‹ Le Sahara algérienChapitre 80 sur 92 · CIRCONSCRIPTION DE TID1KELT · texte numérisé non relu

CIRCONSCRIPTION DE TID1KELT

Ses principaux villages sont :

Tekaberten ,

Tsabit ,

El Ma’ïz ,

Sba ( fabrique de poudre ) , Touat,

Timmi ,

Ouled Rached ,

Mtarfa ,

Tinilat ,

Bouda ,

Titaouïn,

Titaf ,

Oufran ,

Azguemir,

Temantid ,

El H'ebela ,

ouest.

CIRCONSCRIPTION DE TIDIRELT.

Cette circonscription est à elle seule plus grande que les quatre autres. Son chef-lieu est Insalalé, et non pas A'ïn Salah' ( la fontaine des saints), comme l’écrivent presque tous les auteurs. L’assentiment général des gens du Touat et des voyageurs arabes ne nous laisse aucun doute à ce sujet. Ils nous ont également affirmé qu’il n’existe point de ville du nom de Tidikelt. C’est une erreur générale à relever : on a pris le nom de la circonscription pour un nom de ville.

Insalah' est une ville de cinq ou six cents maisons et, par exception , sans muraille d’enceinte. Les Arabes donnent pour raison de cette anomalie , qu’étant , par sa position , en relation continuelle avec les Touareg , elle est assez forte de cette alliance pour ne rien redouter de ses ennemis. Ses guerres se bornent en effet à quelques coups de main tentés sur les troupeaux de la circonscription par les Chamba de Gueléa, d’Ouargla et de Mettili , et réciproquement ; mais ces échauffourées ne durent jamais plus de cinq ou six jours. Si les Chamba deviennent trop menaçants, on leur achète, à prix d’argent, une paix qu’ils ont toujours intérêt à conclure pour rétablir leurs relations de commerce. A vingt-trois lieues ouest environ d’Insalalf se trouve A’oulef, qui semble comme une seconde capitale de la circonscription. C’est une ville de quelques centaines de maisons, et le lieu de résidence de l’un des chefs principaux du pays nommé Moula H'aïba.

Les tribus qui campent dans le Tidikelt sont :

El Khouari,

Ouled Bou H'ammou,

Ouled Zenan,

Ouled Khelifa,

Ouled Mokhtar,

Ouled H'ami A’ïça,

et, tout à fait au sud, une fraction des Touareg nommée : Touareg el Beïd.

Propriétaires de dattiers, de jardins et de maisons

CIRCONSCRIPTION DE TIDIKELT.

dans les Wour où elles déposent leurs grains , ces tribus sont liées d’intérêts à la circonscription entière et prennent parti dans ses guerres. Campées les trois quarts de l’année dans le lieu habituel de leurs stations, elles ne s’en éloignent qu’au printemps pour faire paître leurs troupeaux. Encore ne vont-elles jamais à plus de quinze ou vingt lieues.

C’est dans le Tidikelt surtout que se fait sentir la puissance de l’aristocratie de race; ainsi qu’il est facile de se l’expliquer par ce que nous en avons déjà dit, les habitants des k'sour et du chef-lieu, qui reçoivent de première main les esclaves du Soudan , sont de sang très-mèlé et beaucoup tout à fait nègres. Les tribus arabes, qui partagent avec eux le même territoire, au contraire , usent plus sobrement des négresses , par un instinct de respect pour leur sang, et dominent le pays. Tous les chefs de la djema’ sont Arabes et commandent absolument. Les deux chefs les plus puissants sont, avec Moula iTaïba qui, réside à À’oulef, H'amoud Ould Bou Djouda et Ffadj Alémed Ould Ben Mokbtar, qui résident à Insalalé.

Le costume de cette circonscription n’est pas tout à fait celui des autres : les hommes portent une léabaïa, espèce de robe faite en saïe , de couleur noire , des culottes comme les Européens, et une ceinture noire. Comme les Touareg , leurs voisins , les plus nobles se voilent tout le visage excepté les yeux , à la manière des Mauresques avec une pièce d’étoffe noire. Si nous

294 D’ALGER A INSALAH'.

en croyons les Arabes, un sentiment exagéré de leur dignité les ferait se voiler ainsi devant le vulgaire et même devant leurs femmes qui, elles, vont la figure découverte. Quoi qu’il en soit, ils tiennent cette coutume des Touareg. Les femmes portent le costume de Timimoun.

