CHAPITRE II
Des Laudes.
Les Matines et les Laudes ne forment ensemble qu'une seule Heure : elles se succèdent d'ordinaire sans intervalle, et se terminent par une même conclusion. Néanmoins le passage d'une de ces parties à l'autre est marqué par la répétition du : JDeM5, in adjutorium. C'est le moment de se renouveler dans la ferveur, et il convient de chercher, dans les prières mêmes et dans le moment du jour auquel elles se rapportent, un sujet de pieux sentiments et de saintes considérations.
Nous avons dit que le jour est l'image aussi bien que l'élément de la vie. Les Laudes, destinées à être récitées aussitôt après minuit, doivent rendre les sentiments d'une âme qui entrerait dans le monde avec la vue de Dieu et de ses perfections. Elles doivent exprimer, par conséquent, les dispositions du Sauveur dans sa nativité , ou au début de sa vie glorieuse par la résurrection. Aussi est-ce ce qu'on remarque, surtout dans les Laudes des dimanches et des fêtes, dont nous nous occuperons uniquement : toutes les parties dont elles se composent tendent vers ce but, et l'on ne doit pas le perdre de vue dans la récitation.
Qu'on envisage Notre- Seigneur au sortir du tombeau, après les trois jours de sa sépulture, ou quittant le sein de son Père, la différence importe peu. Dans l'un et dans l'autre de ces mystères, Jésus-Christ nous apparaît animé des mêmes sentiments envers la majesté divine : de reconnaissance pour sa bonté , d'admiration pour ses grandeurs, de zèle pour sa gloire, en un mot, de toutes les dispositions que nous voyons exprimées dans cette partie de l'Office. Peut-être, cependant, le souvenir de la résurrection convient-il plus spécialement à des ecclésiastiques, soit parce que ce mystère donne l'idée d'une vie toute spirituelle et toute céleste, telle que doit être la vie des prêtres ou des anges ici- bas, soit parce qu'il rappelle à l'esprit les grands faits qui ont signalé la fondation de l'Eglise : la mission des apôtres , la descente du Saint-Esprit et la régénération du monde.
Avec le cantique, les psaumes de Laudes atteignent le nombre de huit, nombre des béatitudes, symbole de la vie du ciel; mais plusieurs de ces psaumes s'unissant en deux groupes, la somme se réduit à cinq. Ce sont, disent les commentateurs, comme les cinq victimes dont Dieu demandait l'offrande , chaque jour, aux chefs de son peuple ', et comme les cinq flambeaux des vierges sages, allumés pour la venue de l'Époux *. Ils peuvent rappeler aussi les cinq plaies du Sauveur, sources du fleuve de vie où nos sens doivent être purifiés, où notre âme a trouvé la grâce et le salut'. Considérons chacun d'eux en particulier, pour en bien voir l'objet et la signification.
Psaume xcxii. Dominus regnavit.
Le premier est un chant de louanges inspiré par la double merveille de la création et de la régénération du monde. En quelques traits aussi magnifiques que rapides, le Psalmiste retrace la grandeur du Dieu créateur et ré-
■• NuM. vn.