‹ Le saint Rosaire [microforme] (volume 2)Chapitre 112 sur 115 · LE “PONT DES CHAPELETS · texte numérisé non relu

LE “PONT DES CHAPELETS

“En 1878, un événement qui tient du prodige, e!

auquel les nombreux témoins s’accordèrent à recon naître un caractère merveilleux, amena la dédicac

de la vieille église à Notre-Dame du Très Saint Rosaire, et marqua l’origine des pèlerinages.

“Un décret de Mgr l'Evêèque des Trois-Rivières ordonnait la construction d’une nouvelle église. Cette construction devait être suivie de la démolition du vieux temple. La pierre avait été préparée à Sainte- Angèle, de l'autre côté du fleuve. La transporter . par bateau eut été trop dispendieux, il fallait attendre l'hiver. Tous les dimanches, après la messe, on récitait le chapelet pour obtenir un pont de glace. Mais on avait beau prier, le fleuve demeurait toujours libre. Janvier et février étaient passés ; mars s'écoulait de même ; la saison des grands froids était finie : il semblait que l’on n'avait plus rien à espérer. M. Désilets fit alors le vœu que, si la sainte Vierge lui obtenait un pont de glace à cette saison avancée, il conserverait la vieille église pour la dédier, avec l'agrément de l’Ordinaire, au culte de Marie sous je vocable de Notre-Dame du Très Saint Rosaire, et

qu'il ferait bénir la nouvelle église le jour de la fête du Saint Rosaire, comme un ex-1:'0 à Marie.

“Enfin, le 15 mars, l’anse du Cap apparut couverte d’une couche de neige parsemée de petits bancs de glace qu'un t violent avait détachés du rivage. Le lendemain qui était un dimanche, M. Dugüay, vicaire de la paroisse, entreprit avec quelques paroissiens de découvrir un passage sur le fleuve. C’était une tentative hardie. Les glaçons, épars et séparés par des espaces variant de 5 à 100 pieds environ, n'étaient joints ensemble que par de la neige flottant sur une légère contexture de paillettes glacées. Per-

suadés que la Vierge du Rosaire les protégerait, M. Duguay et ses compagnons n'hésitèrent pas à entreprendre cette traversée périlleuse. Quelques heures plus tard, ils atteignirent heureusement à la rive sud. La nuit était venue. On décida qu'il fallait quand même baliser le passage, et ar. roser d'eau, pour en faire une glace solide, la neig: flottante qui reliait les glaçons. Trente à quarante hommes travaillèrent jusqu'à une heure avancée de la nuit sans presque de lumière et sans accidents. Ils constatèrent clairement l'absence de glace solide à maints endroits, soit en enfonçant jusqu'à l'eau, un bâton, le pied ou la main, soit en entendant l’eau qu'ils versaient bruire à travers la neige et reprendr le courant du fleuve. Ja foi de ces hommes en la protection de Marie était telle qu'ils travaillaient sans crainte au milieu de tous ces périls, et disaient avec assurance en regardant la lumière du presbytère : ‘Il n’y a pas de danger, M. Désilets dit son chapelet.”

‘‘Les jours suivants, le ‘Pont des chapelets"” comme l'a appelé la foi des paroissiens du Cap, parut couvert de voitures chargées de pierre, et il se désagrégea de lui-même aussitôt que la quantité de pierre demandée eût été transportée.

“T'église nouvelle se construisit, et la vicille conservée suivant le vœu de M. Désilets, fut solennellement dédiée à Notre-Dame du Saint Rosaire. C’est depuis cette date que la modeste chapelle est devenue un lieu de pèlerinage proprement dit.

“M. le G. V. Désilets avait consacré beaucoup de son temps à faire connaître et aimer le Rosaire, à

réunir aux pieds de la Mère de Dieu les vœux de sen peuple, les gémissements des affligés, des malades, lex supplications de tous les malheureux; il avait versé de grandes sc nmes d'argent pour les constructions, les achats de terrain et les agrandissements nécessaires aux développements futurs dont il avait la claire perception, de sorte que sa mort jeta la paroisse dans de grands embarras financiers. “Le Rév. M. Duguay, qui avait été durant 10 ans le disciple de M. Désilets, devint son successeur, et hérita du manteau de son zèle et de ses vertus. En endossant des responsabilités qui paraissaient insurmontables, il comptait que Marie se chargerait d'en procurer la solution, et qu’elle se devait de conduire à bonne fin des entreprises inspirées par l'a-

mour de sa gloire. Il ne fut pas déçu.

Page 1