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Le Saint-Maurice [microforme]

Cacouna, Malbaie, Kamouraska, Tadoussac, sont les places favorites des flaneurs durant la belle saison. Nos bateaux s’emplissent et le flot. des voyageurs descend et monte le St. Laurent comme une marée de gens poursuivis par l'ennui. Pourquoi plutôt ces places que d’autres ? Dansle bon vieux temps, lorsque des chaleurs intenses venaient nous écraser au sein des villes, on pouvait com. prendre cette passion des gens riches pour les rives du golfe St. Laurent. Mais à présent qu’il ne fait plus chaud dans iles villes, on grelotte à Cacouna, les dents nous claquent à Tadoussac, et si l’on descend plus bas, on court grand risque de geler complètement,

Non, ce n'est plus la crainte de la chaleur qui pousse vers le Golfe les gens riches et ceux qui tiennent à faire semblant de l’être. C'est en grande partie pour suivre le courant, pour marcher à la file comme les moutons de Panurge, et un peu pour avoir une occasion de distraction, un moment de répit aux affaires. Pour quelques-uns aussi, —il y en a de tous les goûts, —c'est un prétexte qu'ils saisissent aux cheveux pour allonger un peu la chaîne qui les attache au pôtean conjugal.

| 2 LE SAINT-MAURICE, De tels voyages ne devraient se faire que dans le double but de b réparer sa santé et d'apprendre du nouveau, d'acquérir des connais- 6 sances intéressantes. Dans ce cas, un voyage dans le St. Maurice d aura plus d'appas qu'une promenade à Cacouna. 6 Il serait injuste pour le moment de reprocher au public de ne ; : pas s'inquiéter davantage du St. Maurice. Les voies de communica- É “ tion sont insuffisantes pour satisfaire les exigences d’un public | voyageur. Mais ceux qui ont le courage de ne pas craindre quelques : "e jours de canot d’écorce, de barge ou de chaland et qui se donnent D la peine de visiter le territoire situé en arrière de nous, ceux-là | reviennent contents et contiants dans l'avenir de ce territoire. ti C’est ainsi que, grâce à une bienveillante et gracieuse invitation, à je ! nous avons fait le voyage de la Tuque en compagnie des plus | qi À aimables compagnons de France et de Navarre, quoiqu'il y eut un pa : descendant d’américain, un prussien, un irlandais et un canadien È n | de la vieille souche. : A C'était le ler Août que nous partions de Trois-Rivières. Il avait à m plu presque sans relâche durant les trois semaines précédentes ; fe | nous avions des craintes bien naturelles. Bénédictions de la Provi- ‘ ja | dence! Nous n'avons pas eu un grain de pluie sur la route. 25 # Tous ceux qui songent au chemin de fer des Piles—et qui n’y m '{ songe pas ?—savent que ce chemin a pour but de rattacher le St. k ù Laurent anx eaux navigables du St. Maurice au-dessus des grandes ) | Piles. Les Grandes Piles sont à dix ou onze lieues de Trois Rivières. É SO i Dans l'espace de ces dix ou onze lieues, la rivière est remplie de el | rapides et de chûtes qui rendent la navigation impossible, Il y a Ë se: d’abord à deux lieues de Trois Rivières la rapide des Forges, lit de É ga roches et de cailloux qui s'étend dans toute la largeur de la rivière, ; quelques arpents audessous des vieilles Forges St. Maurice. C'est À B: là, au pied de ce rapide, que le Petit-Poissou s'arrête pour frayer j les tous les hivers. À dé Un peu plus haut dans la rivière se trouve la Gabelle, puis la à i chûte des Grès, où M. Baptist a une grande scierie depuis plusieurs fig | années, La chute des Grès est assez forte. En remontant la rivière St | on arrive ensuite, après avoir passé l’Ile aux Tourtes et la Pointe pi à Chevalier, à la grande cataracte de Shawerigan, puis au rapide | des Hètres, à la chûte de la Grand’Mère, aux petites Piles et enfin le aux Grandes Piles où la navigation commence pour ne s’arrêter fa qu’à 70 milles plus hant, à la Tuque. (ie ai q

une belle promenade d’ailleurs. Après s’être habitué graduelle- 1 d ment à laisser Trois-Rivières, en passant par le Fort Tuyau, fau-

| En général, on se rend donc aux Grandes Piles en voiture. C’est

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bourg St. Antoine de notre ville, on arrive au côteau de sable qui est à la fois Bois de Boulogne et Pelouse de Longchamps, bocage d’amusement et champ de courses. Quand donc la ville s’étendra-telle de ce côté ? Plus tard, lorsqu'elle aura pris de l'extension du côté de la rue des Champs. C’est égal, ilest consolant de sentir que nous sommes encore dans les limites de la cité, que nous sommes sous la protection de notre police et de nos pompiers, tant que nous n'avons pas laissé la pierre-borne. Nous partons pour un long voyage à travers la forêt, qui sait si nous reviendrons? O pierre-borne, adieu !