Insalah' est dominée au sud par des mamelons plantés en vergers, où la population, le soir oisive, va prendre le frais après souper , et danser au son de la flûte en roseau et des tambourins. Des improvisateurs arabes égaient ces fêtes quotidiennes de leurs chansons.

Les principaux villages de cette circonscription, sont :

Fougaret ez Zoua, \

Zaouïet Sid el H'adj K';

Sala el Fouk'anïa ,

Sala et Tahatanïa ,

H'assi el H'adj er,

Melïana ,

Gousten ,

Insalah',

K'sar el Ar'a ,

Ouled Bel K'acem ,

Akhbour,

Ouled el H'adj ,

Der'amcha ,

Agabli ,

Teid ,

Sidi Bou Na’ma ,

Zaouïet Moula Haïba ,

A’oulef,

Inr'er,

CIRCONSCRIPTION DE TIDIKELT.

Agabli , dont tant de voyageurs ont parlé, est le plus au sud de tous ces villages. Il est habité par des marabout' qui se disent clierifs , et qui sont très-riches en troupeaux, en dattiers, et très-grands en influence. Ils se livrent au commerce et organisent des caravanes pour Timbek'tou.

Le territoire de Tidikelt est, autour des k'sour, bien planté, bien arrosé, et, sur certains points, se trouvent même quelques terres propres à la culture des céréales. On y récolte un peu de blé et d’orge , du millet (bechna) du blé de Turquie (seboulet ed d'ra’), des fèves, des pois chiches, etc.; mais les principaux éléments du bien-être de la population lui sont apportés par son commerce.

Les tribus arabes qui fréquentent les marchés du Tidikelt sont , pour le sud :

Les Touareg de Sekmaren.

— de Djebel h'oggar.

— de Djebel azeguer.

Ils y apportent : des chamelles, des ânes, des dépouilles d’autruches, des esclaves, de l’ivoire, de la poudre d’or. Les Ouled Sid el Bekri (du Djebel Foukas), y apportent les mêmes marchandises, à peu près, et n’en emportent que des dattes et des vêtements de laine.

Pour l’est : les Chamba de Gueléa et de Metlili, qui y apportent des chevaux, des bernous, des robes de

laine (h'abaia), des pioches, etc., et en emportent des nègres, des plumes d’autruche.

Les gens de iVdamês , qui y apportent des saie , étoffes noires venues du Soudan, des épiceries, des calicots, de la quincaillerie, des armes qui viennent de Tunis.

Ils en emportent de la poudre d’or, des dents d’éléphant, des nègres, dont ils trafiqueront avec Tunis et Tripoli.

Timimoun et Insalalf sont deux grands entrepôts où les marchandises s’accumulent par l’est et par l’ouest, apportées par les tributs nomades de Tunis, d’un côté, et des ports du Maroc, de l’autre, et s’écoulent avec les caravanes de Fez jusqu’à Timbek'tou et dans tout le Soudan .

Alger fournissait autrefois beaucoup au Touat; elle avait cet avantage sur Oran et Tlemcen qu’elle était facilement approvisionnée par l’Égypte, Tunis, Livourne, Marseille, etc., tandis que ses concurrents ne trafiquaient guère que d’objets indigènes.

Alger expédiait surtout de la soie , du cuivre et des cotonnades.

A la faveur de la guerre, les Anglais ont accaparé tout ce commerce, qu’ils faisaient déjà par Souïra (Mogador), ïVbat, Tétouan ou Tanger. Maintenant que nos relations avec l’intérieur semblent tendre à se rétablir, c’est l’affaire d’une bonne politique et d’un grand intérêt de chercher à le rappeler à nous

CIRCONSCRIPTION DE TIDIKELT.

Il n’est pas hors de notre sujet de donner ici la nomenclature des objets que les caravanes emportent dans le Soudan, de ceux qu’elles en rapportent, et quelques notions sur la manière dont se font ces transactions commerciales.

TimbekTou et Djenné sont les deux grands entrepôts de l’ouest du Soudan. Presque tous les riches négociants de Fez y ont des succursales de leurs maisons de commerce, tenues par des chargés d’affaire, par des représentants intéressés qui, du Maroc, sont allés là chercher fortune. Ces blancs, du reste fort considérés, sont appelés par les nègres indigènes el a’neb elli ma tab ch (le raisin qui n’est pas mûr).

