LA CIRCONCISION
Journal du voyage de Montaigne EN Italie (1580-1581).
Le trantiesme jour de janvier, Montaigne alla voir la plus antienne cérimonie de religion qui soit parmy les homes, et la considéra fort attentivement et avec grande commodité : c'est la Circoncision des Jui&. Il avoit des-ia veu une autrefois leur Synagogue, un jour de samedy le matin, (et) leurs prières, où ils chantent désordonnéemant (2); comme en Téglise Calvinienne, certenes leçons de la Bible en hébreu accommodées au tems. Ils ont les cadances de son pareilles, mais un désaccord extrême, pour la confusion de tant de vois, de toutes sortes d*eages : car les enfans, jusques au plus petit eage, sont de la partie, et tous indi£Pérammant entendent Thébreu. Us n'apportent non plus d'attention en leurs prières que nous faisons aus nostres, devisant parmy cela d'autres af-
(1) Voir chap. vu, page 95. On a cru devoir reproduire textuellement cet extrait, en en conservant Torthographe bizarre.
(2) Comme des forcenés, à tue-téte. (Note de Tédition de 1774.)
fairc-s, et n'apportant pas beaucoup tle révérences à leurs mystères. Ils lavent les mains à rentrée, et en ce lien-U ce leur est exécration de tirer le bonnet, inaîs baissent ta teste et le genous où leur dévotion l'ordonne. Ils portent sur les espaules ou sur la teste, certains linges où il y a des franges attachées : le tout serait trop long & déduire. L'aprës-disnée tour à tour leurs docteurs font le^x>a sur le passage de la bible de ce jour-là. le faisant en Italien. Après la leçon, quelque autre docteur assistant choisit quelcun des auditeurs, et parfois deos ou trois de suite, pour argumenter contre celui qui vient de lire, sur ce qu'il a dict. Celui que nous ouïmes lui sembla (1), avoir beaucoup d'éloquence et beaucoup d'esprit en son argumentation. Mais, quant à la circoncision, elle se fnict ans maisons privées, en la chambre du logis de l'enfant, la plus commode et la plus clerc. Là où il Fut, parce que le logis estoit incommode, la cerimonie se fit à l'entrée de la porte. Ils donnent aus enTans un parein et une mareine : comme nous, le perc nomme l'enfant. Us les circoncisent le buitiesme jour de sa naissance. Le parein s'assît sur une table, et met un oriller sur sou giron ; la mareine lui porte là l'enfant, et puis s'en va. L'enfant est enveloppé à nostre mode ; le parein le développe par le bas, et lors les assistans, et celui qui doit faire l'opération, commancent trestous à chanter, et accompaigneat de chansons toute cette action qui dure un petit qnart d'heure. Le ministre peut estre autre que rabbi (2), et quiconque ce soit d'antre eus, chacun désire estre appelle à
(1) A Montaigne.
\ï) Rabbin.
cet office, parce qu'ils tiennent que c'est une grande bénédiction d'y estre souvent employé : voire ils achettent d'y estre conviés, offrant, qui un vestement, qui quelque autre commodité à l'enfant, et tiennent que celui qui en acirconcyjusques à un certain nombre qu'ils sça vent, estant mort, a ce privilège que les parties de la boucbe ne sont jamais mangées des vers. Sur la table où est assis ce parein, il y a quant et quant un grand apprêt de tous les utils (1) qu'il faut à cet' opération. Outre cela, un homme tient en ses meins une fiolle pleine de vin et un verre. Il y a aussi un brazier à terre, auquel brazier ce ministre chauffe premièrement ses meins, et puis trouvant cet enfant tout destroussé, comme le parein le tient sur son giron la teste devers soy, il lui prant son mambre, et retire à soy la peau qui est au-dessus, d'une mein, poussant de l'autre la gland et la mambi*e au dedans. Au bout de cette peau qu'il tient vers laditte gland, il met un instrumant d'arjant qui arreste làcestepeau, etempesche que le tranchant, il ne vienne à offenser la gland et la chair. Après cela, d'un couteau il tranche cette peau, laquelle on enterre soudein dans de la terre qui est là dans un bassin parmy les autres apprêts de ce mystère. Après cela le ministre vient à belles ongles, à froisser encore quelque autre petite pellicule qui est sur cette gland et la deschire à force, et la pousse en arrière au delà de la gland. II samble qu'il y ait beaucoup d'effort en cela et de dolur (2); toute fois ils n'y trouvent nul dangier, et en est tousiours la plaie guérie en quatre ou cinq jours. Le
(1) Outils.
