‹ Le Salon de 1855Chapitre 13 sur 16 · II · texte numérisé non relu

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fraîcheur et la naïveté de6 jëtmeâ fillefi, sur l'ampleur des étoffes et la grâce de leur ajustement, et surtout sur la puissance du faire et la vigueur du ton qui font de M. Roqueplau un des plus puissants coloristes de l'école moderne.

Les quatre tableaux de M. E. Isabey ont toute la. co^ quetterie du maître. Déjà, aux précédentes expositions, nous en avions apprécié les (jualités ; nous connaissions donc la cérémonie dans l'église de Delft.

Une foule de persoimages du xvi® siècle, pimpants et enrubannés; des élégantes la tète entourée de larges guipures blanches, — xm vrai bouquet de roses sur un plat d'argent, — luttant de fraîcheur et d'épanouiss^ ment, assistent à une cérémonie ou à quelque grande fête dans Téglise de Delft. La disposition architecturale est imposante, les groupes bien distribués. Entre toutes ces privilégiées de la fortune et de la beauté, on remar^ que surtout une adorable jeune femme sur les marches de l'escalier entourée d'une foule de jolies pécheresses qui minaudent le plus déhcieusement du monde. Malgré ce charme de couleur, cette adresse de faire, ce très spi*rituel feu d'artifice, nous sommes obUgé d'avouer que tout dans ce tableau a la même importance. Les chairs, les draperies, les étoffes, les dentelles, les armes, et jusqu'aux décorations de l'édifice, tout est peint et touché de la même manière; il en résulte, et c'est im défaut capital , un miroitement et un papillottage fort désagréables à la vue. Enfin, l'effet se trouve défait par une profusion de petits détails inutiles beaucoup trop accu*

uésy et par une touohesi pétulante et répandue avec tant de profusion qu'elle en devient monotone. Le défaut de M. E* Isabey est d'avoir trop d'^rit*

Le CSombat du Texel a beaucoup changé^ et les opposi* tiens, de vigoureuses qu'elles étaient, deviennent noires et font trou. C'est le sort réservé aux tableaux de M. £ug. Isabey s'il continue dans la manière qui lui est si familière depuis que le public s'en est engoué. Espérons qu'il reviendra à son point de départ, et que ses tableaux pourront encore être signés : Eug. Isabey.

M. Baron, malgré une originalité inquiète , cherche la couleur de Diaz, la fantaisie d'Isabey et le faire de H. G. Roqueplan. Ses tableaux, où l'on trouve des qualités sérieuses , se ressemblent un peu tous , et ses sujets sonA indifféremment traités de la même manière; sa couleur est généralement rouge et uniforme , sa oonn position apprêtée et Tagenoement de ses draperies est trop tourmenté. Les tons disparates qu'il affectioune ne se fondent pas assez dans l'harmonie générale , et il en résulte pour la vue un malaise que les belles qualités du peintre ont de la peine à atténuer. Dans ses lithographies, qui sont des plus belles, ce défaut devient une qualité puisque la vigueur du ton n'est point détruite par sa qualité. L'Ouïe, le Toucher et le Bouquet, sont trois charmants tableaux où les qualités de M. Baron abondent sans être exempts de ses d^auts.

L'auteur du Musée Philippon^ M. Devedeux, est un peintre que le talent de M. Diaz tourmente ; il lui man«que malheureusement les harmouies délicates du maître et ses inspirations poétiques : M. Devedeux aura beau faire, ises paysages ne verdiront jamais; ses figures res-

feront incrastées dans la toile. Puisque c'est un artiste sérieux, pourquoi ne peint-il pas suivant son sentiment? Quand on séduit la foule en s'assimilant le

talent d'un auti^e et que le nom se change en métal , il n'y a plus d'excuse à persévérer dans une fausse route. Vous aurez beau faire, messieurs, M. Diaz aura des imitateurs mais jamais de rivaux,

M. LiOuis Duveau m'a paru, lui aussi, subir le fluide magnétique. Qu'il y prenne garde ; il est plus fadle de suivre le courant que de le remonter ; et si nous n'étions un de ses vieux amis et que nous ne sachions ce qu'il vaut, nous serions eflTrayé de la route qu'il suit. Les Sept Péchés capitaux est le tableau le plus important de M. L. Duveau : cette composition nous a étonné du peintre de la Baie des Trépassés, des Émigrés; et nous étions loin de nous attendre à un pareil sujet de l'auteur du beau tableau de Marino Faliero. Pourquoi ce changement subit dans le talent de l'artiste.. •• Puisqu'il avait une prédilection pour les aspects sauvages de la nature, pourquoi renie-t-il ses croyances?.... Quel est le

mauvais esprit qui le fait si souvent douter de lui?

