I. ^I^^ieu, créant ce monde visible comme un beau
^^M /^palais, lui donna la terre, ornée d'herbes et de
*wS<0 fleurs et enrichie de métaux et d'animaux, pour
son plancher, et le ciel, admirable par sa beauté, par sa
grandeur, par son soleil et ses astres, pour son toit.
Il en établit roi l'homme qui seul y domine, et qui par la raison se sert de tous les êtres pour ses commodités. Le roi universel fut créé avec beaucoup de merveilleux avantages et du corps et de l'âme.
Sort corps était très agréable à voir, de haute stature, bien proportionné en tous ses membres et, comme écrit saint Chrysostome, brillant par une céleste lumière, qui l'environnait de toutes parts et qui le rendait vénérable à tous les animaux, lesquels baissaient les yeux et la tête et Quittaient leur naturelle furie à son premier abord.
Son âme surpassait de beaucoup cet éclat, étant embellie de toutes les raretés du Paradis : car elle fut créée dans une très parfaite innocence, et sanctifiée par la grâce qui la rendait fille de Dieu et héritière de tous ses trésors ; elle avait ensuite toutes les vertus qui sont attachées à la grâce, comme les dames d'honneur sont attachées à leur reine, et les dons du Saint-Esprit qui ne l'abandonnent jamais.
Ce premier homme pouvait par son obéissance transmettre à sa postérité toutes ces prérogatives ; mais, ayant enfreint les ordonnances de son Souverain, il perdit tous les ornements dont celui-ci l'avait gratifié, et resta souillé d'un crime si énorme que son Créateur même l'eut en horreur, le chassa du paradis de délices, le condamna au travail et à la sueur, et le destina aux feux éternels, s'il ne faisait pénitence.
II. Nous naissons tous enfants d'Adam et par conséquent pécheurs, apportant au monde la marque de notre père par le péché originel qui nous rend laids et difformes aux yeux de Dieu et des Anges, et dignes d'être à jamais privés de la vision bienheureuse et de la demeure céleste des Saints.
Mais le sacrement de Baptême, comme une source de vie et de vertu, nous lave si parfaitement et nous rend si agréables à ce Souverain de tous les êtres, qu'il nous ennoblit et nous enrichit de tous les ornements que notre premier père avait perdus par son crime; il verse en l'âme la grâce sanctifiante, comme une divine rosée, qui la purge entièrement de toutes ses ordures; il y met toutes les vertus théologales, qui sont la foi, l'espérance et la charité, toutes les vertus intellectuelles et toutes les vertus morales,
à savoir la prudence, la religion, la pénitence, la force, la justice, la tempérance, l'humilité, la chasteté et les autres,-: le Saint-Esprit la rend illustre par ses dons de sagesse, de conseil et autres semblables.
III. Une faveur si rare ne saurait être conservée avec trop de soin, c'est là une vérité trop évidente pour qu'il faille la développer longuement ; nous nous contenterons d'en produire deux raisons : elles sont décisives et ne peuvent manquer de faire impression sur nous si nous nous appliquons à les bien pénétrer.
1. La première, c'est que l'âme, étant faite l'épouse de Jésus-Christ par la grâce sanctifiante qui lui est donnée en cette divine régénération, et ayant reçu de lui tous les ornements et toutes les richesses convenables à cette dignité, encourrait son indignation si elle les méprisait et si elle les perdait par sa faute.
Si quelque fille de village, ayant été élevée sur le trône royal et devenue l'épouse de son prince, prenait plaisir à se couvrir le visage d'encre et de fumier ou à se défigurer avec un couteau, ne mériterait-elle pas d'être chassée du palais de son roi et renvoyée dans sa cabane, pour y gémir toute sa vie d'avoir prodigué son honneur et sa fortune ?
Dieu ne veut auprès de soi que des âmes innocentes, et il le déclara à saint Nicolas de Tolentino encore enfant, lui disant ces mots du Psalmiste : Les innocents et ceux qui ont un cœur pur sont admis en ma compagnie.
