .

à profusion, sur

toute la surfaces de l'Amirique Sopeentrionale, des rives Fit du Nouveau-Branswieck à celles de la Colombie Anglaise Fa SACS LEE

et FRRISANSRE RER dans le nord de notre province. On

en compte jusqu’à vingt-cinq en arrière des paroisses de : FA Saint-Raymond et de Saint-Gabriel, dans un petit espace si de cent milles carrés à peine. Lorsqu’à la suite de la ï ch période glacière, qui couvrit jadis la plus grande partie de |

di globe et qui dura plusieurs milliers dé siècles, le les,

UV

continent nord-amérieain émergea petit à petit de son

linceul de glace, il se montra avec de terribles blessures les ce dtes :

enfoncées, le dos trouëé en mains endroits, son ol

épaisse croûte entamée et lacérée dans les parties les plus

vulnérables. C’est dans ces blessures restées béantes que ah la glace s’arrèta, s ’engouffra, se fondit et f “ma les lacs a

qui ont pris, dans la suite des temps, avec l'apparition

des Canadiens sur le sol qu'ils habitent, les noms divers

et infiniment nombreux que l’on voit sur les cartes. Ce

sont eux pour la plupart que nous sillonnons encore

aujourd'hui, comme le faisaient nos pères, dans de frèles

canots d’écorce, en chantonnant des refrains canadiens re

sans nous douter que cinquaute mille siceles nous con

templent !

Les lacs forment les étapes successives de ce pays si

sauvage ct si magnifique. Et voyez par quel étrange

effet d’une destinée sans doute préconçue, presque tous

ces lacs se trouvent sur le parcours même de la ligne,

Je parle des principaux d’entre eux, de ceux qui ont un

nom, car le nombre des lacs minuscules, éparpillés çà et

là à une distance plus ou moins grande de la voie ferrée,

est presque incalculable.

Voici d’abord le lac Saint-Joseph, le premier sur la liste, à 24 milles de Québec. Cet endroit était absolument

désert avant le passage du chemin de fer, et, aujourd’hui,

l’on y voit tout un village groupé autour d’une scierie

importante et présentant le plus riant aspect, avec ses

maiscnnettes et ses villas pittoresquement distribuees,

suivant les complaisances d’un terrain rempli d’aimables

accidents. Ajoutons un service régulier de bateaux-à-

vapeur, expressément pour les touristes, et de ravissantes

habitations, dissimulées dans ies bosquets touffus qui

; bordent la rive et qui donnent, durant la belle saison,

l'ombrage, la fraîcheur et le repos aux élégantes citadin :

fatiguées d’éblouir.

pays si étrange que tous la ligne, ai ont un lés çà et

ie ferrée,

ier sur la bsolument ajourd’hui, ane scierie t, avec sCs distribuees, d’aimables bateaux-àravissantes uffus qui Ile saison,

s citadin 3

Le Lac Saint-Joseph est aujourd’hui l’un des endroits les plus connus et les mieux fréquentés de toutes les stations de villégiature. IL est de plus en plus populaire et augmente rapidement tous les ans.

C'était jadis une entreprise assez sérieuse à envisager que d'aller pêcher la truite au lac Saint-Joseph, et l’on en parlait comme d’une expédition lointaine qui pouvait permettre une foule de récits à moitié fabuleux, mais toujours piquants, comme savent en faire les grands “asportsmen.” Aujourd’hui, il n’y a plus moyen d’avoir l'air de venir de la mer de Hudson quand on ne vient que du lac Saint-Joseph. Il faut continuer son chemin et se rattraper sur d’autres lacs. Heureusement qu’il y en a de quo: fournir à des légendes de pêcheurs pendant au moins encore un quart de siècle !

Voici le petit lac Batiscan, le lac Pauvre, le Bon Lac, le lac Long, le lac Belle Vue, le lac des Îles, le lac Vert, le lae Vermillon, le lac Clair, le lac au Lard, le lac du Centre, encore un lac Long, le lac Belle Truite, le lac aux Rognons, le lac des Passes, et enfin le grand et superbe lac Edouard, qui a 18 milles de longueur et se trouve

À peu près À mi-chemin sur le parcours dela ligne.

