‹ Le Salon de 1834Chapitre 19 sur 20 · MÉDAILLES DE TROISIEME CLASSE · texte numérisé non relu

MÉDAILLES DE TROISIEME CLASSE

Genre. — MM. Dédreui, Pigal, Saint- Jean.

Paysages et Marine. — MM. Beauplan, Fleury (Léon), Petit, Rousseau.

P&rtnUts. -^ MM. Jadin , Jony, M"* Lebaron.

Miniature. — M»«D'Aubigny, MM. Cassot, Fradel, W^ Pfenninger , M. Yemet (Jules.).

Lithographie. — MM. Haghe, Harding, Marin-Lavigne.

Sculpture. — MM. Kirstein père^ Kirstein Gis.

Portraits à l'aquarelle et au crayon. -^ M^^* Glotilde G<$rard , MM. Guë (Oscar), Villeret, M«« Kautz, M. VioUct-Leduc.

Porcelaine. — M"** Turgnn.

AOÇUISITIOm B'OUV&AGSB BB WBXWiTUWLE.

Peinture. — MM. Aligny, André (J.), Bcrrë, Beaume, Bertin (E.), fiertin (J.-V.), Bidauld, Bojenyaly M^^* G)llin, Gottrau, Dauzats, Delacroix, Delorme^ Dubois (T.), Dupressoir, M"* Empis, Garneray (L.)} Gagnery, Giroux (A), Guë, Guiaud, Isabey (£.)> Jac* quand, Joliyard, JoUivet, Justin-Ouvrié, Langlois (Gh.); Lepoitterin, Malbranche, Monroisin, Mayer, Parke, Rémond, Renoux, Régnier^ Schefifer aîné, Schnetz, Sebron^ Smargiassi, Tanneur, Tassaert.

ACQUianzoïra h'ouvraosb bb scuupriniB.

Sculpture. — M. Gayrardpere, Jaley fils. Rude. Grayures en médaille. — M. Barre père.

Pour le château de Fontainebleau. — MM. Allaux , Abel de Pujol , Picot.

Pour le musée national de FersaiUes. ^- MM. Bellangé, Goignet (Léon) , Lami (£ugène), Mauzaisse, Scheffer (Henri).

Pour le musée national de FersaiUes. — MM. Gortot , Dumont fils, Duret, Legendre-Héral ^ Rude^ Pet^tot, Grevenich, Bougron, Desbœufs, Flatters, Guillot^ Lescomé, Maindron, Matte, Pigalle, Ramus.

dOxroiZiTrszoïir.

La déplorable influence que les hommes et les doctrines de l'Académie des Beaux-Arts exercent encore sur la distribution des travaux et des récompenses, a porté des fruits cette année comme les années précédentes. Le pouvoir^ qui s'est trop accoutumé à croire ces gens-là sur parole y ne s'est pas aperçu du rôle assez étrange qu'on lui faisait jouer, en le constituant en état d'hostilité contre tout ce qu'il y avait au Salon d'artistes capables et laborieux, pour soutenir je ne sais quelles nullités que MM. lesjprofes-

seurs mettent en avant y parce qu'ils sont bien surs de ne trouver jamais de rivalité parmi ces gens-là.

La malveillance qui a présidé à la formation de ces listes^ est égayée ça et là par des inadvertances fort comiques , de petites méchancetés^ et des traits d'ef-* fironterie incroyables.

Les défenseurs de la morale publique , les proscripteurs de Vart fangeux y comme dit un de leurs

spirituels journaux^ ont voté le grade d'officiers de la Légion-d'Honneur pour récompenser le groupe obscène de M. Pradier. Si cet aT)tÎ5te a de l'ambition, il sait maintenant le moyen de parvenir : quelque chose d'un peu plus ordurier, ^il^tait fait grand-croix de l'Ordre, ou tout au moins commandeur; mais il ne faut désespérer de rien, partie remise n'est pas p«due.

Les faiseurs de listes ont au^si de texnps à autre des momens on ne peut plus facétieux ; ils ant donné une médaille à M. Pecamps. XJne médaille de quoi ? une médaille de paysage; oui une médaille de pay3age ; comme ils ont dû êtne ^ureux quand ils ont :eu trouvé celle-là, payss^ge le Corps^^d^anie turc, p?ij- S9^e la Déf/iiu d^ tCimbres, paysage l^ 4wpo Jnes , pay3i^e M l^tpture du farma»; il faut convenir que

ces iBessiears pratiquent £bit agréablement le charge au profit de la bonne peinture.

Mais ils s'entendent mieux encore à exclure des travaux du gouvernement tous ceux dont le talent pourrait compromettre leur réputation et leurs béné* fices ; ainsi^ dans les ouvrages achetés , dans les travaux distribués^ rien à M. Gigoux^ rien à M. Prune , rien ou peu de chose à nos premiers paysagistes; rien à MM. Préault, Duseigneur, Bion^ quand^ en sculpture surtout^ il n'est pas d'exposant qui n'ait obtenu quelque chose , et qu'on a donné des travaux et des récompenses à des gens qui n'ont pas exposé depuis trois ou quatre ans.

