PSALM. CL
premières et les plus vives exhortations du Psalmiste : Laudate Dominum in sanctis ejus^... Laus ejns in ecclesH Sanctorum. Hymnus omnibus sanctis ejus, populo appropinquanti sibi * ?
Cantique : Benedicius Dominus Deus.
Les antiennes, le capitule et l'hymne varient suivant rOffice et en prennent le caractère; mais c'est toujours le même cantique qui termine les Laudes, qui en fait le couronnement. Emprunté au saint Evangile, ce cantique nouveau que David semble annoncer dans le psaume précédent ', nous transporte tout à coup de la loi ancienne à la loi nouvelle, des promesses et des figures à l'Incarnation et à la présence réelle du Fils de Dieu sur la terre. L'un des derniers prêtres de l'ordre d'Aaron, le premier qui ait eu connaissance de l'avènement du Sauveur, célébrant dans vm langage sublime les grâces que le Rédempteur apporte avec lui sur la terre , exalte en même temps , avec un saint enthousiasme, la vocation de son fils, suscité par un prodige pour servir de précurseur au Fils du Très-Haut. Quoi de plus propre à toucher le cœur d'un ecclésiastique, appelé, comme saint Jean -Baptiste, à annoncer le Verbe fait chair, à enseigner aux hommes la science du salut et à conduire Içs pécheurs à la rédemption par la voie de la pénitence?
On rapporte dans la vie de M. Vianney, curé d'Ars *, que, revenant de l'ordination du sous-diaconat et chantant avec ses confrères ce cantique Benedicius, il prononçait ce verset : Et tu, puer, propheta Altissimi vocaberis..., avec un tel accent d'admiration, de reconnaissance et d'humilité, qu'il pénétrait de ses sentiments tous ceux qui l'entendaient. Nous avons connu aussi un ecclésias-
* PSALM. CXUX, 1.
* PsALM. cxLvin, 16. — Cf. Dubois, Vie de M. de Banei, 1. 1, Uv. VI, c. x,
^ Pbalm. CXUX, L
* Vie par M. Monnin, 1. 1 , 1. 1 , c. vni.
tique qui n'a jamais pu entendre ces paroles sans un tressaillement de cœur et sans un renouvellement sensible de la grâce de sa vocation : In sanctitate etjustitiâ *. Mais quand est-ce qu'un prêtre doit mieux sentir la grandeur et la sainteté de cette vocation qu'au moment où , se disposant par la prière à montera l'autel, il est près, non seulement devoir, comme Zacharie, le Dieu d'Israël se montrer à la terre et se dévouer pour son peuple, mais de produire lui-même ici-bas cet auguste Rédempteur, de l'offrir comme victime à son Père, de l'immoler pour le salut des hommes et de s'immoler avec lui par un même sacrifice et dans un même esprit ? Après l'antienne de Benedictus, on récite l'oraison ou la collecte. C'est comme la conclusion de l'Office; elle doit en résumer toutes les aspirations, et elle en contient tout le fruit. Elle se compose presque toujours de deux parties : l'une , très courte , où l'on rappelle incidemment le mystère ou le saint qu'on honore; l'autre, un peu moins brève, où l'on demande à Dieu une grâce spéciale , en rapport avec la solennité : Ut ibi nostra fixa sint corda, ubi vera suntgaudia ^. JJt et quœ agenda sunt videant et adimplenda qux viderint convalescant ^. Ut esse mereamur, et inter prospéra humiles, et inter adversa securi^. Ut quod humano ore dicitur, in tuis oculis essevaleamus^. Ut carne mortijicati/faciliuscœlestia capiamus, etc.. Communément on s'adresse au Père, parce qu'il est le principe de tout et que tout dérive de lui , même dans la Trinité; mais on ne l'invoque que par le Fils, selon la recommandation du Sauveur lui-même; et jamais
* Un religieux de Cîteanx vit un Jour, pendant le chant de ce cantique, une sorte de flamme briller sur la tête d'un autre religieux nommé Jean, et U la montra à son prieur. Celui-ci ayant appelé Jean après l'Office : « A quoi penslez-vous , lui dit -il, au moment où on a entonné le Beneàictusf — Je pensais, répondit le religieux, que si j'étais au ciel, Je ne cesserais de bénir ainsi Dieu avec les anges. — Et au yerset : Et tu, puer, quelle était votre pensée? — En ce moment, mon Père, le souvenir de saint Jean -Baptiste m'a tellement embrasé le cœur, que je ne pouvais contenir ma Joie. » Le prieur comprit alors ce que signifiait la flamme qu'il avait vue au-dessus de ce fervent religieux : Feliciàs ardebat Joannes intàs. — Les Saints de l'Ordre de Citeaux, par Ch, Renriqiiez,
^ Dom. IV, post Pasch.
^ Dom. intra Oct. Epiph.
* Eebd. I QvMd. in sabb, ^ Pro pastor.
on n'invoque directement le Saint-Esprit, parce qu'on le considère comme habitant dans l'Eglise et priant par l'organe de ses ministres.
