CONTRÉES QU'ILS ARROSENT
La rivière Saguenay, appelée par les Indiens “ Pitchi-
tanichetz,” sort du lac Saint-Jean par un double canal dont un bras s’appelle la Grande Décharge, et l’autre la Petite Décharge. Ces deux bras, séparés par l’île d’ Alma, à la sortie du Lac, se rejoignent trois lieucs plus loin à commencent alors l’étonnante rivière Saguenay qui, dès son début, se précipite en cascades, en chutes et en idee une extrême violence, sur une longueur d’enviren douze lieues, et ne prend son cours uniforme et régulier qu’à sept milles au-dessus de Chicoutimi, pour le poursuivre
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ensuite jusqu’à Tadoussac, après avoir parcouru, en 8e dirigeant toujours vers l’est, une distance de quarante lieues. Sa largeur varie comme celle de toutes les rivières ; mais elle est rarement de moins d’un mille, tandis que, à ‘partir de la baie Ia! Ha! jusqu'à sa sortie dans le Saint-Laurent, elle est le plus souvent d’un mille et demi, et quelquefois de deux milles.
La mer y monte jusqu’à un endroit appelé Terre-Rompue, mais dont le véritable nom devrait être ‘“ Interrompue,” parce que la navigation n’est plus possible au delà. Cet endroit est à quatre-vingt-huit milles de l'embouchure du Saguenay ct à trente-cinq milles environ de la décharge du Lac ; les rapides et les cascades viennent y mourir après une site d’élans échevelés. Quant au cours du Saguenay, depuis Terre-Rompue jusqu’au Saint-Laurent, il est extrêmement rapide, et le reflux de la marée se
faitsentir jusqu’à plusieurs lieues au large du grand fleuve, en faisa. « dévier parfois la course des navires.
La rivière Saguenay cst un gouftre profond parfois de mille pieds, taillé en plain granit, au sein d'énormes entassements de montagnes, par un terrible cataclysme qui remonterait aux plus lointaines époques, si l’on peut s’en rapporter à l’attestation géologique, aux témoignages offerts par l’étonnante physonomie du sol, par l’image de “bouleversements répétés, par les épaisseurs profondes
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ci d’alluvion, de terre végétale, jetées comme au hasard, en te énormes amas, soulevées comme lesein même de l’océan tel dans la tempête, puis s’affaissant dans des ravins de cent, GS, deux cent, trois cents pieds de profondeur, tout cela ne brusquement et comme simultanément, sans cause expli- ® cable, si ce n’est par un épouvantable choc dans les entrailles de la terre et par le déchaînement des éléments wm- M quienfutlasuite. Iln’est pas de voyageur qui ne se Mn- sente pris d'une sorte de frémissement, d’épouvante là. mystérieuse. en présence de ce sombre fleuve et de ses uvre formidables rives, à l’heure où le crépuscule grandissant rge s’épanche sur elles et où le bateau à vapeur, chargé urir de touristes émerveillés, rendus subitement silencieux, , du charmés et dominés à la fois, s’avance lentement vers ent, son embouchure, que semblent garder, avec un front se menaçant, de lourdes falaises sur lesquelles viennent ve, | se briser et se perdre les dernières lueurs du jour. Chaque branche d’arbre frissonuant alors dans le vent du soir devient un soureil qui se fronce, et dont l’ombrese projette au loin sur les flots du Saint-Laurentlui-même. Ce large manteau noir, qui descend des sommets hérissés, encore sas tout pleins des longs roulements du tonnerre, remplit ob l’âme d’une terreur que l'imagination grossit d’un cortége So de visions effroyables. A la vuc de cette rivière presque peut insondable, cnserrée, étreinte entre deux torses de BE montagnes qui ont l’air de se défier d’un bord À l’autre je d’un infranchissable abime, on se croit en face d’une ades
dernière ermpreinte du chaos, d’un dernier essai, ébauche
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viclente d’une formation arrêtée dans son cours, ét qui gronde, et qui s'irrite de ne pouvoir jarnais se compléter, d'attendre en vain l’œuvre patiente, mais sûre, du temps qui accorde son heure à tout ce qui existe.
Tes montagnes paraissent avoir été jetées là au hasard, comme dans une épouvantable mêlée où les combattants gont restés debout, foudroyés sur place. Dans ces entatgements inforrnes on respire comme un souffle encore tout récent de cataclysme, et bien des siècles encore passeront sans rien enlever à cette nature de son horreur tragique. Tout y tremble de l'entrechoquement, de la fureur des éléments repoussés dans leur essor : on 8e sent, en pénétrant dans ce chaos immobilisé, aussi petit que l’atôme, et l’on a comme une secrète terreur d’y être englouti sans retour.