Monsieur Louis Duveau, je vous le répète, vous êtes un homme de talent; vous écouterez la vérité et l'accepterez d'autant mieux qu'elle vous viendra d'un ami.

Les Sept Péchés capitaux, peinture vive et variée, pèche par sa variété même. Il n'y* point d'unité dans l'harmonie générale, de parti pris dans la conception poétique. Ce ne sont point les couleurs vertes, bleues, rouges, eti5. , employées avec le plus de crudité qui constituent le coloris ; mais bien la couleur mystérieuse que le peintre a rêvée à la création de l'œuvre. Que si c'est

un naufrage, la couleur intime sera verte ; si c'est une bataille, elle sera chaude et empourprée , grise et enfumée; si c'est une orgie, où tous les vices seront réunis, elle ne sera point rose et pimpante , mais elle se colorera des teintes chaudes et cyniques qui éclairent TÀssar sinat de Tévèque de liége ; le dessin sera mouvementé, saccadé comme la haïue ; énervé comme la luxure; dissimulé comme Fenvie : Enfin, tout dans l'œuvre devra concourir à l'impression générale* Voilà ce que vous auriez dû faire. Monsieur Duveau, si le doute ne s'était emparé de vous* Oh! les grands coloristes que les grands poètes !

Le Berceau vide , quoiqu'une réminiscence des peintres bretons , doit être classé parmi les bonnes productions du Salon. Il y a dans ce tableau unité de pensée et de couleur, deux qualités sans lesqueUes le peintre peut exister, mais non le poète : Monsieur Duveau, vous les possédez, utilisez-les.

M. Luminais a trois tableaux : les Dénicheurs d'oiseaux de mer, le Grand carillon et la Leçon de plein-chant, qui se trouvent perdus dans une des travées du Salon. Son talent est de fraîche date, et, s'il ne se laisse entrahier par une vogue factice, M. Luminais deviendra un de nos peintres les plus séduisants. Qu'il évite, surtout, la fréquentation trop assidue d'un certain hôtel de la rue Drouot où l'artiste se métamorphose si promptement en spéculateur. Pauvreté empêche souvent les bons esprits de parvenir. Les préceptes que Ton émet sur l'art dans cette grande boutique ont fait bien des victimes , et, à quelques exceptions bien rares, nous ne voyons point briller au Salon ceux qui y ont quelque vogue.

Les figures de M. Ltumnais, malgré leur aUurè partir* culière et leur franche bretonneriey ne sont point assez

\ sérieusement peintes; je leur voudrais un des^ plus

ferme et plus accusé , des chairs plus modelées , des draperies faites sur nature avec des pUs dans le senti* ment de leur forme ; de plus, je désirerais un faire aussi varié que les objets représentés. Quant à la lumière ^ M. Luminais est passé maître et il la répand à profusion : le Grand carillon a de la tournure, et, en terme

i d'atelier, est crânement enlevé.

^ M. Fortin, un de la bande , peint dans un bon senti-

ment mais il voit la nature trop sombre. Des cin^ tableaux qu'il a exposés, les Vêpres, qui n'est point des

^ meilleurs, a eu par cette raison les honneurs du Salon

carré ; il est trop sec et trop vert ; le Bénédicité , qui le coudoie , est trop noir. En revanche, la Leçon de musique est un charmant tableau déUcieusement peint et d'une franche naïveté. Si M. Fortin peignait toujours comme cela nous ne voyons que M. Guillemin qui pût lui être comparé. Puisque le nom du chef de l'école bretonne se trouve sur notre chemin, disons qu'il règne malgré ses rivaux, et que c'est toujours le premier de nos peintres réalistes.

