QUATRIÈME LETTRE
Hébertville, 26 Août.
Me voilà de nouvean revenu à Hébertville, et, cette fois, je suis l'hôte d’un brave et intelligent cultivateur de léndroit, M. Charles Drapeau. Ce monsieur est un des premiers colons dé là localité ét posséde un excellent établissement. sûr un magnifique plateau «d'où la vue s'étend sur la fivière des Aulnaies ét le lac Kinogatnishish.
M: Drapeau est l’homme de confiance du gouvernement de Québec et pendant plusieurs anniées il a dirigé et surveillé les travaux de colonisation. Ce mon- Siéur nous a actompaghé jusqu'au township Normandin et il Compte bien venir avéc nous jusqu'à Chicoutimi. J'aurai le plaisir de faire route ent sa compagnie.
En arrivant avant hier soir à la Pointe bleue, il y eut assemblée des habitants de la localité, M. Beauét âdressa la pâtolé à $es électeurs et fut suivi pat d'Hon. Robertson, M. Ross, M. Méssiah et M. de Là- Bruère, Après les discours, une adresse très bien rédigée fut préséntée au député du comté, à l'Hon. Trésotiér et à M. Ross, par un notable de l’endroït.
Hier matin nous prîmes congé de l’hospitalier M. Mayñard pour venir coucher à Hébertville Nous tétidimés aussi visite au Révd. M. Lizotte, curé du dieu. Après avoit échangé unie poignée de main au poste de Métabetchouan avec M. Flanigan, nous atréâmes de fouveau, en passant, chez le Révd. M. Valdée à StJérôme, Par une heureuse coincidence c'était
l'anniversaire de la naissance du curé et nous fûmes témoins d’un témoignage touchant d'affection de la part des enfants d'école de la localité qui vinrent saluer en M. Vallée un pasteur zélé et un bon père. :
Ces enfants avaient une excellente tenue et font honneur à l’institutrice qui les dirige.
En parlant d'enfants nous en profiterons pour remarquer que, dans le Saguenay comme ailleurs, nous avons pu constater la fécondité de la race canadienne française. Lorsque nos voitures passaient devant une: maison, de nombreuses petites têtes blondes, aux joues. jofflues, se montraient à la fenêtre ou sur le perron.. Nous en comptions régulièrement de six à dix par maison, et leur âge indiquait qu'ils ne seraient point les derniers de la famille.
On croit que le prochain recensement constater une population de 50,000 âmes dans le territoire dw Saguenay et la Vallée du lac St Jean, Elle était de- 16,579 en 1861 et de 22,980 en 1871. Ce n'est qu'um commencement, car ce vaste domaine peut nourrir plusieurs cent mille habitants, et la progression naturelle de la population fournira dans l'avenir un fort contingent, indépendemment, des nouvelles familles. qui viendront s'ajouter aux anciennes.
J'ai remarqué aussi que les colons paraissent généralement jeunes, robustes ; et c’est précisement la classe d'hommes qu'il faut pour se livrer aux rudes travaux du défrichement, Seulement je crainds qu’un
. nombre assez grand de ces cultivateurs n'aient point
toute la diligence nécessaire pour faire disparaître la forêt et ensemencer les champs à bonne heure, Les moissons étaient peu avancées et indiquaient qu'on était en retard. Ce retard m'’a-t-on dit, est attribué
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aux pluies du printemps qui ont empêché les semences à bonne heure, Je veux bien le croire; néanmoins on m'a avoué qu'on ne travaillait point avec autant de diligence que dans les ancisnnès paroisses, et cela proviendrait du fait suivant, Il y a quelques
années beaucoup de colons passaient l'hiver à travail-
ler dans les chantiers et ne revenaient qu'à la fin du printemps. De la sorte ils ne pouvaient ensemencer leurs terres que tard, et ils ont conservé un reste d’habitude qui ne pourra que leur nuire. Le sol est beau et bon; mais là comme ailleurs il faut un travail soutenu et ne pas laisser à la Providence le soin de tout faire,