Quand le Saguenay, jusqu'alors ignoré eur la carte du monde, s'est précipité pour la première fois dans cette gigantesque crevasse de mille pieds de profondeur, quand il entra pour la première fois dans ce lit bouleversé où les gouffres ne faisaient que de s’entr'ouvrir, ce dut être avec un bruit qui fit trembler au loin la terre ; il dut y plonger en bondissant, mugir avec des bruits d’abime dans le chaos, ot ses eanx, durant de longues, bien longues suites de siècles, ascaladèrent sans doute de terribles sommets avant de conquérir enfin un niveau assuré et tranquille.
La rivière Saguenay, nous l'avons vu plus haut, débouche lans le fleuve Saint-Laurent, après avoir suivi an
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cours de quarante lisues environ dépuis sa sortie du iac Saint-Jean. Ce cours est sujet à des déviations, à des écarts répétés, grâce à la fréquence des pointes de rocher, des caps qui se projettent dans la rivière, qui lu détournent et la resserrent en précipitaut son allura. À on ernbouchure, flanquée do doux pointes, l'unc du côté ouest, la Pointe aux Bouleaux, l’autre, du côté est, la Pointe aux Vaches, on n’a pa trouver fond, dit M. Jouchette dans son ‘ Dictionnaire Topographique de la Province”, quoiqu'on ait jeté la sonde à une profondeur de près de deux nille pieds. Mais c'est Là une erreur qui s'est malheureusement beaucoup accréditée depuis in publication de cet excellent ouvrage. ILs3 sondages effectués an 1830 par le capitaine Bayfeld, de la marino royale d’Angleterre, ont, ilost vrai, corrigé les exazérations qi attribuaient À la rivière Saguenay une profondeur de quinze cent, de dix-huit cent et méme de deux mille pods en peus d’ur endroit, mais là masse du public a parsisté dans son erreur qui est devenu? aujourd'hui une sorte de tradition. On n'en à pas moins continué, nonobatans la démonstration scientifique du contraire, À croire que lo Saguenay est insondable. Or, la cnrte du capitaine Bayheld fait voir qu'à l'embouchure même du Saguenay, où, d’après la notion commune, où n'a pas trouvé fond à trois cent quarante brasses, la plus grande profondeur d’eau ne dépasse pas soïxante-saize (76) brasses, et qu’elle angmente successivement jusqu'à quatre-vingt-huit, cent et cent huit brasses, dans l’espacc de troisà quatre milles, en remontant
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la rivière, jusqu'à ce qu’elle atteigne sa plus grande profondeur, qui est de cent quarante-sept brasses, entre Passe-Pierre et l’ Anse Saint-Etienne, à environ cinq milles de Tadoussac. Du reste, la profondeur du Saguenay est extrêmement variable et change brusquement. Parfois elle ne dépasse pas dix brasses, et, quelques arpents à peine plus loin, elle atteint jusqu'à 80, cent brasses, et même plus de cent brasses. LA où la profondeur est la plus constanteet se maintient le plus uniformément, c’est entre le cap Eternité ct la Descente des Femmes ; elle ve plus
d’une fois, dans le cours de cet espace, jusqu’à 146 brasses
et ne descend nulle part au-dessous de cent. Le cap Eternité est à 39 milles de l'embouchure du Saguenay, et la Descente des Femmes à environ 47 milles.
Faisant suite à la l’ointe-aux-Bouleaux et la prolongeant jusqu’à deux milles dans le fleuve, s’avance une batture de roches, en forme de demi-lune, ouverte du côté de l’est. Dans les mers du printemps, ces rochers sont entièrement couverts, mais l’eau y est toujours agitée ; au bout de ces rochers il y a une petite île de sable que l’eau ne recouvre jamais ; cette île et les rochers forment ce qu’on appelle la Pointe et la Batture-aux-Alouettes.
Entre la Pointe-aux-Alouettes et la Pointe-Noire, laquelle fait face À Tadoussac, une large indentation, creusée dans le rivage, forme la baie Sainte-Catherine qui
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a une largeur d'environ deux milles et une profondeur d’eau variant de dix À soixante-dix brassos.