M. Guillemin a exposé quatre tableaux. C'est un de nos meilleurs peintres de genre et celui qui sache le mieux allier le sentiment matériel de la forme au sens poétique. Sa peinturé a une signification et il est rare qu'il n'atteigne le but qu'il s'est proposé. Dans son tableau de Pâques fleuries le sentiment religieux est bien compris et parle au cœur : une jeune paysanne bretonne orne de buis une statuette de la Viprge ; son

mari y assis sur tin baac, se joint à sa pensée, et un enfant qui se joue entre eux complète la mise en scène. Bel exemple pour Fenfant, bonne pensée de la mère. On est pénétré à la vue des époux de leur foi sincère ; on devine, à leur bonheur, que cette branche en a rem«- ]dacé une autre et qu'ils sont récompensés des prières qu'ils adressent à leur boime Vierge, comme ils la nom^ ment naïvement. En Bretagne et en N(»inandie, dans ces landes et le long de ces falaises où la civilisation n'a pas encore pénétré, le culte catholique s'associe toujours aux actions de la vie et nous conduit, sans y songer, à la mort« Les croyances, perdues dans nos villes policées ^ sont là-bas profondes et sincères, et ce que nous prenons pour de la superstition n'est chez eux que la manifestation de leur foi. La mère, en fleurissant la sainte Vierge, met sous sa protection tous les siens. Malgré l'attrait de cette composition le faire tourne au léché, et nous voyons avec peine M* Guillemin chercher M. Moisson* nier.

M. B. de Béaumont aime MM. G. Roqueplan, Couture, Diaz, etc., et tous ceux dont les qualités le séduisent : il n'y a encore lien à dire ; mais qu'il les cherche tour à tour^ et qu'il ne nous exhibe que de pâles rénriniscences de leurs œuvres, c'est ce qui nous plait moins. Nous nous sentons incapable de découvrir dans Un peu de beau temps, les qualités éminentes qui l'ont fait placer si avantageusement. Si M. Roqueplan passe devant ce tableau, il en rira, comme le jour où, dans une vente j^ublique rue des Jeûneurs» il aperçut im lion amoureux qu'il prit pour une copie du sien ; mais, en y regardant de plus près, il vit que le lion n'était qu'un chat. En

dirons-nous autant des Écueils de la vie, placé qu'il est sous la Décadence?.*.. Connue l'un tue Vautre, M. Couture absorbera M. E. de Beaumont. — Puisque cet artiste fait de si charmants dessins, pourquoi ne fait-il point

de bonne peinture? C'est le secret des gens qui ne

flânent jamais le long du chemin, mais qui vont drdt au but.

Nous retrouvons dans M. Bédouin un bon peintre, un coloriste qui a bien l'instinct de la nature. A l'ex^einple de M. À. Leleux, il s'inspire de la vie daos ce qu'elle a de plus saisissant. L'effet, dans la Moisson à Chambaudouin, est aussi franc que la touche et la couleur de M* Hédouin rivalisent avec les plus lumineux.

Un des noms les plus récents parmi les peintres est celui de M* Trayer ; il ne date guère que de 1852. Il n'imite personne, quoiqu'il soit' de l'école de M. Guillemin, et ses charmants tableaux sont toujours la reproduction simple et naïve des scènes les plus famiUères. ffier, c'étaient deux jeunes femmes qui changent la forme de leur robe, charmante occupation qu'elles renouvellent si souvent et à laquelle elles trouvent tant de charme. Aujourd'hui, c'est une mère qui donne le sein à son cher baby^ délicieuse distraction qu'elle peut, cette fois^ re^ nouveler à satiété. Si ce tableau avait paru lors de l'apparition de Y Emile de Jean-Jacques, que de mères il eût converties et quels beaux hommes nous aurions I mais il était écrit qu'il viendrait un siècle après et que l'htunanité s'en ressentirait. Que le beau tient à peu de chose ! Et ce petit enfant qui ne me parait pas être bien friand de bain de pieds malgré les caresses de sa mère et les exhortations de la suivante. Comme tout cela est bien

composé et grassement peint; que la touche en est large et la couleur heureuse ! . . • Si vous continuez ainsi, monsieur Trayer, vous vous ferez adorer des mères et admirer des artistes. — Surtout ne dites^ à personne que vous vendez vos œuvres, car Tannée prochaine bien des faux frères se présenteraient.,. Mais j'y songe, il est aussi difficile de vous dérober votre couleur et votre sentiment, que de prendre un rayon lumineux à Diaz ou de rendre la sombre sauvagerie d'Eug. Delacroix.

M. Poussin, dont nous revoyons le Pardon, peint trop sagement et n'a point assez de défauts. — Tout dans son tableau est bien, sinon irréprochable, esirce à cause de cela qu'il ne nous dit rien?... S'il faut des qualités, pas trop n'en faut. Soyez mauvais, mais impressionnez-nous.

