‹ Le Salavès: Étude monographique du canton de SauveChapitre 19 sur 78 · LE MOUVEMENT DES NAISSANCES · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT DES NAISSANCES

Dressons un tableau avec le chiffre global des naissances et leur taux depuis 1803 ;

Décade Population moyenne naissances taux %o hts

(1) Chiffres incontrôlables par suite de la non-transcription des naissances dans les maternités de Nimes ou Alès .

Nous devons d'abord nous demander si la diminution croissante des naissances que nous constatons dans le canton ne s'inscrit pas dans le cadre plus général de la baisse de la natalité en France.

La proportion de 32 naissances pour 10.000 habitants pour les premières décades du 19"° siècle correspond à celle du département et de tout le territoire français. Mais à partir du moment où s’amorce le recul démographique, la proportion des naissances va être inférieure à celle du département et à celle de la France entière. La comparaison des résultats que nous avons obtenus pour le canton et “ceux qu'a obtenus M. CHABALLIER pour le département du Gard va nous le prouver.

Naissances pour

Naissances pour 10.000 hts . 10.000 hts

Périodes FRANCE GARD Canton de SAUVE 1821-1845 ,

Doit-on déduire de ce tableau que la natalité du canton est audessous de la moyenne depuis 1845 ? Il ne faut pas se laisser omnu- ‘biler par ces chiffres qui ne représentent que le rapport des naissances à la population totale ; seule une différence entre la proportion des naissances calculée par rapport à la population en âge de pro- -créer nous permettrait de conclure à une crise aigüe de la natalité dans notre canton. Si la natalité baisse plus vite que dans le reste du département, c'est que nous sommes dans un canton d’émigration. Les émigrants sont généralement des hommes et des femmes jeunes qui quittent le pays avant d'avoir fondé une famille ou aux premiers temps de leur mariage ; le canton est ainsi privé d’un chiffre relativement important de naissances et la natalité paraît moindre que dans le restant du Gard. Le fait que décalage du rapport des naissances et ‘recul démographique apparaissent à la même époque semble confirmer notre hypothèse. D'autre part, pendant la période où l’émigration est momentanément stoppée, et où le canton reçoit même des immigrants Lozériens, les chiffres de natalité coïncident sensiblement (période 1891-1910). L’émigration reprenant après 1910, le décalage redeviendra sensible.

La baisse de natalité n'est donc que le reflet de la baisse de la natalité sur le plan national. En recherchant les causes de cette chute dans notre canton, nous pourrons peut-être apporter des solutions au problème sur lequel se penche toute une génération de démographes. À

Nous allons, tout d'abord, étudier les variations de taux entre les “diverses communes du canton.

Pour éviter des écarts sans grande signification, nous avons établi la proportion des naissances sur 10.000 habitants en utilisant des périodes assez vastes pour que les variations accidentelles se compensent.

Communes Per. 1800-1850 | Per. 1850-1900 | Pér. 1900-1932

Ensemble du canton 15,6 CANAULES 5 2 DURFORT 167 * St-MARTIN-de-S. :

* FRESSAC 13,2 LOGRIAN 14,4 * PUECHREDON 19,3 * St-NAZAIRE-des-G. (BTE St-JEAN-de-C. 14,3

SAUVE 15,9 SAVIGNARGUES 13,9

La première caractéristique de ce tableau est le taux plus élevé des deux grandes agglomérations de SAUVE et de DURFORT. La majeure partie de la population de ces deux communes est formée de journaliers qui vivent difficilement et sont employés soit dans l’industrie locale, soit dans l'agriculture. Ce rapport élevé des naissances se retrouve à DURFORT pour la période 1900-1932, bien que toute activité industrielle ait disparu. A SAUVE, la supériorité devient de moins en moins manifeste au fur et à mesure que s'accroît l'emploi des femmes dans la bonneterie ; si l'on prend les chiffres décade par décade, on constate que la proportion des naissances est passée de 25,2 à 20,9 entre 1882 et 1902, période qui coïncide avec l'introduction du nouveau métier à fabriquer les bas qui devait donner un regain d'activité à l'industrie Sauvaine.

Une autre caractéristique est la disparité du taux de natalité entre communes agglomérées et communes à habitat dispersé. Dans celles-ci, le taux reste toujours très en-dessous de la moyenne ; ce fait est particulièrement évident pour St-NAZAIRE-des-GARDIES et pour FRESSAC. A l'opposé, la commune de SAVIGNARGUES, qui est la seule du canton à ne compter aucun mas, possède un taux record pour la période 1800-1900.