Les caravanes partent chargées des marchandises que l’on sait convenir au Soudan, et qui sont :

Des calicots qui viennent de Gibraltar ou de Livourne.

Des cotonnades anglaises.

Des draps.

Des bernous noirs, en laine et des draps communs.

Des bernous très-fins, en laine noire, bordés d’une bande de couleur en soie; ils viennent de Sous.

Des ceintures en soie , de Fez.

Des indiennes.

Du corail de Livourne et de Gibraltar.

De l’ambre qui vient d’Égypte.

Des pipes avec des bouts en ivoire, en ambre, en corail, en argent. Ces bouts de pipe se vendent au poids de l’or.

Du tabac en quantité.

D’ALGER A INSALAH'.

Des coquillages, qu’on appelle oud'a’, et qui, arrivés à Timbek'tou , seront de la monnaie.

De la verroterie, très- estimée , dont les nègres font des colliers pour eux, leurs femmes et leurs chevaux.

De la nacre.

Des pierres à feu et des briquets qui se vendent très-cher chaque pierre représente une valeur d’un franc.

Du cumin.

Du poivre noir qui vient des chrétiens.

Du sucre et du thé anglais. Les nègres ne boivent pas de café.

Des essences de Tunis.

Du musc , que l’on trouve dans le désert.

Des objets de harnachement arabe; les nègres fabriquent leurs selles avec des os d’éléphant et les recouvrent avec la peau du même animal.

Des peaux tannées de Fez et de Tafilalet.

Des soies de Fez, de Tunis ou d’Égypte.

Des noix muscades très-estimées.

Des sabres de Fez.

Des carabines d’un calibre énorme, d’un pouce de diamètre ; elles seront là-bas remises à mèche; elles ne serviront que pour la chasse des éléphants. Les guerres d’hommes à hommes se font avec des arcs et des flèches.

Des balles , de la grenaille.

Des chachïa de Fez.

Des fouta (mouchoirs) de soie de Fez.

Des k'aftan en drap rouge, de Fez.

CIRCONSCRIPTION DE TIDIKELT. 299

Des espèces de chemises en calicot , brodées de soie.

Des pelles , des pioches , des socs de charrues. Des chaussures jaunes (belr'a).

Des bottes de cavaliers (temmak').

Des chapelets du Maroc, en diverses matières. Des bracelets, des bagues.

Des épingles en cuivre , fabriquées exprès dans le Maroc.

Des couteaux ,

Des ciseaux ,

Des miroirs ,

Du papier,

Des aciers,

Des douros et de la monnaie d’Espagne qui seront échangés contre leur poids en or.

Ainsi chargée, armée et approvisionnée d’eau, de dattes, de farine, la caravane se met en route sous la conduite d’un chef unique, absolu comme un capitaine de navire à son bord, qui prend le nom de Cheikh el Rakfeb ; il est désigné par la caravane. Trente ou quarante vieux voyageurs expérimentés , que l’on appelle El Menaïr, guideront la marche ou la précéderont en éclaireurs pour s’assurer de l’intention des tribus et signaler les Touareg, ces éternels pillards, écumeurs du désert.

Cette masse mouvante, à laquelle les A’rib, les Daou Bêlai, les Ouled Delim, les Djakana, les Ouled Sidi Cheik, etc., ont loué des chameaux de transport, soit à prix d’argent, 80 douros de Timimoun à Timbek'tou,

anglais.

D’ALGER A INSALAH'.

soit moyennant une part dans les bénéfices, fera la boule de neige sur la route. En passant à Datt elle y prendra d’immenses quantités de sel gemme. Partout grossie par les voyageurs marchands qui attendent son passage, elle arrivera enfin à deux ou trois journées de Timbek'tou, où elle campera dans une forêt, et d’où elle expédiera, par portions, ses marchandises à la ville, non sans y payer un droit de douanes.

Les menus objets s’y vendent pour des ouda’, ces coquillages dont nous avons parlé et qui sont la petite monnaie du Soudan, ceux d’une valeur plus considérable s’échangent contre de la poudre d’or.