Que dire de M. Jeanron dont le talent jadis fut si populaire?... Que penser de l'auteur des beaux dessins de la Vie du Prolétaire et d'une foule d'œuvres remarquables où la fougue et l'audace rivalisent avec les premiers maîtres? Rien, sinon que la mode est une coquette et que M. Jeanron ne lui a jamais fait deux doigts de cour ; aussi l'arlr-elle négUgé. Ceci n'empêche pas M. Jeanron d'être un de nos plus énergiques peintres et qui serait au premier rang si l'art sérieux était compris. La plupart de ses tableaux ont déjà été exposés et le Berger Breton est le seul que nous ne connaissions pas. Le reproche que l'on pourrait faire à M. Jeanron est le peu de stabiUté de ses goûts : des marines, des paysages, un portrait et des tableaux de genre sont beaucoup pour notre époque de spécialités. — On veut que le peintre, comme le bottier, fabrique ses toiles comme l'autre ses bottes sur le même modèle ou la même forme. — Mais M. Jeanron qui est

Mffiffi poOte qne pas tm vous dira : Et rinspirationT... Et ramateur d6 répondre : A d'autres !

Un des descendants de Chardin, M. Bonvin, a exposé emq toiles : tontes sont empreintes de la bonne manière et (de la franche naïveté de faire du célèbre ami de Diderot* La Basse Messe à laquelle on assiste est comprise avec un grand sentiment religieux ; l'onction est pro^ fonde et la foi vive. C'est ainsi que l'on aime prier et non point dans nos temples dorés où le luxe des assistants et la richesse du saint lieu insultent à la misère de l'indigent. On est toujours tenté à la vue de ces dorures de déshabiller les employés pour couvrir ceux qui les paient. La Religieuse tricottant, du même artiste, est aussi empreinte d'un vrai sentiment. Pourquoi M. Bonvîn, avec un talent si sérieux, ne cherche-t-il pas à se débarrasser de ces tons roux^ noirs et lourds qui dérangent rharmoïde de ses tableaux. Et puis, il tourne un peu au parti pris ; qu'il y songe.

M. Boulard, encore un nouvel élu, commence à prendre place parmi les bons. Ses quatre tableaux en sont la meilleure preuve. Que MM. Guillemiri, Luminais, A. Leleux,,etc., y réfléchissent, car si M. Boulard veut prendre patience et qu'il ne se contente pas de faire des à peu près ; qu'il continue à faire de sérieuses études et qu'il abandonne la pochade, nous ne sommes point embarrassé de son avenir. Qu'il évite de tomber dans là fabrique et qu'il ne fasse pas comme M. Villain qui, lui aussi, avait donné de belles espérances. Sa Nature-Morte cette année ne vaut pas ce que nous avions vu de lui.

Nous n'en dirons pas autant de M^® Henriette Browne dont le nom jusqu'à ce jour nous était inconnu. Elle est

élève de M. Ghapelm mais ne le pastiche point; ses dnq tableaux sont autant de petites perles ; si elle égraine de la sorte tout le collier, quelle riche moisson pour le Salon prochain. Naïveté de Fenfance, finesse du ton, har* monie générale, M^® Browne réunit toutes ces qualités au * ^. plus haut degré. Pour elle, vouloir c'est pouvoir. M. Brest, . • ^ dont les Bords du Yar sont perdus dans la travée des dessms, nous a paru un peintre sérieux. M. Yan Daiv gent a rendu avec un grand sentiment de couleur et de poésie les Derniers Rayons d'une chaude journée. M. Dubasty 5 qui a envoyé une dizaine de tableaux, fera bientôt parler de lui. Nous avons vu un Intérieur de Forêt de M. Dumarest et une charmante composition pleine de sentiment et de^ésie, les Larmes du Foyer, peinte par M. Duverger. ipl^ugénie Grun a une Jeune Bretonne bien tournée. M. Faivre la Réprimande, et M. Gluck la Promenade.

On croirait le Guel^-pens de M. Herbstoffer peint par M. Penguilly. M. HiUemacher a six tableaux un peu uniformes, et M. Pluyette, la Yieille et les Deux Servantes, que nous n'avons pu découvrir.

M. Courbet est cette année mis un peu à l'écart, ce qui ne l'empêche point d'être toujours M. Courbet et le v?)*^^ a c seul peintre capable de signer son magnifique portrait. ^ ,..^ ^'., ; Nous reviendrons sur lui ainsi que sur M. 0. Tassaert. Nous prédisons à notre peintre réaliste un fauteuil d'académicien ; si l'envie lui en prend jamais, il n'a qu'à continuer son délicieux genre et la peur le fera accepter. Si M. Eugène Delacroix avait été de l'Académie il y a trente ans, nous aurions aujourd'hui quarante chefsd'œuvre de moins.

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