Examinons la structure de la population des épars et nous aurons vite découvert les raisons de cette carence de la natalité. Le type d'habitat est le mas où vit le propriétaire et sa famille ainsi que le « paire » dont la femme nourrit une équipe de domestiques. Comment ces différents éléments se comportent-ils dans le domaine de la natalité ?

Le mas constitue un tout indivisible car l'exploitation, en général d'un seul tenant, est concentrée autour de l'habitation qui groupe tous les bâtiments nécessaires à la culture ; si un partage reste

possible dans un village où la propriété se compose de parcelles réparties dans tout le terroir de la commune, il n’est pas concevable pour l'entité économique qu'est le mas. On comprend que le propriétaire ne puisse avoir qu'un seul enfant ; si d'aventure naît un second fils, on s'arrange pour qu'il ne se marie pas et ainsi la propriété ne se démembre pas.

Dans un appartement contigu à celui du propriétaire, le paire vit avec sa famille. Encore qu'il soit très instable, changeant fréquemment de propriété, une fois son contrat terminé, lui seul constitue l'élément géniteur dans les communes à habitat dispersé. L'achat des propriétés par de riches bourgeois peut modifier cet aspect démographique car alors le mas est exploité par un fermier qui n'a aucune raison de restreindre les naissances ; au contraire, la main-d'œuvre familiale lui permet de se passer de domestiques.

Ceux-ci constituent, au 19° siècle, environ le quart de la population dispersée ; ce sont tous des veufs ou des célibataires, ou si, par hasard, ils sont mariés, leur femme reste au pays et ne vit pas avec eux. Au point de vue natalité, ils ne sont donc qu’un élément négatif. Avec leur disparition progressive depuis le début du 20° siècle on voit diminuer sensiblement l'écart à la moyenne du taux de natalité des communes à habitat épars.

Enfin, en regardant le tableau, on est frappé de la faiblesse du taux de la commune de CANAULES par rapport à celui des autres villages agglomérés. Le fait que 15 % des habitants vivent dans des mas ne saurait suffire à expliquer cette disparité. Il nous faut rechercher ce qui différencie CANAULES des autres villages du canton ; l'étude des densités par rapport à la surface cultivée nous a montré qu'à chaque habitant de ce village correspondait une plus grande part de terrain utile. CANAULES est, en effet, un pays de grande et de moyenne propriété situé, de surcroit, au cœur de la plus fertile plaine du canton. Sa population connaît depuis très longtemps un bien-être et une aisance supérieurs à ceux des communes voisines. I1 semble qu'il ne faille pas chercher plus loin la cause du chiffre réduit des naissances. D'ailleurs, les communes voisines de SAVIGNAR- GUES, St-JEAN-de-CRIEULON et LOGRIAN verront leur taux de natalité baisser rapidement et même descendre au-dessous de celui de CANAULES au cours des dernières décades, lorsque l'extension de la vigne leur aura donné un niveau de vie plus élevé.

Pour compléter cette étude de la natalité nous avons essayé de déterminer le nombre d'enfants par ménage suivant la profession du père, d'après les feuilles des recensements de 1901 et de 1931 en nous limitant aux familles où la mère était âgée de 25 à 50 ans.

Ces chiffres n’ont pas une grande signification en valeur absolue car ils sont tirés des listes de recensement et ne peuvent pas tenir compte des enfants qui ont déjà quitté le domicile familial. Seule la valeur relative des chiffres obtenus pour les diverses professions ou les différentes communes nous sera utile pour comparer la

natalité suivant les diverses couches de population. Nous laisserons de côté les professions libérales et les fonctionnaires, leur nombre étant trop réduit pour permettre un calcul sérieux.

Examinons, tout d'abord, les pourcentages obtenus par profession :

Enfants pour 100 Enfants pour 100

ménages 1901 ménages 1931

| Professions du père:

Propriétaires agriculteurs 133 157 Cultivateurs 195 157 Journaliers- agricoles 182 155 Commerçants 180 151 Artisans 157 163 Ouvriers d'industrie 192 190

| L'OTAN ES ER 171,5 ;

Nous constatons au premier abord une baisse de 1901 à 1931 qui nous confirme que la diminution des naissances est due non seulement au départ d'émigrants jeunes, mais aussi à un abaissement de la fécondité des ménages qui sont restés.

Ce sont les ouvriers de SAUVE qui possèdent le plus grand nombre d'enfants, tant en 1901 qu’en 1931 et ceci n'a rien pour nous étonner, étant conforme aux calculs faits pour la France en général.