Les ouda’ du pays des chrétiens ne sont pas les seuls qui aient cours; on en pêche dans le Niger en y jetant des peaux de bœufs fraîchement dépouillés et que l’on en retire le lendemain , ramenant ainsi les coquillages qui s’v sont attachés pendant la nuit.

La chasse à la poudre d'or se fait dans les sables des bords du fleuve ou du désert; c’est là une des principales occupations des nègres. Bien lavée, bien épurée de tous corps étrangers, la poudre d’or se met, par poids convenu, celui de quinze douros d’Espagne à peu près, dans de petits sachets qui prennent le nom de serra, et dont chacun est estimé 20 000 ouda’.

Rentré à Fez, le serra vaut 1 80 douros.

Une charge de sel, deux cents kilogrammes environ, vaut, à TimbekÙou , un serra.

Une charge de tabac, 1 serra et demi.

CIRCONSCRIPTION DE TIDIKELT. 301

Un bernous, le poids en or de 2 douros d’Espagne, ce qui représente une valeur effective de 30 douros.

Cependant il y a hausse ou baisse , selon la quantité de marchandises apportées. Nous ne donnons là que le prix moyen .

La poudre d’or est quelquefois fondue en lingots, tirés ensuite en fils que l’on appelle el léamel et qui sont eux-mêmes échangés contre certains objets, ou contre des douros ou des pièces quelconques en argent que les gens de Timbeldtou estiment infiniment plus que l’or.

Après avoir vendu ses denrées, la caravane rapporte :

Des étoffes de coton fabriquées par les nègres , et qui n’ont pas plus de 6 pouces de largeur. Ces bandes cousues ensemble, dans le Maroc, font des vêtements peu coûteux , et qui durent trèslongtemps.

Des pièces d’étoffe en lin, fin comme de la soie; elles sont teintes en couleur bleue et se nomment doumaci; c’est un objet de luxe trèsrecherché par les femmes arabes.

De la gomme blanche, qui vient de l’intérieur, et que Ton appelle aourouar. Elle va toute en Angleterre par Souïra.

Une autre espèce de gomme moins blanche , que la caravane trouve sur sa route.

Des défenses d’éléphants, qui vont toutes en Angleterre par Souïra. Si Ton en croit les Arabes, elles sont en grande quantité et énormes.

Des dépouilles d’autruche.

D’ALGER A lNSALAIi'.

Du riz très-gros, rouge, dont on fait des provisions de voyage.

Du millet noir, appelé der'rnou.

Des noix de coco.

Un fruit qu’ils appellent k'aroub , et qui renferme une liqueur mielleuse.

Une matière odoriférante , appelée el adan , trèsestimée dans le Maroc ; elle est malléable comme de la cire; les riches s’en font des cadeaux.

De la cire brune très-estimée , qui sera fabriquée en bougie dans le Maroc , et qui se vendra au prix de 1 fr. 50 c. la livre.

Des nègres et des négresses fai ts prisonniers dans les guerres. Jeunes et vigoureux , ils valent 5 ou 6 douros par échange , sur les lieux ; arrivés dans les oasis du Sahara algérien, de 35 à 40, et gagnent en valeur à mesure qu’ils s’approchent de la mer.

Des fruits ( el alaledj ) , qui ressemblent à des glands , et dont le goût rappelle celui des noix muscades.

Des plats faits en peaux d’un animal que l’on appelle el meha , et qui semble être une espèce de buffle. Cette peau fraîche dépouillée, est taillée sur des moules en bois de la forme du vase que l’on veut obtenir, et, séchée au soleil, elle acquiert une grande dureté.

Tout cela s’achète par échange ou par ouda’.

La caravane revient comme elle est allée, mais en se vidant sur la route. Celles qui se dirigent du côté du Maroc prennent, avant d’arriver à Tafitalet, un sauf-

D’ALGER A INSALAH'.

conduit des principaux chefs des tribus berbères suivantes :

A’ït Atta.

A’ït H'ad Iddou.

A’ït Temer'at.

Et des tribus arabes :

Béni Mah'med.

Daou Bêlai.

Toutes ces marchandises prennent leur écoulement naturel vers les ports de la côte, et de là vers l’Europe, mais surtout vers l’Angleterre.

Nous traiterons plus spécialement cette question ailleurs ; mais , pressés par le temps , et forcés que nous sommes d’attendre des renseignements plus précis, nous nous bornerons ici à cet aperçu général.

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