La plupart de ces Oraisons ont pour auteurs les papes saint Grégoire le Grand ou saint Gélase *. C'est une des parties les plus admirables de l'Oflice ^. Elles sont inimitables, a-t-on dit avec raison, dans leur simplicité, leur brièveté, leur candeur et leur onction^.
Ainsi l'on voit une parfaite unité régner par tout l'Office. La conclusion répond au début, la collecte à l'invitatoire : c'est la même idée qui domine tout, et c'est vers un même but que tout converge.
Nous ne dirons rien ici des suffrages et des antiennes à la sainte Vierge, qu'on répète à l'Ortice du soir. Mais qu'on nous permette, à la fin de ces réflexions pratiques sur l'Office de la nuit, d'insister sur l'avis que nous avons déjà donné, de n'en pas trop retarder la récitation . Nous savons que l'Eglise laisse à cet égard une assez grande latitude, et que pourvu qu'on s'en acquitte avant d'offrir le saint sacrifice, on ne manque à aucune de ses règles; mais l'amour de l'ordre et l'estime de la prière demandent quelque chose déplus que les lois actuelles de la discipline. A parler en général, pour réciter convenablement cet Office et ne pas s'exposer à nuire à d'autres devoirs, il importe de s'en acquitter dès la veille et d'y consacrer les premiers moments libres.
Ce n'est pas que nous conseillions de joindre habituellement les Matines et les Laudes du lendemain aux Vêpres et aux Compiles du jour qui finit. Cette pratique aurait un inconvénient. La ferveur est d'autant plus difficile à soutenir qu'elle doit durer plus longtemps. On pourrait donc, en accumulant ainsi les prières, s'exposer à la fatigue, et par suite au dégoût, à la négligence et à la précipitation. D'ailleurs il n'est peut-être pas très facile de passer tout
' Wallaf. Strabon. de Reb. eccles, c. xxir.
* D. GtiÉRANGER, Inst. lit.
^ Elucet veteris Ecclesiae epirltus, elucet In rébus Ipsis apostollca quœdam gravitas , in sensu et In collocatlone verborum grata quœdam et pereplcua conclnnitas, adeo ut brevi compeiidio multa contineantur. 0. Bona, Ber. lilurg., II, v, 4. S. François de Sales aimait à les redire et à les citer. Amour de Dieu, III, 2, 3, 6. Cf. Pichenot, Collectes, 18C7.
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d'un coup des idées qui conviennent à un Office à celles qui sont exprimées par un autre. Il faudrait pour cela, ce semble, quelques moments d'intervalle et de réflexion.
Mais ce qu'on doit éviter surtout, c'est de renvoyer sans nécessité l'Office au dernier moment : il y a, au moins, periculum in mord. Si l'on donne au Bréviaire le temps que réclame le sommeil, ne sera-t-on pas exposé à le dire précipitamment, ou à abréger des exercices de piété auxquels on ne manque pas sans péril? Et si l'on attend au lendemain, ne se met-on pas dans une sorte de nécessité de célébrer la messe sans s'être acquitté de ce devoir, ou sans avoir donné à l'oraison un temps suffisant pour se disposer au divin sacrifice? Habitude déplorable, qui ne manque jamais d'avoir de funestes résultats * .
Un directeur de séminaire, fort zélé pour la pratique de l'oraison, et qui avait une grande expérience du ministère , insistait beaucoup sur cet avis. Il voulait qu'on ne manquât pas de dire Matines et Laudes la veille , et qu'on les commençât aussitôt que l'heure et les convenances le permettaient. Exemplaire en tout, il était làdessus d'une exactitude ponctuelle. Le moment venu , il disait comme le card. de Bérulle : Venit hora, et il rendait hommage à l'exactitude religieuse avec laquelle Notre- Seigneur s'est conformé aux moments fixés par son Père. Son principe était celui d'un ancien docteur : Ante tempus orare est providentia , et in tempore constituto obedientia : tempus autem prœterire est negligentia -,
1 Sacerdos celebratnras mlssam , praeriâ sacramentali confessione qnandô opns est, et saltem Matutino cum Laudibus absoluto, oratloni aliquantulùm vacet, etc. Rui. MissaJ. i. — En ceci encore, le saint OfiSce ressemble à la manne. Recneilll de bonne heure et pris à temps, cet aliment a tous les goûts et répond à tous les attraits; mais si on le néglige ou qu'on le prenne tard, on risque de le trouver altéré, sans saveur.
2 HuG. a S. ViCT. Expos. Regul. S. Aug. cap. m, sub init. — Yves de Chartres, dans une de ses Lettres, à Guillaume, abbé de Fécamp, gémit de l'Impossibilité où 11 se trouvait , presque chaque jour, de réciter l'Oflace aux heures marquées. — Saint Pierre Damlen, écrivant à l'abbé d'un monastère, ad Desiderivm Catinensem Abbatem, rapporte, sur la foi d'un de ses amis, AUard, prieur de Brème, qu'un évêque de Cologne, mort en excellente réputation , était apparu à un ecclésiastique et lui avait révélé qu'il souffrait en purgatoire un châtiment rigoureux, à
§ II
AD LAUDES Deus , in adjutorium...; Gloria Pairi, etc