Je voudrais bien connaître l’origine des noms de tous ces

lacs, afin de régaler mes lecteurs d’un plat d’érudition

sauvage ; mais cela est impossible. Ces noms ont été

donnés par le premier venu, tantôt par un simple chas-

seur où par un pêcheur encore plus simple, tantôt par un

arpenteur fatigué qui étire ses muscles sur le bord de

l'un d'eux, et qui l'appelle par conséquent lac Long, ou

bien, quis’est endormi en rond de chat, et qui l’appellera

lac Rond (il y a à peu près une vingtaine de lacs Long

et de lacs Rond dans toute la province, mais je crois tout

de même qu'il y à plus de lacs Rond.)

Pendant longtemps j'avais cru que le nom d’Edouard,

donné au grand lac que nous venons de mentionner, avait

été comme une sorte d'hommage fait au princes de Galles,

et quoique cette opinion fût assez accréditée, je n'étais

pas bien sûr du fait, et mon imagination est si facile À

troubler que j’enu éprouvais une perturbation véritable

dans mon fort intérieur. Enfin, en parcourant le rapport

insipide de l’exploration de 1878, je trouvai ce même

nom d’Edouard donné au lac, ct, de plus, son origine,

attribuée à un simple chasseur indien de Batisean, qui

avait l’insigne honneur de s'appeler Edouard, lui aussi,

tout comme le prince de Galles. Dès lors, je fus heureux.

Savoir que le lac Edouard tire son nom d'un chasseur

indien de Batiscan, quel bonheur ! O beauté des décou-

vertes ! O volupté de l’érudition !

e tous ces érudition ont été ple chas- Ôt par un bord de Long, ou Pappellera lacs Long crois tout

lV’'Edouard, nner, avait s de Galles, , je n'étais si facile à n véritable t le rapport i ce même on origine, tisean, qui lui aussi, us heureux.

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des décou-

Ce qu’il y a de singulier dans ces lacs, c'est que chacun d'eux à sin poisson propre, qui se distingue de celui des autres lacs par une nuance de la couleur du ventre, Ainsi dans l’un, la truite a le ventre blanc ; dans l’autre, elle a le ventre rouge ; dans un troisième, la truite sera toute verte ; dans un quatrième, il n’y aura que du poisson blanc ; ailleurs ce sera du bar, du touradi.,..; tout cela a été arrangé à dessein pour les différents goûts des gens et suivant les coulenrs qu’ils préfèrent. La Compagnie du chemin de fer n’y est pour rien : espérons que les pêcheurs sauront respecter cette distribution de la nature et ne s’amuseront pas à jeter une confusion inutile parmi les poissons des lacs, peut-être plus soucieux que Îles hommes de garder leurs couleurs.

J'ai dit que les laes qui bordent le parcours de la ligne regorgent de poisson. Ces lacs fournissent en cffet chaque semaine des milliers de livres de truite, dont une bonne partie vient sur nos marchés. On devrait en régulariser des expéditions vers les grands centres des Etats-Unis, là où la truite est un poisson de luxe et vaut cinq fuis le prix que nous en donnons. En attendant, un assez bon nombre de familles de journaliers de la ville vont camper sur les bords de ces lacs, pendant Phiver, et y trouvent,

dans la pêche seule, une subsistance suftisante.

Mais, d’un autre côté, il se fait à un véritable ravage ‘et une dépopulation des lacs auxquels il faut que le gouvernement mette un frein, en les affermant tous, sans miséricorde, et en élevant d'année en année le prix de

location, ce qui lui donnerait avant longtemps un revenu

digne de figurer dans le budjet ; il pourrait en consacrer une partie à augmenter le salaire des fonctionnaires irréprochables, une autre à payer les frais d’imprimeur des écrivains canadiens qui font connaître les régions nouvelles de leur pays, une dernière enfin à solder les frais de ne De dal voyage des ministres, dont la nécessité de mieux en mieux établie donne assurément droit à une allocation

spéciale.

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