Ce qui nous arrêtera plus longtemps, c’est l'écart du chiffre trouvé pour les propriétaires et les cultivateurs en 1901. Cette différence ne Se retrouve plus en 1931, le pourcentage étant exactement le même pour les deux catégories. Par quoi peut-on expliquer la faiblesse du nombre d'enfants de propriétaires en 1901 ? II nous faut chercher une raison particulière à cette catégorie, raison qui aura d’ailleurs disparu en 1931. Cette cause n'est-elle pas la crise phylloxérique dont les propriétaires viticulteurs ont été les principales victimes ? En examinant un tableau présentant les taux de natalité par décades et, par communes (en annexe) nous voyons que ce taux diminue considérablement dans les communes viticoles entre les décades 1873-1882 et 1883-1892 qui correspondent l'une au développement maximum du vignoble, l’autre à son arrachage. Le taux de CANAULES passe de 20 à 18 naissances pour 1.000 habitants, celui de LOGRIAN de 23,1 à 16,5, celui de SAVIGNARGUES de 32 à 19 ,6 et celui de St- JEAN-DE- CRIEULON de 24,6 à 11,3. Le chiffre réduit des naissances chez les propriétaires nous montre que ce sont eux qui ont restreint davantage leurs naissances au moment de la crise phylloxérique, car ils ont été les plus directement touchés par la ruine du vignoble. Les autres catégories de population ne subissent que le contre-coup de la crise, elles en ont moins conscience et ceci se traduit sur le plan de la natalité par un restriction bien moins perceptible des naissances.

él

Comment expliquer le pourcentage relativement élevé en 1901 des enfants de cultivateurs ? Dans cette catégorie, le recensement classe à la fois les petits propriétaires qui ne possèdent pas suffisamment de terres et doivent travailler à journées chez les gros exploitants, les fermiers, les métayers et parfois les « paires ». Il semblerait qu'ils aient subi les répercussions de la crise phylloxérique et que la natalité ait baissé. C'est l'inverse qui s’est produit. L'étude des mouvements de population nous donnera la solution de ce problème, en nous révélant la proportion importante des nouveaux arrivants dans cette catégorie.

En 1931; époque de prospérité économique dans tous les domaines, les pourcentages sont identiques pour toutes les catégories d'agriculteurs. La différence constatée pour les artisans et les commerçants n'est pas suffisante pour tirer des conclusions sérieuses.

Nous allons voir maintenant, les pourcentages obtenus par commune et nous essayerons de vérifier nos précédentes déductions. Nous laissons de côté la commune de PUECHREDON dont le faible : nombre d'habitants ne permet pas une étude conséquente :

Enfants pour 100 Enfants pour 100 ménages 190] ménages 1931

Communes

Ensemble du canton 174,5 161 CANAULES 146 150 DURFORT 168 165 * FRESSAC 106 133 LOGRIAN 165 178 St-NAZAIRE-des-G. 154 190 St-JEAN-de-C. 137 175 SAUVE (aggloméré) 184 165 * SAUVE (épars) 154 21155 SAVIGNARGUES 174 184

Nous voyons tout de suite que le pourcentage des communes viticoles a progressé entre 1901 et 1931. Nous venons d’en déceler les causes.

D'autre part, le chiffre d'enfants pour 100 ménages est plus faible dans les communes à habitat dispersé (FRESSAC, St-NAZAIRE et mas de SAUVE), Ceci confirme les hypothèses que nous avions émi-

ses au sujet des taux de natalité. Seule la petite commune de St-NA- ZAIRE fait exception en 1931 avec un pourcentage élevé de 190 enfants pour 100 ménages. Cet écart est dû seulement à la présence de trois familles de fermiers particulièrement prolifiques.

D'autre part, la population agglomérée de Sauve qui possédait le pourcentage record en 1901 a vu celui-ci diminuer sensiblement.

TAUX DE REMPLACEMENT ET DE FECONDITE en 1876 - 1901 - 1931 - 1946

Taux de remplacement : filles de moins de 15 ans / Femmes entre 25 et 40 ans Taux de Fécondité : naissances / Femmes de 15 à 45 ans.

Æ ee F [sauve | purrorr | anus |LocrIAN| TONI € | & |.£| > |351252 2 —"— 5,14 [25| 4 [£8l8él 8 aggl. | épars | aggl. | épars | aggl. lép. aggl. |ép. | aggl. lép.| > = S Fe # Ex Filles < 15 ans ga | 28 | ao | 21 | 42 |6| 28 |6| 16 |4]| 12 24 | 17 | 452 | 94 | 546 Femmes de 25 à 40 ans | 220 | 21 | 71 | 18 | 31 |4| 26 |41] 13 8 16 | 13 | 377 | 68 | 445