De l’autre côté de l'embouchure du Saguenay s’avance égalementdans le fleuve la Poiute-aux-Vaches, dont le nom vient du walrus (morse), animal marin qui fréquentait autrefois «cs parages et auquel les Basques faisaient la chasse. Elle ost la partie la plus méridionale d’un bane de aabla formé par alluvion, sur lequel s'élève aujourd’hui le village de Tadoussac. Cette pointe et la Pointe-aux- Boulcaux sont formées d’un sol extrêmement fertile, composé de bancs énormes d’argile dont l’épaisseur est de trente à quarante pieds dans le dernier endroit, et va jusqu’à deux cents pieds dans le premier. Cette argile est remarquablement déliéc et contient beaucoup de chaux et un peu de fer.
Derrière la Pointe-aux-Vaches, aussitôt qu’on a dépassé l'embouchure du Saguenay, se présente le havre de Tadoussac, par le 48° degré, 6”, 4 F” de latitude nord, et le 69° degré, 13° de longitude ouest. Ce havre est formé par la pointe de l’Islet, qui le sépare du Saguenay au sud-ouest ct de la terre ferme au nord-est ; sa largeur est d'environ un tiers de mille et sa profondeur d’un demi mille, à marée basse. Il est très sur et protégé, par les montagnes environnantes, contre la plupart des vents qui règnent dans le Saint-Laurent. La mer y monte jusqu’à
| | ait une hauteur de vingt et un pieds ; l’hiver, la glace s’y de ce ba
| | qu forme plus tard et, le printemps, disparaît plus tôt qu’à des bloc
Québec, grâce à la profondeur de l’eau qui est beaucoup serviraie
jai qi plus salée en cet endroit qu’elle ne l’est sur la rive opposée suscentil |
(Il à - À If du fleuve, et à la prédominance des vents de nord-ouest DE peine d'à
qui poussent vers la rive sud tous les fragments de glace
Îl qui se forment à l'embouchure des rivières d’eau douce.
Il Faisons remarquer ici en passant que les vents du nord-
, fl est et du nord-ouest se font sentir presque à l'exclusion de La déc
JA pe tous autres sur la rivière Saguenay ; le dernier surtout d'être cho
souffle parfois avec une extrôme violence. Quant aux Meet endre
Ll autres vents, ils y sont à peine perceptibles. royale fra
se déchar
III marbre qu 1 AVS est p il Si on laisse le havre de Tadoussac et qu on tourne le fBqu'il fut t Lf précipice argileux de la Pointe-aux-Vaches, en côtoyant Mavoisinant (el. | le littoral du fleuve, on ne tarde pas à pénétrer dans une Onap |A petite baie au fond de laquelle coule le ruisseau du moulin
broyé pou \ . . .
Baude, à environ trois milles de Tadoussac. Fi
C’est au fond de cette baie que se trouve le fameux arbonate
banc de marbre dont il a été tant parlé pendant un temps. BBranit ou
Ce banc est dans une position presque verticale et s’élève Mn ne pe
À une hauteur de cent cinquante pieds. Il repose enualité ex
. . . .,e ) Ù CES contact immédiat avec du gneiss syénitique et quelque-Butres qu’i
fois se mêle avec lui, mais généralement il est pur etfomme le &
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de tonneaux,” dit un voyageur qui était allé faire l’examen Beaucoup Il
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de ce banc dès 1826. ‘On pourruit en extraire, je pense, des blocs parfaits de quinze à vingt pieds de long, qui serviraient à l’ornement des édifices ; mais il n’est pas susceptible d’un poli bien fin ; cependant il vaut fort la
peine d’être exploité.
La découverte du marbre au moulin Baude est loin d’être chose nouvelle. En 1726, Charlevoix mouilla en cet endroit dans le Chameau, vaisseau de la marine royale française, et mit pied à terre au petit ruisseau qui se décharge dans le fond de la baie. (C’est au banc de marbre qu’il fait peut-être allusion lorsqu'il dit ‘ tout ce ays est plein de marbre ; ”” mais il est plutôt probable qu'il fut trompé par la blancheur de la surface des rochers avoisinants.