• Quant aux architectes ^ il n'en est pas plus question que s'il n'y en avait pas au monde ; Q'est plus commode , on se distribue les travaux en comité secret y et l'on ne craint pas le contrôle de la publicité.

Pour couronner l'œuvre et se doAneritinaird'aimar* bleaégUgeiioey en hommes su^rieura qui ne pouvaient s-'astreindre à savoir au juste ce qu'ont ^u fsànd les ^ns -qu'ils veulent récompenser , ils ont donoié une médaille de .por^trait à M. Jadin; c'est charmant^ d'autant plus charmant, que M. Jadin n'a .peut-être jamais fait de portrait, et qu'il n'a jamais exposé que des tableaux de nature morte et des paysages.

Au Teste , si iesnoms de^plosiwirs des artistes dont

nous avons loué les ouvrages ne se trouvent pas dans

la liste des récompenses ^ tandis qu'on y rencontre ceux de plusieurs que nous avions critiqués , . ce résultat nous étonne peu , nous n'avions pas compté voir les coteries qui se partagent l'exploitation des beaux-arts céder si facilement devant une critique raisonnable venant en aide aux gens de talent, car nous savions d'avance, qu'eussions-nous sept fois raison , notre logique ne prévaudrait pas encore entre les prétentions les plus extravagantes de gens qui, par leur position, sont à la fois juges et parties; toutefois, si nous nous attendions à les trouver malveillans et brutalement haineux comme par le passé , nous n'avions pas compté sur le surcroit de ridicule dont ils se sont gratuitement chargés.

Après cela, toutes les récriminations dont ils ont usé pour tacher de discréditer nos critiques , nous touchent peu^ car tous les gens sensés savent bien qu'on ne s'époumone pas à crier au scandale quand on a quelque chose de raisonnable à objecter ; ces hautes indignations ont servi trop souvent à cacher le désappointement de ceux qui n'ont rien de mieux à répondre , pour qu'on en soit dupe maintenant ; quand on a de bonnes raisons, on les dit.

Ils crient à l'exagération et au scandale. Ils n'ont

-donc pas compris que nous avons mis toute la mesure et la modération possibles dans nos attaques? Ils n'ont pas compris que nous les avions ménagé beau*» coup, et que nous n'avions pas dit la moitié de ce que nous avions sur le cœur? Elles sont vraiment étranges les récriminations qu'on nous adresse ! Eh ! que diraient-ils donc si nous avions exprimé toute notre pensée ? si nous avions dit qu'il n'y a pas dans toute leur académie un homme de science et de talent ^ qu'il n'y a pas dans tous les peintres de l'Institut un honune qui sache ce que c'est que de la peinture , et qui soit capable d'en parler avec connaissance do cause.

Eh bien ! c'est cela pourtant : il n'y a pas un seul homme y parmi les faiseurs à grande réputation y qui comprenne le sens des ouvrages que les vieux maîtres nous ont laissés , qui sache voir la différence qu'il y a de l'un à l'autre, et ce que chacun d'eux a cherché dans ses ouvrages.

A force d'avoir vu de la peinture , ils reconnaîtront bien à peu près l'œuvre de tel ou tel peintre , et l'école à laquelle il appartient , mais ils ne sauront pas dire nettement à quoi ils la reconnaissent et préciser les raisons qui la leur font attribuer à celui-ci plutôt qu'à celui-là. Ils se connaissent en peinture à peu près

comme les marchands de tableaux , et comme eux ils sont incapables d'apptécier le principe qui a dirigé l'artiste dans l'exécution de son œuvre ; ils sont incapables de porter un jugement motivé sur une œuvre d'art.

N'ayant aucun principe fixe^ aucune idée arrêtée sur l'art en général^ pas plus que sur leur spécialité en particulier ^ ils ne savent mettre dans leurs ouvrages aucune science ^ aucun caractère , aucune forme positive. Aussi ne savent-ils jamais de quel bout s'y prendre pour commencer une peintiure^ et ils vont sans cesse faisant et refÎEdsant les mêmes choses , pendant huit ou dix ans, sans que leur œuvre soit plus savamment rendue que les premiers mois; seulement ils y ont mis plus de poli, de luisant, et de ce fini insignifiant et maladroit qui fait mal à voir, tant il sent, à chaque coup de pinceau , la peine qu'il leur a fallu pour en venir à bout. Leur exécution est un travail de malheur, à vous dégoûter à tout jamais de fsdre de la peinture.

Et les voilà tous , depuis Jane Gray jusqu'au Guerrier de Constantinj depuis M. Bidault jusqu'à M. Heim : partout même peinture vide et sans valeur, même dessin sans science et sans caractère^ même couleur fausse et sans harmonie, même effet dur et sans profondeur.

De tous les peintres d'un certain àge^ M. Sigalon est le seul qui ait compris la peinture d'une façon sérieuse ^ et qui ait montré dans ses tableaux une étude savante et approfondie des ouvrages des grands artistes du temps passé ; aussi se sont-ils bien gardés de le recevoir dans leur Institut; il leur faut des gens dont la comparaison soit moins blessante pour leur amour-propre.

