RODES
317. Ainssin arrivasmes nous en Rodes sur celledicte barquette le mercredi apprès les Brandons, jour des .iiij. temps et .xxiij^. jour du mois de février ^, et y sejournasmes toute la karesme en attendent vaisseil chascun jour ^.
3 18. Tout près de Rodes, a environ deux lieues, a ung tresbel et digne pèlerinage, en ung lieu qui est appellé Nostre Dame de Philermes. Ce lieu est en une treshaulte montagne et forte, ou il avoit une tresforte et belle cité ou temps que l'isle de Rodes estoit au gouvernement de
I. M : Le samedi .xxi* à tort. — 2. M : l'ille du Porcel. ... Saincte Marie du Porceiz. — 3. M : ung aultre lui que on apelle le cawe Amasse greique. — 4. M rectifie ici l'erreur de date du l 3i i : le mercredi après lez Bure .xxiii^ jour don moy de février. — 5. Par contre, M est ici plus véridique que P : et lai sajournasme nous enjusques au octaive de Paisque, .ix*. jour don moix d'avril. En effet, cette date, donnée par M, est confirmée par P au § 824. Pour les II qui suivent, voy. la fin de la note au I32i,
l'empereur de Gonstantinoble, contre lequel les habitans de l'isle se rebellèrent contre lui; et pour ceste rébellion l'empereur donna aux seigneurs, Frères de Rodes, celle 6"^isle, s'ilz la povoient conquerre. Lesquelz Frères \\ demoroient pour icellui temps en l'isle de Ghippre, et y estoient venus de la cité d'Acre en Sirie, apprès ce qu'ilz furent dechassés de Saint Jehan de Jherusalem.
319. Quant iceulx Frères vindrent de Ghippre en l'isle de Rodes, si l'eurent assés tost conquise par grant traveil qu'ilz y orent, excepté celle forte cité qui estoit en icelle montaigne de Philermes. Devant celledicte cité, furent lesdiz Frères .vij. ans a sieige, et prendre ne la povoient par engins ne par assaulx, par iceulx .vij. ans. En la fin les Frères pensèrent ung grant malice contre icelle cité ; sy firent tant qu'ilz orent a leur accord ung pastre de grosses bestes et menues \ qui chascun jour issoient d'icelle cité et rentroient, pour paistre. Sy advint qu'un jour ilz tuèrent et escorcherent plusieurs d'icelles bestes, et des cuirs d'icelles bestes se affublèrent plusieurs d'iceulx Frères; et quant les bestes rentrèrent en la cité sur le tart, lesdiz Frères, qui estoient affublez d'iceulx cuirs de bestes et meslés entre elles, entrèrent en icelle forte cité avecques icelles bestes que nul ne s'en advisa devant qu^ilz furent maistres des portes ^, Ainsi fut prinse celle forte cité, ou le siège avoit esté .vij. ans devant. Sy la deshabiterent les Frères, pour le gr^nt traveil qu'elle leur avoit
I. Ici encore le traducteur donne à sa version un caractère local et personnel ; après avoir transcrit les mots: le pestour dez grosse beste [et] menue, ajoute le commentaire suivant : c'est aissavoir le herdey de lai ville, qui sent bien son criÀ messin. — 1. Le détail de cette ruse de p^uerre est plus développé dans M, qui suit ici l'original de plus près que P. Nous donnons les passages de M qui servent à combler les lacunes de P.... le herdey de lai ville; car chescun jour sor le tairt lai herde issoit de lai citeit et poioit rantrés dedant laidicte citeit [li herdeis] san dongier, après ceu que toute lez h^siQ estoient passée. Si avint ung jour, après ceu que le
fait et pour ce que jamais ne fust rebelle; neantmoings encor y a il ung bon et fort chastel ^.
320. Et ainsi comme ou milieu d'icelle cité a une petite église bien belle, ou il a deux hermites ^. Illec en icelle église y a une image de Nostre Dame, belle et moult vertueuse, et qui fait moult de beaux miracles, et moult y ont parfaictement grant fience tous les habitans de l'isle, tant les Frères de Rodes comme les Gregois et autres marchans. Aultre habitacion n'a sur celle montagne, fors que encore y a de vielz murs de la cité, et n'a mye si long temps que encor ne veissiens nous, a Rodes, ung homme qui fut au siège devant ladicte cité avec les Frères, et fut nez en ladicte isle ^.