“Taux de remplacement || 1,09 | 1,33 | 1,42 1,16 | 1,35

en 1876

Naissances en 10 ans Femmes entre 15 & 45 ‘Taux de Fécondité

en 1876

Filles << 15 ans

Femmes de 25 à 40 ans

‘Taux de remplacement en 1901

Naissances en 10 ans

Femmes de 15 à 45 ans

Taux de Fécondité en 1901

Filles < 15 ans / Femmes entre 25 & 40 ‘Taux de remplacement en 1931

‘Naissances Femmes de 15 à 45 ans ‘Taux de Fécondité

en 1931

Filles < 15 ans 86 Femmes de 25 à 40 ans 97 13 39 9 27 9 “Taux de remplacement || 0,88 | 0,92 0,74 1,11 | 1,11 M3

en 1946

Cette baisse semble liée au nombre croissant de femmes mariées travaillant dans la bonneterie.Un calcul effectué en 1931 sur une vingtaine de ménages où la femme est ouvrière nous donne un taux de 150, inférieur au taux moyen de la population de SAUVE.

Une dernière remarque qui s'impose pour clôturer cette étude du nombre d'enfants par ménage : c'est le très petit nombre des familles nombreuses dans le canton en 1901 et surtout en 1931. On dénombre sur 700 ménages en 1901, 9 familles de 5 enfants et 5 familles de 6 enfants (dont 3 à SAUVE). En 1931, on ne compte que 5 familles de 5 enfants (dont une Lozérienne et une autre Italienne), 3 familles de 6 enfants (dont une Espagnole) et deux familles de 7 enfants, toutes les deux Italiennes.

Nous ne saurions en terminer avec la natalité sans donner les résultats du calcul des taux de fécondité pour les différentes communes du canton en 1876, 1901 et 1936. Ce taux est le rapport du chiffre des naissances au cours des dix années environnant le recensement et du nombre de femmes en âge de procréer à la date du recensement. (Voir tableau page 62).

La fécondité diminue d'environ un tiers en 50 ans ; mais la baisse la plus forte est enregistrée entre 1876 et 1901, pour l’ensemble du canton. Ceci est surtout notable à SAUVE, la fécondité y décroît de 1,05 à 0,80 entre 1876 et 1901 pour se maintenir ensuite à 0,82 en 1931.. C'est exactement l'inverse qui se passe pour DURFORT ; la fécondité y diminue seulement de 1,18 à 1,06 de 1876 à 1901 pour tomber brusquement à 0,75 en 1931. La chute des naissances s'accélère à des époques différentes suivant les communes.

On remarque la faiblesse de la fécondité à CANAULES et, ce qui est davantage pour nous étonner, le taux réduit de LOGRIAN. Les calculs effectués pour la natalité et le nombre d'enfants par ménage ne laissaient pas entrevoir une carence des naissances dans ce dernier village.

D'autre part, le chiffre indiqué pour la population éparse en 1876 est bien inférieur à celui de la population agglomérée. En 1901, les deux taux seront identiques ; on peut expliquer ce relèvement relatif de la fécondité dans les mas par l’évolution de la structure d’exploi tation. De nombreuses propriétés en faire valoir direct ont été achetées dans la deuxième moitié du 19° siècle par des bourgeois des villes ; les anciens propriétaires ont été remplacés à la tête de l'exploitation par des fermiers plus prolifiques.

Conclusions

La chute du taux des naissances s'inscrit dans le cadre plus gé- néral de la baisse de la natalité en France. Cependant les modalités de ce mouvement dans les diverses communes du canton nous permettent de découvrir des causes particulières à notre région. Une des plus frappantes est la dispersion d’une partie de la population dans des mas. D'autre part, la natalité semble inversement proportionnel-

le au bien-être économique des habitants ; ce sont les ouvriers et les petits cultivateurs de SAUVE et de DURFORT qui possèdent les plus grandes familles. D'après cette remarque, il semblerait qu'en Cas de crisé l’'appauvrissement de la population devrait conduire à une augmentation des naissances, c'est exactement le contraire qui se pro-r duit ; le sentiment d'instabilité qui naît de chaque dépression économique entraine une restriction volontaire des naissances parmi .les couches les plus touchées. La chute des naissances à DURFORT au moment de la crise de ia sériciculture (le taux de natalité baisse de 30,2 en 1852 à 24,4 en 1862 pour remonter ensuite à 27,8 une fois qu’un remède aura été trouvé à la crise) ainsi que la baisse de natalité mise en évidence lors de la crise phylloxérique, en sont les témoignages. | :

Nous ne terminerons pas sans regretter l'absence d'une trans- : cription pour les enfants nés dans les maternités d'ALES ou NIMES. La coûtume de plus en plus courante depuis une quinzaine d'années d'aller accoucher en ville ne nous permet pas de chiffrer le redressement de la fécondité depuis la libération et d'en étudier les caractéristiques suivant les communes. :

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