Les sculpteurs ne sont pas à beaucoup près de la force des peintres*.

Quant aux architectes y c'est à faire pitié. Non-seulement ils n'entendent rien aux choses d'art ^ mais ils n'ont pas même les notions les plus indispensables de géométrie et de statique ; pas un d'eux n'est capable de faire une épure de coupe de pierre un peu compliquée^ et je les mets au défi de trouver^ dans toute la quatrième classe de leur Institut^ un homme capable de dresser sur sa base l'obélisque de Louqsor. Ils trouveront quelque jeune homme inconnu qui aura la science dont ils tireront l'honneur et le profit , ou bien ils seront forcés d'avoir recours à l'ingénieur de la marine qui l'a abattu.

L'ignorance absolue où ils se trouvent des matériaux dont ils peuvent disposer^ les forcent à des tàtoiihemens^ et leur donnent cette hésitation et cette

-^ 588 fliccouardise qu'on remarque dans tout ce qu'ils entreprennent. Ainsi ^ tandis qu'un simple charpentier de Schaffhouse a été jeter, il y a près de cent ans, un pont de bois d'une seule arche de quatre cent pieds de diamètre ; tandis qu'un jeune homme, un Français, qui, par le privilège qui court, n'a pu trouver en France à mettre en œuvre son talent, construit en Suisse, à l'heure qu'il est, un pont de fil-de-fer de plus de huit cent pieds de longueur, sans aucun point d'appui intermédiaire ; les homm^ employés par notre gouvernement n'osent pas jeter un pont suspendu sur toute la largeur de la Seine. A Paris, centre de toute lumière et de toute science, les hommes qui ont la confiance de l'administration, et qui, par conséquent^ devraient être les plus savans et les plus éclairés, n'osent pas se fier à des cordes de filde-fer, parce qu'ils ne savent pas en calculer la force ; et ils embarrassent le cours de la rivière de piles de pierres complètement inutiles, mais qui rassurent leur poltronnerie, et qui les dispensent de chercher sur le sol des points d'appui suffisans pour s'en passer.

D'ailleurs, en cela comme en tout le. reste, ils tâtonnent et agissent en aveugles, parce qu'ils n'ont pas la science positive dont les principes certains et invariables donnent à l'homme qui les possède plei*-

nement^ la confiance en lui-même sans laquelle on ne produira jamais de grandes choses.

Mais peintres, sculpteurs^ architectes^ sont tous dans Tignorance absolue des principes mêmes de leur art ; cVst au point qu'on croirait que cela tient chez eux à quelque infirmité , car ils n'ont pas même cet instinct naturel qu'on trouve chez les hommes de bon sens y indépendamment de toute science et de toute étude.

Aussi quelle considération voulez -vous que Ton conserve pour ces gens-là , si l'on vient à les comparer à des hommes aussi universellement savans que Michel-Ange , Raphaël , Pierre Pujet et Léonard de Vind ; à des hommes aussi complets dans leur spécialité que le Caravage^ le Titien, Rembrand, Rubens ouVelasquez?

J'aurais pu dire tout cela et bien d'autres choses encore , j'aurais pu faire toucher au doigt leur nullité absolue ; mais, malgré l'évidence, on ne m'aurait pas voulu croire ; et pourtant c'est la vérité pure.

Il a donc fallu ne soulever qu'à demi l'enveloppe de préjugé qui les protège et leur conserve un reste de crédit dans le monde , il a fallu les ménager d'abord

pour amener le public à douter de leur infaillibilité. Et cependant ils crient à l'exagération et au scandale comme s'ils ne sentaient pas combien je les ai ménagés dans le cours de ce livre.

Mais c'est une rude besogne et qui me fatigue^ d'aller ainsi mesurant mes paroles , de dire : Celui-ci est passable y celui-là est un peu mieux y cet autre un peu plus mal ; quand tous sont mauvais^ si mauvais^ si également nuls et insignifians ^ que , du plus au moins ^ c'est presque à tirer au doigt mouillé.

D'ailleurs^ ils doivent m'en savoir peu de gré^ car ce n'est pas par égard pour eux que j'ai usé de ces ménagemens^ mais seulement pour le public^ qui, n'étant pas suffisamment préparé à cette attaque j n'aurait pu comprendre d'abord combien elle serait juste et méritée, et aurait pris peut-être pour l'inspiration d'une pensée de haine ou de jalousie, ce qui n'aurait été que l'expression vraie et entière* cFune conviction motivée sur des raisons que personne n'a essayé de combattre, parce que personne ne combattra avec avantage contre une cause juste et raisonnable.

Au reste, ils verront bien au prochain Salon que ceci n'est qu'une guerre d'escarmouche, et qu'il nous

reste à dire tout autre chose. Car^ comme c'est avant tout pour £sdre triompher nos principes d'art que j'ai pris la plume de critique y je la prendrai encore pour dire franchement toute ma pensée y mais ce sera pour la dernière fois y mon ambition n'étant pas de faire de l'esprit à propos des ouvrages des autres.

Ainsi donc^ cher lecteur^ au Salon prochain et que jusque-là Dieu vous ait en sa sainte et digne garde.

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