Et nous voila dans Ste. Marguerite, sur ces coteaux où l’on cultive les bluets et les sapins secs. En été c’est le rendez-vous des jeunes filles qui aiment à cueillir des fruits et en hiver des gamins qui vont chercher du bois avec des chiens. Au demeurant jolis paysages qu’un peu de soin pourrait embellir beaucoup. Quand notre ville aura une population de 50,000, c’est ici que les riches bourgeois se bâtiront des résidences champêtres. La première maison sur ce chemin, après qu'on a quitté la ville est aujourd’hui fermée et abandonnée. C'est un pauvre vieillard qui l’habitait jadis. Né en Irlande, cet homme était venu en Canada à l'âge de 25 ou 30 ans. Après avoir amassé une modeste aisance, bien modeste, il s'ennuya de son pays et voulut y retourner. Il en était parti depuis une trentaine d'années. Arrivé à sa place natale, il ne s’y reconnaissait plus, tout était changé. Pas un ami qui se souvienne de lui. Il reprend presqu’aussitôt le chemin du Canada et vient mourir dans cette petite maison. [l avait dépensé toutes ses épargnes pour son voyage et il était trop âgé pour se mettre à gagner de l'argent. Il mourut de misère et de chagrin.

Nous tombons ensuite dans le fief St. Maurice qui est uni à la Banlieue pour les fins municipales et au comté de St. Maurice pour les élections parlementaires. Ce fief, comme celui de St. Etienne, dépendait autrefois des Forges. M. Mathew Bell possédait cette immense étendue de terre. Plus tard, M. P. B. Dumoulin acheta le fief St. Maurice et MM. Stuart et Porter le fief St. Etienne. Le fief St, Maurice, avec le poste des Forges, devra former bientôt une paroisse. Déjà il y a eu une chapelle aux Forges.

Voyez donc quelle activité, quelle fumée, quel branle-bras, c’est le poste des Forges. Tout marche, la fonderie, les fourneaux pour faire le charbon de bois, les hommes qui charroient la mine, d’autres qui vont au magasin, etc. Ce sont MM. McDougall qui ont ainsi ramené la vie et la prospérité. Tout s’en allait en ruines lorsqu’ils en ont fait l’acquisition pour une bagatelle. Tous les jours de nouvelles améliorations viennent donner un surcroit d’élan à

leur exploitation industrielle. C’est une famille patriarchale que la famille McDougall. Ils sont huit frères, tous hommes d'affaire et tirant sur la même corde avec un accord parfait. C’est à leur père, feu M. John McDougall, qu'ils doivent cette organisation parfaite. Le magasin en ville, les magasins des forges, l'exploitation des forges St. Maurice et des forges de l'Islet, tout cela fonctionne d’après une direction concertée, et toutes les affaires se font sous la raison sociale de ‘John McDougall & sons,” comme si les fils voulaient encore que l'ombre de leur père protège leur union.

St. Etienne! joli village, avec haute-ville et basseville, belle église en pierre toute flambante neuve. Un peu plus haut que le village on voit à droite la route qui conduit aux Grès. Là encore il y a un poste considérable de travaiileurs. Le moulin est bâti sur un des plus beaux pouvoirs d’eau qu’on puisse désirer. Au milieu de ce poste, M. J. Baptist est comme un roi, mais un roi tel qu’on en voit dans les contes de fées, un roi aimé, bienfaisant et juste pour tout le monde. Son trône ne sera jamais renversé par la Commune. Les terres ne sont pas bien bonnes à $t. Etienne. Le sable est généralement sec et peu fertile. A Shawenigan, le sable est plus frais et la moisson est meilleure. Il y a un joli village à St. Boniface aussi. L'église est construite sur le versant méridional d’une chaîne des Laurentides.

Plus haut que Shawenigan il y a encore une paroisse qui sera fondée dans un an. La place de l’église est marquée et le clocher de St. Mathieu s’élèvera bientôt au sein de la forêt. Au-dessus de St. Paulin surgit en même temps la paroisse de St. Alexis. Quelques jeunes gens de Montréal ont pris des terres entre St. Mathieu et St. Alexis, sur le bord du lac des Souris, et ils s'accordent à dire que la terre est excellente pour la colonisation. Dans le lac ils prennent du poisson autant qu’ils veulent. Voilà jusqu'où la colonisation a pénétré. Et dire qu'il y a vingt ans, il fallait un guide pour aller de Trois-Rivières à Shawenigan. Qui peut prévoir les développements que prendra le territoire du St. Maurice dans les vingt ans à venir ?

Ste. Flore vient à peine de naître et déjà c’est une belle paroisse. Presque toute la paroisse est formée par une vallée qui se trouve entre deux chaînes des Laurentides. Le sol est excellent. Il y a des côtes cependant, qui sont rudes à traverser, mais n'importe, nous sommes aux Grandes Piles avant six heures du soir.

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