‹ Le saint office considéré au point de vue de la piétéChapitre 180 sur 227 · PSALM. CXXV · texte numérisé non relu

PSALM. CXXV

^ PsALM. cxxxviii, Domine f probasti me. ^ PsALM, cxxxi, Mémento,

cœur le plus grand et le plus saint, pour la plus inconcevable de toutes les faveurs.

C'est ce qu'on doit se rappeler aussi dans la récitation privée. Il faut se reporter par la pensée dans les circonstances où il a été prononcé tout d'abord, en présence des grandes merveilles qu'il célèbre. Il faut penser que Marie vient d'être saluée pour la première fois Mère de Dieu, qu'elle porte dans son sein le trésor de la terre et du ciel, le prix de la rédemption du monde, ce que la toute -puissance divine pouvait faire de plus grand dans toute l'éternité. Il faut considérer que, tandis que le Verbe incarné repose en elle, TEsprit de Dieu l'éclairé et l'embrase surnaturellenent; que , connaissant et possédant seule en son sein Celui qui doit être à jamais l'objet des adorations de toute créature, elle se sent obligée de l'adorer et de le bénir à elle seule pour toutes les créatures ensemble ; enfin qu'en raison de l'union intime que sa divine maternité lui donne avec Jésus- Christ et avec ses membres, elle entre en partage de leurs sentiments; et que par conséquent c'est au nom de l'Eglise entière, de son chef comme de ses membres, qu'elle exprime son admiration et sa reconnaissance pour le grand œuvre que Dieu vient d'accomplir ^ Il est même bon de se rappeler les circonstances du temps et des lieux. Les liturgistes font remarquer que c'est au terme de son voyage à Hébron, probablement le soir, que Marie dut prononcer ce cantique; et d'ailleurs l'Incarnation, qui en est l'objet, s'est accomplie, suivant la manière de parler ordinaire aux auteurs sacrés, dan^ les derniers temps, et comme au couchant des siècles: Vergente mundi vespere '.En se transportant ainsi par la pensée dans les mêmes circonstances et sur le même théâtre que la très sainte Vierge, on entre plus aisément dans ses dispositions. On croit entendre cette mère des vivants nous dire au fond du cœur, comme le Dieu-Homme

* Beata Maria typus est Ecclesiae. S. Isid. in Alleg. nov. Test, ^ Hyin. Eccl. — Quia Ipsa Virgo In vespere mundi suo singulari as""sensu mundo succurrit perdito. V. Bed. 1. V, 0.

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qui vit en elle : Magnificate Dominum mecum, et exaltemus nomen ejus in idipsum ^ On se sent pressé de la seconder dans l'expression de sa reconnaissance, ou plutôt on est comme saisi par le même esprit ; et songeant à la part qu'on a dans les mystères qu'elle célèbre, on remercie du fond du cœur cette divine Vierge de s'être faite notre supplément et d'avoir payé d'avance une partie de notre dette, en exprimant pour nous, dans un langage si sublime, des sentiments que notre âme ne sutTit pas même à concevoir.

On peut considérer aussi le Magnificat comme l'expression des sentiments actuels de la très sainte Vierge au ciel. Rien de plus juste, assurément, que de se représenter cette auguste Reine , entourée de la cour céleste , répétant sans cesse devant Dieu, en son nom et au nom de tous ses [enfants, les mêmes actes d'admiration et de reconnais- , sance pour une grâce dont elle doit sentir mieux qu'ici-bas et proclamer plus que personne l'incompréhensible grandeur*.

Quoi qu'il en soit, un ecclésiastique ne saurait trop méditer ce divin cantique 3. S'il l'étudié bien, non seulement il y trouvera d'admirables sentiments de religion et de charité, mais il y découvrira le cœur de Marie tout entier, avec l'élévation, la pureté, la ferveur et toutes les perfections qui conviennent à la Mère d'un Dieu. Il y apprendra à estimer souverainement ce grand prodige de la charité divine dans la rédemption du monde ^. Il y verra surtout le modèle des dispositions dont il doit être pénétré à l'égard du sacerdoce et de ses augustes fonctions. Car le prêtre peut-il méconnaître que Dieu a fait,

^ PSALM. xxxin , 4.

