THEORIE DE LA COLONISATION
La construction d’une voie ferrée comme celle du Grand Nord n’est pas une de ces entreprises de pur lucre et de compétition commerciale comme il en naît tous les jours dans le cerveau des spéculateurs américains. C’est, sous des apparences très modestes, une conception colossale, dont nul me peut calculer les résultats, parce que l'établissement de la plus vaste portion de notre territoire et l'avenir de toute une nationalité s’y confondent.— C'est le nord, en somme, qui est le fondement et la charpente osseuse de notre superbe province. De ce côté-là, le domaine bas-canadien est illimité ; il ne s'arrête qu'à la zone ‘arouche où toute végétation devient impossible, et, avant d'y parvenir, il faut franchir plusieurs centaines de milles d’une contrée presque déserte encore, mais dont les deux-tiers au moins peuvent donner à l’homme
généreusement en récompens? de ses efforts.
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Nous sommes done ici en présence d’une entreprise qui a bien plutôt un caractère national qu’un caractère de spéculation privée : cela étant admis, on conviendra que cette entreprise doit s'inspirer de certains principes ct ètre conduite d’après une méthode et suivant des considérations d'intérêt géncral.--Qu'on porte ses regards gines de chacun des établissements successifs de notre province, on verra que la colonisation, suivant une murche naturelle et logique, a toujours commencé le
long des rivières. Des les premiers temps de notre
histoire, elle s’effectue d’abord le long des rives du
St-Laurent, et alors qu'il n’y avait pas une âme à vingt
milles seulement dans l’intérieur, en arrière de Montréal, la ville de Détroit était fondée, sur la rivière de ce nom,
à deux cents lieues plus loin. De nos jours, lorsqu’on
eût jeté les bases des premières colonies qui s'étendent au nord du fleuve, en arrière des anciennes paroisses,
c’est sur les bords de la Rouge et de la Lièvre que les
colons se sont portés en premier lieu. Le choix passer une voic ferrée, dans le nord de la province, doit être le fruit d’une conception raisonnée, d’un plan réfléchi, basé sur la nature des choses, sur le cours que devra prendre de son côté la colonisation. Or ce cours semble tout indiqué d'avance,
de la route où devra
Il est celui que suivent les nombreux afHuents qui viennent äpporter le tribut de leurs eaux, soit au fleuve St-Laurent, soit à l'Outaouais, soit au St-Maurice.
es affluents, de dimensions très variables, forment dans leur ensemble l’admi-
LE SAGULNAY
rable système auquel notre pays doit d’être l’un des mieux
arrosés de la terre. Traversés par une voie ferrée, ils lui
apporteront l’aliment et la vie, et l’aideront puisamment,
avec le concours d’embranchements «divers, À distribuer
partout le mouvement et le commerce.
Au moyen du chemin de fer, les nouveaux colons
communiquent avec ceux qui sont déjà établis le long
des cours d’eau. Ces dernicrs, suivant une loi constante
et facile à suivre dans le développement de la province,
abandonnent petit à petit leurs établissements pour faire
place à d’autres colons, et s’acheminent vers l’intérieur jus-
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res, près de la voie ferrée où ils s'arrêtent et fondent de
nouveaux foyers. Plus tard, les colons qui habitent À
proximité du chemin de fer, poussés par le même besoin
en quelque sorte fatal d’émigrer au delà, s’enfoncent
encore davantage dans l’intérieur, jusqu’à ce qu’enfin ils
soient rendus aux sources mêmes des rivières. Là, on
peut le dire, la colonisation, si elle ne prend pas virtucl-
sent fin. subit du moins un temps d’arrêt qui s'étend À en =
plusieurs générations.