(2) Douleur.
cry de Tenfant est pareil aus nostres qu'on baptise. Sou- (lein que cette gland est ainsi descouverte, on offre hastivement du vin au ministre qui en met un peu à la bouche, et s'en va ainsy sucer la gland de cet enfant, toute sanglante, et en rand le sang qu'il en a retiré, et incontinant reprent autant de vin jusques à trois fois. Cela faict, onluioifre, dans un petit cornet de papier, d'une poudre rouge qu'ils disent estre du sang de dragon, de quoy il sale et couvre toute cette playe, et puis enveloppe bien propremant le mambre de cet' enfant à tout (1) des linges taillés tout exprès. Cela faict, on lui donne un verre plein de vin, lequel vin, par quelques oreisons qu*il faict, ils disent qu'il bénit. Il en prant une gorgée, et puis y trampant le doigt en porte par trois fois à tout le doigt quelque goutte à sucer en la bouche de l'enfant, et ce verre après en ce mesme estât, on l'envoyé à la mère et aux famés qui sont en quelque autre endroit du logis, pour boire ce qui reste de vin. Outre cela, un tiers prant un instrumant d'argent, rond comme un esteuf, qui se tient à une longue queue, lequel instrumant est percé de petits trous comme nos cassolettes, et le porte au nés premièrement du ministre, et puis dé l'enfant, et puis du parein : ils présuposent que ce sont des odeurs pour fortifier et éclaircir les esprits à la dévotion. Il a toujours cependant (2) la bouche toute sanglante.
(1) Avec.
(2) Le circoncisear.
Lettre adressée au pape Pie V, en date du 13
AOUT 1566, PAR LAQUELLE ON LE PRIE DE VOULOIR BIEN TOLÉRER LES JUIFS ET LES COURTISANES DANS LA VILLE ÉTERNELLE (1).
Epiêlola à Nro. Sig''^ Papa Prov. nella quale si essarta S. S^à à tallerare in Rama gli Uebrei^ et le Carteggiane
Beatroo Pre.
Nel giudicar' santamentc, et correggcre gli abusi di questo mondo per mio parère non basta la buona, et santa mente perche con questa moite volte si puô errare, giudicando in altrui quello, che non è in se atteso che tutte le complessioni de gl* huomini, ne tutti i pareri sono conformi ne possono essere et à volere provare questo ne accasca dir' altro poiche la natura madré del tutto lo mostra apertamente, cosi negV animali corne negl* huominiy quale tutti fà diversi nelf apparenza come ancora nel giuditio, et nel procederc il quale per le nostre virtù morali, et operationi cattholiclie n* accresce contento in questo mondo, et gloria nell* altro et chi opéra per contrario, ciascuno sa quello, che gliène va dalla mano et sentenza d'Iddio che procède per mio parère cou noi altri huomini, toUerando il corso délia natura
(1) Ms. de la Bibliolhèqac nationale, fonds ilalicn. 1488.
et doii.iudo gmlîo partîcoldri, et^eucrali. Il quai corso iiceeiisario sua divina MaestA non 1' ha mai levato scnoii cun l'cssempio huono, cl tiUe ha vero il libcro arbitrio donato per gratJa lo niostra le quali due cose sono quelle che ne conducono alla gloria dî vîla elerna o per contrario air Infcrno.
Stando adunque questo Padre Santo che la bontà dcl SigQor Nostro ê taie che ne ha %'oluto huoniiiii con tiitU li diiFetti, che si ponno immagiaare et fattici liberi per donc, et per gratia con la legge scritta; credero cbe Vostra SantitA vorrà inimitare il suo e nostro Creatore, ascrivendosi la legge conforme alla gratia che ne è stata data per beu vivere con punire cbi falla, et gratificare chi mérita, et lasciarne huomini con il dono fatlonc dal SigDore per il quai dono bbero : 9111 bona egerunt ihunt in vilam œttrnam qui vero mala in ignem xfernum.
Dî dove si puù peosare che se il Signore Iddio havesse voluto cstirpare li vitij del mondo poteva. Ma la natura humana. et la legge haveva patito et se havesse levato ta gratis et il dono corne era nela sua sauta muno mancava il summo hene, et non era mostiere cbe sua divina Maestil \'eaisse per in uniitra salute il che nccesBorianiente è stato fatto con somme niagislero corne sa la Santità Vostra la quale ad imitatioae del Signore cho ha tollerato al mondo gl' Uebreî, gl' aduUeri, et le meretrici; alcuni per testimonii délia sua sauta legge nlcuni altri per baver nel mondo de tristi ad essaltazioue de buoui et altri cattivi per la conversîone de buoni.