On à pris un jour ce marbre pour du gypse, on l’a broyé pour en faire du ciment et l'opération a parfaiteent réussi. Il n’y à pas de dote qu'il ne soit un arbonate de chaux très pur, ct son association avec le pranit ou le gneiss le range parmi les marbres primitifs. Dn ne peut cependant le regarder comme étant d’une qualité excellente, et ce pour plusieurs raisons, entre autres qu’il est disposé en lames, ct non pas en grains, omme le sont les marbres d’Italie, ce qui leur permet être aisément taillés en tous sens et augmente de eaucoup leur prix. Mais tel qu'il est, néanmoins, grâce
Le ‘dité rès cour à sa translucidité et à son éclatant: blancheur, adoucie Lo
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par une nuance de rose tendre, il peut servir aux objet:l” ‘e’do;
untipert d'ornement, tels que vases, lampes, ete., et être employik Juniperu
comme un des matériaux les plus économiques et le:
, é plus durables. Quant au gneiïss et au granite syénitique : | avec lequel il est en contact, c’est une formation qui est} (h commune à la double chaîne de montagnes qui borde le - ll | Saguenay de chaque côté, et à celle qui longe la rive sud} | Le pre pe du lac Kenogami. Sur le rivage, à l’embouchure du Henn His Saguenay, on aperçoit en outre de petits dépôts de fa l'emboucl q Lu magnétique. ‘ La Bou | arrondie.
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(L Les gigantesques rochers de granit qui s'élèvent dt
| sein de la rivière apparaissent souvent comme des falaiselours et | ort courai
} . + p (LÀ presque perpendiculaires dont les sommets sont stérile | ations lut
[RL en quelques endroits entièrement nus, et, dans ce cas, ll
lancheur de leur surface, causée par la décompositiol" bon re
ontre le v
commencée du feldspath qu'ils renferment, les fai
ressembler à dela pierre calcaire. Ils paraissent ausiauteur d
souvent d’une couleur enfumée ou noirâtre, et montrent®æ &t11
| d ‘ " LA LI 1 ls LV ‘ ‘ L | fleur d’eau une barre ferrugineuse rouge. A partir dE co nn. e montre
je oi (ai Tadoussac, et en remontant la rivière, sur une longue | } (l
1 nr ? si & 14 ? :
de trente milles, ces rochers, tous escarpés at d’une grandÿ, ns 1
élévation, présentent invariablement la même forn
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mammaire, les mêmes sommets arrondis. Dans le creul, 4, ] VS ÿLe,
de ces rochers désolés on remarque quelques pins et sapil
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dc rès courts, des groseillers sauvages, des bleuets et une Morte de genièvre que les botanistes appellent savamment
objets nployt et les
Juniperus sabin«.
nitique L2
qui est LA BOULE
orde le Le premier de ces rochers qui frappe particulièrement
[n rpo'ar 1h { ? 1 1 le regard, dès qu'on à dépassé d'environ trois milles.
ive sul ure du
ad l'embouchure du $Saguanay, est celui qu’on appelle
‘ La Boule,” nom qui lui à été donné à cause de sa forme arrondie. . Assis sur une base gigantesque et formant une spèee de cap à l'extrémité d’une succession de rochers ui atteignent jusqu’à quinze cents pieds de hauteur, il
vent du avance considérablement dans la rivière, en rétrécit le:
falaise stériles
ours ét y occasionne par suite, au reflux des eaux, un
ort courant et un remous contre lequel les petites embarations luttent difficilement ; mais, en revanche, il offre
e cas, li ipositio" bon refuge aux bâtiments qui cherchent à s’abriter les fa
nt aus
bontre le vent le nord-ouest. La marée + atteint une bauteur de dix-huit pieds.
ontrenti ss N . in , C'est à La Boule qu'ont été observées pour la première
partir dois ces niasses singulières "ADD, sorte d’ : asses singulières de trapp, sorte d’agrégat qui
neueule montr quefoi ? j ong e montre quelquefois sous forme de veines, d’autrefois en
rand hes internos i i Le gr jouches interposées et irrégulières, mais le plus souvent e forn 11 mor à G 1 \ f L ; ceaux isolés. ITest fr ès Ë Test fréquemment très-magnétique ;
s le cret . ’ Mu reste, l’eau douce qu’on trouve à La Boule est forte-
et sa pit imprégné : ee P'ncnt imprégnée de fer. Observons ici en passant que
im se 2 ue meme. sms mme dd Be pm. O0 à = cipee mes ne men np © à
Fasnect trappéen est commun à presque toute la forma: tion montagneuse du territoire du Saguenay, et que là où le trapp abondle, le terrain est plus épaissement boisé que lorsque c’est le syéuite ; ajoutons aussi que le fer est fréquemment répandu dans toute cette région; c’est ce
que les arpenteurs ont observé à plusieurs reprises par les f
variations de l'aiguille aimantée, variations qui ont été parfois d'un degré, 80 minutes.