2 Cf. Office de saint Félix de Valois, 20 nov. lect. VI, et saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, 1. V, c. xi.

^ On peut voir sur ce cantique : Bossuet, Élévations; L. Dupont, Méditations delà foi; Berthier, Réflexions spirituelles; P. Eudes, Le Cœur admirable de Marie. — Si l'on voulait un commentaire plus étendu, on pourrait consulter P. A. Phanellius, Exercitationes dormitantis animœ, p. II; Kut. Bensonius, Dissertationes et commentaria in canticum Magnificat; in -fol., et beaucoup d'autres mentionnés par Hipp. Maraccius, Bibliotheca Mariana. Romse , 1648.

^ Manifeste magnum est pietatis sacramentum , quod manifestatum est In carne, justificatum est in spiritu, apparuit augelis, prsedicatum est gentibus, creditum est in mundo , assumptum est in gloriâ. I Tm. ni, 16.

en lui aussi, de grandes choses , des merveilles de grâce, en le tirant de V abjection pour le mettre au rang des princes de son peuple ? Peut-ii oublier qu'à l'autel , d'où il descend el où il remontera bientôt, le Fils de Marie veut bien aussi se mettre entre ses mains et descendre dans son cœur? N'a-t-il pas sous les yeux une foule de prodiges opérés par son ministère : des cœurs superbes humiliés et convertis, des âmes faibles affermies dans le bien, des indigents ' rassasiés et enrichis, tous les vrais fidèles enfin, tous les dignes enfants d'Abraham bénis, affranchis, sanctifiés par la divine miséricorde ? Témoin et coopérateur de tant de merveilles que la très sainte Vierge n'apercevait que dans l'avenir, comment ne se sentirait-il pas le besoin d'entrer dans l'esprit de cette divine Mère et de réaliser en sa personne le vœu si juste et si pieux du grand docteur de Milan : Sit in singulis Mariœ anima ut magnificet Dominum ; sit in singulis spiritus Mariœ ut exsultet m Beo salutari suo * ?

En terminant, nous pouvons remarquer une analogie frappante entre cette Heure et celle de Laudes. De part et d'autre cinq psaumes et cinq antiennes; un capitule et une hymne, variables suivant les temps et les solennités; un cantique tiré des Evangiles, sur l'excellence et les effets de l'Incarnation; l'invocation des saints par des suffrages particuliers, aux fériés et aux fêtes d'un rang inférieur. Non seulement il y a une correspondance par-

^ s. Amb. m Luc. 1. II, no 26. — « Depuis que je suis religieux, a écrit le P. de Géramb, je n'ai jamais assisté aux oÉQces de l'Église, surtout les jours consacrés à la sainte Vierge, sans que le Magnificat ait exalté mon âme, sans qu'il ait réveillé en moi les plus douces pensées, les affections les plus tendres. Combien de fois ne me suis -je pas demandé à moi-même comment des lèvres d'une humble fille, née de parents pauvres, sans science et sans art , ont pu sortir des paroles si grandes , si sublimes , si divines; comment cette Vierge obscure, ignorée, qui jamais ne connut le monde, que le monde ne connut jamais, put savoir et prédire que le monde entier, que toutes les générations non seulement la connaîtraient , mais l'appelleraient heureuse, dès lors et dans tous les siècles 1 Et dacs le ravissement où me jetait un tel prodige , je ne pouvais assez remercier Dieu d'avoir permis que les hommes de bonne volonté trouvassent dans le Magnificat une des plus belles preuves prophétiques de cette religion que Jésus -Christ est venu apporter à la terre. » Pèlerinage à Jérusalem, Lett. XXXIV.

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