321. H Le jour du Grant Vendredi que nous estiens en v^^ l'église monseigneur Saint Jehan de Rodes, veismes nous plusieurs belles et sainctes reliques, entre lesquelles nous fut monstrée une espine de la digne Couronne dont Notre Seigneur Jhesu Crist fut couronnez a sa Passion. Sachiés que illec veismes nous appertement bel miracle, car environ midi quant le service fat fait, nous veismes icelle digne espiiie toute florie de petites florettes blanches , et nous fut juré et certiffié, par gens dignes et de foy, que autresfois avoient veue icelle espine en ung autre jour, laquelle n'estoit point florie. mais estoit noire; et nous
pastour fuit acordéz au Frère de Rode, que lezdit Frère si firent tuer et escorchiés plussour des grosse beste ; si se firent afubler dez pialz, et quant il furent affubler au muel qu'il porent, il se mirent sor lour palme et entrèrent avec lez bestre de laidicte herde....
I. ÀI ajoute : et i est demourant pour chaistelain ung des Frères de Rode. — 2. P est encore tronqué en cet endroit, car M ajoute après : on il est .11. hermite, cette glosse : « calogero » greque ; (c calogero » valt autant a dire en nostre langaige comme « moinne », et reprend le récit en ces termes : Et ses .11. boin lioms sont leans demorant en faissant le servixe de Nostre Signour. Illueque en celle eglixe.... — 3. M ajoute : et est gentis homme.
affermèrent les seigneurs Frères ainsi que ainsi florist elle chascun an au jour du Grant Vendredi ^
322. Moult y ot ce jour sur l'autel d'autres sainctes et belles reliques et bien envaissellées ^.
I. Ce passage est encore V un de ceux oîi le translateur a substitué sans vergogne sa personnalité à celle de l'auteur véritable. Il mérite d'être reproduit, ne fût-ce que pour ses affirmations réitérées, destinées à en imposer dans la suitesur la nationalité des pèlerins. Le voici en entier : Si vous fais assavoir et vous certefie que le jour du Grant Yanredi nous veysme enl'esglise deSaint Jehan plusour noble relique et preciouse, dezquelle nous veisme, de l'une dez relique et jualz, noble, excellant et deliîauble miraicle; car je vous certeffie en dissant veriteit que depuès l'office de lai Messe fait ledit jour, c'est assavoir a droite houre de midi, qu'il nous fuitmostrés li une dez espine de lai saincte Coronne don Nostre Signour Jhesu Cris fuit coronnéz le saint jour de son Crucifiemant. Laiquelb noble et saincte Espine estoit et poioit on veoir toute florie, dont moult de parsone se mervilloie et estoient joieulx de veoir cest noble et notauble miraicle; car tout ceulx qui lai estoie l'avoîe aultre foy veue en aultre manière, c'est assavoir lai plus grant pertie. Car il est vray que celle saincte Espine est en tout temps de collour noire ensi comme est .i. rainsialz qui est copéz d'ung airbe et guerdéz plussour moy, qui pert sai collour : ainsi est celle saincte Espine,
ET ANSI l'ait je VEUE AULTRE FOY PER PLUSSOUR VOIE. Mais a Celle
heure devant escripte, estoit elle tresvirtuousemant florie, dont ce estoit tresrejoïssant miraicle a veoir. Et devez savoir que per le tesmoignaige dez noble chevaillier, Frère de l'Ospitaulz de Roide, que laidicte sainte Espine dont je pairolle florist tous lez ans et porte flour a heure de mydi le jour don Grant Vanredi, en la manière si comme devant est dit. Au reste, tout cet endroit de la relation originale diffière considérablement pour l'ordre suivi dans nos deux mss. AI dispose le récit selon les n°^ ^jj, 321., 322 bis (voy. à la note suivante), 3i8, 3ig, 320^ 324. — 2. Sur Vune de ces reliques, M donne les détails suivants, qui comblent une lacune évidente de P (l 222 bis) : Item, en laidicte esglise de Saint Jehan nous fuit montrés ung dez denier d'ors l'amperise saincte Eslainne, qui est aissis en ung pomelz de laiton et soldez di plont, car aultrement ne se lait ledit denier asseoir ne solder. Sor lequelz denier on fait chescun ans plussour bullete de virge sire , c'est aissavoir le jour don Saint Yanredi, en tant que on dit l'office en l'esglise ; lezquelle bullete porteet on plusisouf vertus belle et noble.
32 3. A Rodes a bel et notable port, et tout sur cedit port a seize molins a vent qui sont tous d'une routeet tous près l'un de l'autre, et ont les plusieurs .vj. volans ^