Cosi ancor lei per sua gratla, et bontà toUerarà ciascuuo cou la legge delta natura gratificata dal Si]
Pietro Christo et con il Santo esscmpio di viverc catholico che tienc vostra Santità, che à questo modo facendo guadagnarà con la tolleranza di moite anime hebree, come sin qui ha fatto et convertira per dilettione, et non con violenza, che non dura di moite donne cattive riducendo la loro vita à miglior fine, et correggerà il suo santo clero di Roma, che santo si puù chiamare rispetto à tenipi passati, et finalmente con Y amor paterne Vostra Santità guadagnerà questa veramente sua propria Cittày et de suoi successori à quali è ben degno che si hahbi riguardo. Perche con V austerità se ne va alla dessolatione, et con le tollerate gratie che ella di manda si ridurrà A perfettione, atteso che le cattive donne se gV hebrei e tutte le altre persone che sin qui sono più pronte air andare che allô stare se ne andaranno Vostra Santità non havrà poi chi ridurre al bene ne chi punire al maie. Piacciavi dunque Beatissimo Padre per vostra somma clemenza lasciaro queste cure le quali col vostro vivere santo et buona întentione si correggeranno da se col tempo et degnisi pigliar cura deir ostinate voglie de Prencipi Christiani per Y unione loro adesso che il tempo lo porta, et attenda la santità vostra alla gran soma le ha imposto il Signore Iddio per la destruttione degl* infedeli e conversione degU Heretici, alemanni, Francesi et altre nationi che maie sentono nella fede che non ponendovi piii conseglio, et essortationi che tanto per guadagnarle andranno veramente alla totale perditione et forsc più presto che la Santità Vostra non pensa se non vi rimedia con Y opéra et vigilanza perche mentre che lei stà nelle sue santé orationi, il niondo cattivo stà
nelle sue ostinafe voglie le quali il Signor Iddio permette, et leva quando vuole, ma per li suoi mezzi perô tali come è la Santità Vostra overo per gratia che di rare si vede per li nostri gravi peccati maggiori délie nostre orationi.
Vostra Santità dunque lievi Y animo à cosi degna impresa con V operatione delta sua santa mente, che cosi facendo credo per certo che il Signore Dio essalterà la Santa Religione et levarà le forze à suoi nemici, et di questa santa sede Romana per la quale il suo Santissimo ordine è sempre siato essaltato; effetto degno di grandissima consideratione et altrimenti facendo dubitarô che il Signore Dio sia scorrucciato con noi in Cielo, vedendo il suo Vicario in Terra procéder esenza tolleranza non abhorrita dalli Santi Dottori délia Chiesa Santa; per la quai cosa si doverebbero fare orationi et digiuni per placare il Signore Iddio; et acciô Vostra Santità possi conservare li buoni, et guadagnar li tristi nella sua Città di Roma, li quali se se n' andaranno, Dio sa dove saranno persi et se staranno saranno al sicuro guadagnati con il Santo essempio del Santo Pontefice; il quale se si levarà la barba saranno pochi che la tenghino, se abhorrirà li vitij corne fà, alfine con Tessempio si emenderà gran parte di essi o si convertiranno, o almeoo si correggeranno , et il simile seguirà in ogni altro peccato.
Si che Padre Santo vostra Santità addolcisca Y animo, et faccia con la virtù quel che non potranno fare la violenza, ne la forza, che la maestrevole esperienza in ogni cosa lo mostrarà et se vi son stato troppo ardito incolpisi
r amore chc io porto al Santo ordinc suo, alla Santità
Vostra, et a questa nobilissima Città di Roma, che il
Signore Dio accreschi per mezzo di vostra Bcatitudine
alla quale humilmente baciaodo il Santissimo Picde mi
raccommando corne affettionatissiroo servitore che io le
sono (1).
Di Casa alli XIII d'Agosto 1366.
(1) 11 nous a paru intéressant de reproduire en entier cette lettre, jusqu'ici inédite, tant à cause de l'éternel rapportement entre Juifs et courtisanes, que de l'étrangeté des arguments que fait valoir son auteur anonyme en faveur de ses protégés.