‹ Le Salon cerise, comédie en 1 acteChapitre 12 sur 14 · P) J OISE AU · texte numérisé non relu

P) J OISE AU

Je suis pressé sans l’être... [A part.) Il a le reps, il peut attendre.

JULES

Est-cc qu’il y a deux ans, vous n’alliez pas le soir aux Folies-Montliolon?

PIJOISKAU.

Les Folies-Montholon?... Où prenez-vous ce cercle? jules, à part.

Non... ce n’est pas là. [Haut.) Écoutez : c’est que je vous connais, vous... Je vous vois comme dans un nuage ; vous payez le terme à une dame, et je suis derrière...

Je n’ai jamais payé le terme qu’à une seule dame... c’est à Cascadetle.

JULES

Cascadetto! c’est ça 1... Je m’y retrouve... mon ancienne maîtresse... C’est là que je vous ai vu... Pijoiseau... ce bon idiot de Pijoiseau!

PIJOISEAU.

Jeune homme !...

JULES

Eh bien, monsieur... une bonne fille, tenez, mademoiselle Cascadetto.

PIJOISEAU.

A qui le dites- vous... un ange I

JULES

El pas fière... C’est cllo qui m’a appris à faire mes accroche-cœurs.

Vraiment?... (Tirant sa liste.) Comment vous appelez-vous ?

JULES

Jules... Lamadou... dit l’Élégance!

PIJOISEAU.

Non, je n’ai pas d’Amadou sur mes feuilles.

JULES

C’était de votre temps... C’est égal, c’était une bonne femme. Et où est-elle pour le quart d’heure ?

puoisEAu, un peu piqué.

Elle est en train de racheter toutes ses erreurs et de repriser dans sa vie tous les accrocs qui...

JULES

Bah I

puoisEAu, montrant les meubles.

Tout cela, c’est sa rédemption... Depuis six mois, je rends son passé...

JUL"S

Vous rendez ses bibelots ?...

PIJOISEAU.

Par son ordre...

JULES

Alors, monsieur en était?

PIJOISEAU.

Oui... ton maître en était.

jules, riant.

Elle est bien bonne... (Sérieux.) C’est égal... il n’y a pas... c’est bien 1

PIJOISEAU.

Ça vous touche, jeune homme?... Cette émotion vous honore... Vous devez être bon, vous.

JULES

Pas absolument... Mais ça... c’est extraordinaire !... ça me prend là... ( Mettant son mouchoir devant ses yeux.) Vous m’excusez, monsieur?

pijoiseau, ému.

J'excuse et j’honore... Embrassez-moi... Pour moi, tous les cœurs sont frères 1

(Ils s'embrassent.)

JULES

Eh bien ! il ne sera pas dit qu’elle aura eu seule une belle conduite. .. Tenez, tenez ! (Il ôte sa montre de son gousset et la donne à Pijoiseau , tout en le tenant embrassé.)

pijoiseau, se détournant.

Une montre?

Qu’elle m’avait donnée... Si par hasard l’origine n’en était pas pure...

PIJOISEAU.

Bien, jeune homme... Voyez-vous, l’exemple, le voyez-vous?... A qui vais-je rendre cela?

JULES

Dame! A qui avtfz-vous rendu les autres valeurs ?

PIJOISEAU.

Les valeurs mobilières?... Ah! ça... c’est au porteur... d’ailleurs, je n’en ai pas trouvé.

JULES

C’est extraordinaire... de mon temps, elle avait entre autres... trente-cinq Lyon... fruit de ses économies...

PIJOISEAU.

Trente-cinq Lyon?

JULES

Oh! mais, attendez donc... mais oui... je me souviens... Un jour qu’on devait venir faire une saisie chez elle. ...elle les a cachés dans un fauteuil avec d’autres papiers et puis la saisie n’a pas eu lieu... Ils y sont peutêtre encore...

PIJOISEAU.

Diable!... C’est que je les ai tous rendus, les fauteuils... Vous ne savez pas lequel ?... Est-ce le reps? Le gros bleu ? ou le meuble cerise ? . ,

JULES

Le meuble cerise, c’est cela!... maintenant je me rappelle comme si j’y étais....

PIJOISBAU.

Sauvés ! le voici !...

JULES

Comment?

PIJOISEAU.

Seulement, y sont-ils encore ?

JULES

Us doivent y être... elle ne les a jamais repris.

PIJOISEAU.

Décousons alors.. .

Décousons, c’est notre devoir...

PIJOISEAU.

Mais avec quoi?... Avez-vous des couteaux, des ciseaux, des canifs?...

jules, fouillant dans sa poche.

J’ai mon couteau...

PIJOISEAU.

Et moi, mon canif... Trente-cinq Lyon... et ils montent. (Ils prennent chacun un fauteuil et sc mettent à le découdre.)

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