2. La seconde raison qui doit persuader aux enfants la conservation de leur innocence baptismale, c'est qu'elle ne se peut jamais recouvrer. Quiconque a une fois péché mortellement ne peut jamais faire qu'il n'ait offensé son Roi, son Créateur, qu'il n'ait perdu ses bonnes grâces, qu'il n'ait terni sa propre beauté et perdu tous les joyaux qu'il lui avait mis en main.
Si votre prince vous avait donné les plus belles et les plus riches perles de son cabinet, les voudriez-vous jeter
dans un abîme d'où l'on ne les pourrait retirer? Estimeriez-vous que cette bravade est conforme à la raison, sur l'espoir qu'après beaucoup de larmes et de fatigues il vous les rendrait, et modérerait sa juste colère qui vous avait condamné à être tenaillé avec un fer chaud et à être brûlé à petit feu ?
IV. L'innocence reçue au Baptême est, suivant une image de l'Ecriture, comme une liqueur d'un prix inestimable que nous devons porter dans un vase de terre, exposé à se briser à tout moment contre les obstacles dont est semé le chemin que vous avez à parcourir. Vous ne sauriez prendre trop de précautions pour la soustraire aux dangers qui menacent sa conservation, et ce ne sera qu'au prix d'efforts généreux et constants que vous parviendrez à l'en préserver.
Quatre moyens surtout sont très propres à nous faire obtenir ce résultat.
i. Le premier, c'est une haute estime de l'heureux état où vous élève le saint Baptême : Vous tous, dit saint Paul aux Galates, qui ave% été baptisés en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus du même Jésus-Christ : et par conséquent vous reluisez dans tous ses* ornements et dans toutes ses vertus, vous êtes entrés dans un bain fait de son Sang et vous en avez empourpré vos vêtements.
Si vous aviez seulement un mouchoir teint du Sang de votre Sauveur, lorsqu'il le versait pour votre salut sur la croix, le jetteriez-vous aux chiens ou aux pourceaux ? N'en feriez-vous pas plus d'état que de tous les diadèmes des rois et des empereurs? Faites de même de votre âme qui, sortant de cette divine fontaine, est plus noble et plus riche que tous les astres du firmament et que toutes les mines d'or et d'argent.
2. Le second moyen pour conserver l'innocence du Baptême, c'est une haine du péché mortel, comme du plus terrible monstre qui soit ou qui se puisse concevoir tant sur la terre que dans les enfers ; cette furie a changé le
plus beau et le plus éclairé des Anges en le plus difforme et le plus ténébreux des démons.
Lucifer reluisait au plus haut des Cieux, au milieu des Séraphins, comme un roi au milieu de ses princes et de ses sujets; il n'eut pas plus tôt commis un seul péché, qu'il fut précipité au plus profond des abîmes pour n'en sortir jamais pendant une éternité tout entière : comment donc voudriez-vous donner accès à un dragon si furieux ?
3. Le troisième moyen pour conserver votre innocence, c'est de vous tenir toujours en la présence de Dieu, par un continuel souvenir que son infinie Majesté vous regarde en tout lieu et en tout temps, qu'elle est auprès de vous et en vous, qu'elle y opère sans cesse en toutes vos actions, et qu'elle est résolue de récompenser vos bonnes œuvres et de punir les mauvaises.
Cette pensée vous fera facilement résoudre à ne point faire devant ses yeux ce que vous auriez horreur de commettre en présence de votre père et de votre mère. Souvenez-vous de Dieu, et vous ne pécherez jamais.
4. Le quatrième moyen pour conserver votre innocence, c'est de fuir les occasions du péché. Tenez pour une très certaine maxime, et c'est Dieu qui nous l'enseigne, que celui qui aime le péril y périra, et que celui qui touchera la poix en sera souillé. Ceux qui prennent plaisir à marcher au bord des précipices, y tombent souvent et s'y fracassent la tête.
5. Le cinquième et le dernier moyen que j'assignerai maintenant, c'est une généreuse résolution de ne jamais mentir. Un enfant qui aime le mensonge, fera plusieurs péchés dans l'espérance de les cacher sous un voile de malice : Epaënetus disait que les menteurs sont les auteurs et les inventeurs de tous les crimes : et saint Basile écrit que la vérité est la plus puissante chose du monde, et que le mensonge est la dernière extrémité de la malice.